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Auguste Ricard de Montferrand à Saint-Pétersbourg

Montferrand à Saint-PétersbourgAu centre de la place du Palais se dresse depuis 1834 une colonne à la gloire de la Russie et du vainqueur de Napoléon, Alexandre Ier, dont elle porte d’ailleurs le nom. On comprend aisément pourquoi la colonne d’Alexandre Ier fut conçue par son auteur, Auguste de Montferrand, plus haute que la colonne Vendôme, érigée à Paris à la gloire d’un autre empereur. Elle est d’ailleurs la plus élevée de toutes les colonnes triomphales, que ce soit celle de Pompée à Alexandrie ou celle de Trajan à Rome, qui l’ont sûrement influencée. La première idée de Montferrand était pourtant d’édifier un obélisque. Il le voyait décoré de bas-reliefs évoquant la guerre de 1812, avec, sur le piédestal, une représentation d’Alexandre Ier en guerrier romain.

Mais l’exécution d’une maquette en 1829 permit de voir qu’un obélisque ne s’accordait pas bien avec la place. C’est donc l’idée d’une grande colonne proportionnée à la dimension colossale de la place qui s’imposa. Pour une colonne de presque 48 mètres, il fallait trouver un monolithe de granit : on le fit extraire dans la carrière de Piterlax, près du golfe de Finlande. Son extraction ne fut pas une mince affaire, et la pose à la verticale de ce colosse de 450 tonnes le fut moins encore. La méthode utilisée par Montferrand, qui mettait en œuvre des leviers et des cabestans, s’inspira de celle mise au point par Fontana pour l’érection de l’obélisque de la place Saint-Pierre au Vatican, qui, lui, ne pesait « que » 325 tonnes...

La tradition voulait qu’une colonne triomphale portât à son faîte la statue du héros que l’on célébrait, comme pour les colonnes Trajane ou Vendôme. La colonne d’Alexandre Ier, elle, est couronnée d’un ange, œuvre d’Orlovski, représentée une main levée vers le ciel et l’autre tenant une grande croix. L’ange, dont les traits sont ceux d’Alexandre Ier, foudroie du regard un serpent et on devinera sans peine qui désigne le serpent dans ce monument célébrant la victoire sur les armée napoléoniennes. La colonne n’est donc pas uniquement triomphale, elle se veut aussi profondément « symbolique », au sens grec du terme (sumballo : rassembler), car elle réunit deux « frères ennemis », Napoléon et Alexandre Ier, cet « Hamiet couronné » qui a toujours admiré et envié le génie militaire de Napoléon. Avec la rémunération qu’il reçut pour l’érection de la colonne d’Alexandre Ier, Montferrand fit l’acquisition en 1834 d’un hôtel particulier situé au 86, quai Moïka.

Il en conserva la façade, mais transforma l’intérieur, à commencer par la cour, dont une partie fut occupée par une aile nouvelle. D’un côté, il fit créer un jardin, et de l’autre, un véritable musée en plein air présentant sa collection de sculptures antiques. Le réaménagement intérieur fut exécuté d’après ses plans par l’architecte Schreberg, qui l’avait assisté pour la construction de la cathédrale Saint-Isaac. Selon les témoins, Montferrand menait à Saint-Pétersbourg une vie calme et studieuse. Il ne participait pas à la vie de la cour et sortait peu, consacrant tout son temps au travail. Il vivait parmi ses livres et ses collections, car c’était un collectionneur passionné et réputé. Outre ses sculptures antiques, en bronze ou en marbre, il détenait de nombreuses porcelaines, des mosaïques et des tableaux. A sa mort, sa veuve, voulant rapidement quitter Saint-Pétersbourg, mit en vente ses collections qui furent dispersées sur le champ. Une partie fut acquise par l’éditeur et homme de lettres Startchevski, qui, ayant acheté également l’hôtel particulier, y trouva, abandonnés, environ 2000 plans et dessins signés Montferrand. Quelques années plus tard, un collectionneur russe achètera à Paris, chez un bouquiniste, plus de 60 plans de Saint-Isaac portant la signature de l’architecte. Il les paiera 20 francs.

Le palais Youssoupov, édifice jaune à colonnes blanches situé au 94, quai Moïka, doit son nom au prince Youssoupov qui en était le propriétaire depuis 1830. C’était à l’origine une simple maison. A ce premier édifice de bois, on ne tarda pas à substituer une église en pierre, construite près de l’ancienne (là où se dresse aujourd’hui le Cavalier de bronze), et due à Mattamovi. Mais cette église tomba à son tour dans l’abandon et ses pierres furent vendues. Une troisième église Saint-Isaac vit le jour sur ordre de l’impératrice Catherine II, à l’emplacement de l’actuelle cathédrale. Les premiers plans, de l’architecte Rinaldi, prévoyaient cinq coupoles et un clocher entièrement recouvert de marbre.

Mais Rinaldi dut quitter la Russie, et le chantier fut repris par l’architecte préféré de Paul Ier, Vincenzo Brenna, qui ne garda qu’une seule coupole ainsi qu’un placage de marbre jusqu’aux corniches ; le reste de l’édifice demeura en brique. Une fois encore, la vétusté finit par gagner, une partie du plâtrage tombant même un jour sur la tête des fidèles : une rénovation de l’église s’imposait d’urgence. Alexandre Ier confia le soin de trouver un architecte pour sa reconstruction à l’ingénieur Augustin de Bettencourt, qui présidait le Comité de construction de Saint-Pétersbourg. Depuis sa rencontre à Erfurt, en 1808, avec le tsar Alexandre Ier, cet ingénieur espagnol, né à Ténériffe et descendant du Français Jean de Bettencourt qui avait conquis les îles Canaries, était entré au service de la Russie. C’est à lui que s’adressa, l’été 1816, un certain Auguste Ricard, dit de Montferrand, arrivé à Saint-Pétersbourg avec en poche une lettre de recommandation de l’horloger Bréguet, un ami de Bettencourt.

Celui-ci lui trouva un emploi, mais, peu de temps après, « Montferrand, restant dans son modeste rôle de dessinateur, travaillait en secret sur quelque chose de très important... » Cette occupation secrète n’était autre que l’ensemble de vingt-quatre dessins à l’aquarelle d’un projet pour la cathédrale Saint-Isaac. Ses aquarelles, représentant tous les styles - chinois, indien, gothique, byzantin. Renaissance - furent présentées à Alexandre Ier, qui resta saisi de leur beauté. Du jour au lendemain, Auguste de Montferrand, qui n’avait jamais construit aucun bâtiment public, fut promu architecte de la Cour, et nommé architecte en chef de la reconstruction de Saint-Isaac.

Extrait du livre de Natalia Smirnova "Saint-Pétersbourg ou l’Enlèvement d’Europe" - Éditions Olizane 1999 Genève - Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

 

 

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