Russie.net

La communauté russe en France et infos sur la Russie

Accueil > Archives > 2004 > Alexandre Herzen l’Européen

Alexandre Herzen l’Européen

Journée d’études / Paris, 11 décembre 2004

C’est à lui que Dostoïevski applique la fameuse formule française ’gentilhomme russe et citoyen du monde’.
Alexandre Herzen l’Européen est le plus illustre représentant de l’intelligentsia russe des années trente et quarante. Herzen, dit Dostoievski, n’a pas émigré, il était le type le plus marqué de la rupture avec le peuple de l’énorme majorité de la classe cultivée russe, ce qui l’entraînait à l’athéisme et de là au socialisme, ’sans aucune nécessité ni aucun but’...

Herzen, révolutionnaire, écrivain et philosophe russe qui avait choisi d’émigrer en Angleterre. Herzen publiait en exil une revue politico-littéraire, La Cloche (Kolokol). Il est clandestinement diffusé en Russie.

Dostoïevski fait allusion à la naissance illégitime de Herzen, "produit de l’ancien régime du servage, qu’il haïssait et dont il tirait ses origines non seulement par son père, mais précisément par sa rupture avec la terre natale et les idéaux de cette terre". Alexandre Herzen, fils d’un propriétaire moscovite et d’une serve née en Souabe se trouve dans la difficile situation existencielle dont il souffrit dans sa jeunesse.

A partir de 1850 les auteurs vont surtout s’attacher à décrire les réalités russes, en particulier la situation des serfs.

C’est l’époque des romans à thèse, ainsi Herzen, Tchernychevski ou Bielinski qui feront plus œuvre de philosophes ou contestataires que d’artistes.

Herzen dresse dans son roman A qui la faute ? le portrait pathétique de Cruciferski, misérable médecin de district vers 1840 :

- "Sa vie avait été une bataille perpétuelle contre des besoins et privations de toutes sortes ; à la vérité il en était sorti, vainqueur en quelque sorte ; c’est à dire qu’il n’était pas mort de faim, et qu’il ne s’était pas tiré une balle dans la tête de désespoir. Mais cette victoire lui avait coûté cher : à cinquante ans il était blanc et décharné, et avait le visage

sillonné de rides [...] Ce n’était pas les élans impétueux, ni les passions, ni des bouleversements redoutables qui avait épuisé son corps et lui avait donné avant l’âge un air de décrépitude ; c’était la lutte incessante, pénible, mesquine, humiliante contre la misère ; c’était l’inquiétude du lendemain, une vie passée dans les privations et les soucis. [...] La vie du médecin Cruciferski était un immense et long exploit dans une carrière obscure dont la récompense était le pain quotidien au présent et l’espoir de ne pas l’avoir à l’avenir. Il avait fait ses études à l’université de Moscou aux frais de l’état ; promu médecin, et avant d’avoir reçu un poste, il avait épousé une Allemande. [...] Quelques jours après la noce, on le nomma officier de santé dans un régiment de l’armée active. Il supporta huit années de vie nomade ; à la neuvième, fatigué, il sollicita une place stable ; on lui donna un des postes vacants. Cruciferski se traîna d’un bout à l’autre de la Russie et s’installa au chef-lieu N. Au début, il avait quelques clients. Les dignitaires et les propriétaires terriens qui vivent dans les chefs-lieux préfèrent se faire soigner par des allemands ; par bonheur, il n’y avait pas d’allemand sous la main (excepté un horloger). Ce fut la plus heureuse époque de la vie de Cruciferski. [...]

Mais cette heureuse époque ne dura pas. Un riche propriétaire, [...] amena avec lui son propre docteur qui accapara toute la clientèle de Cruciferski. [...] Les marchands et les ecclésiastiques, il est vrai, étaient restés fidèles à Cruciferski ; mais les marchands n’étaient jamais malades, [...] s’il leur arrivait de sentir une légère indisposition, ils se soignaient à leur manière [...] et ils se rétablissaient au bout de quelques jours ou mouraient. [...] Petit à petit, Cruciferski en fut réduit à ses seuls appointements qui s’élevaient à 400 roubles [...]

Un malheur épouvantable faillit s’abattre sur eux. Le gouverneur de la ville avait pris Cruciferski en haine parce qu’il avait refusé de délivrer un certificat de mort naturelle pour un cocher que son maître avait fouetté à mort1 [...]"


O r g a n i s a t i on :

- Équipe d’accueil EA 3579 « L ’ E u r o p e centrale et orientale depuis le Moyen Âge : histoire et interculturalité » de l’École pratique des hautes études,
Section des sciences historiques et philologiques".

Cette journée d’études sera centrée sur les deux
dernières décennies de la vie d’Alexandre Herzen (1850-1870), Ecrivain et Grand Révolutionnaire Russe.

Lieu : Centre d’études slaves
9 rue Michelet, 75006 Paris
Coordination : Jacques LE RIDER (EPHE, IV e Section)

© samedi 4 décembre 2004, par Russie.net

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document