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Babel caucase refoulé à la la frontière d’Azerbaïdjan

Le lundi 14 mai 2007

Or c’est le Quai d’Orsay à Paris qui avait poussé la caravane à emprunter cette voie, et c’est cette même conseillère qui avait fait la demande de visas azéris pour les caravaniers au consulat à Paris.

Le 13 mai, frontière Azerbaïdjan-Fédération de Russie publié par Babel caucase

Refoulés…on vient de se faire refouler à la frontière russe alors qu’on avait obtenu des visas sur un projet clair d’étapes en Géorgie, puis en Tchétchénie et Kabardino-Balkarie, et que nous avions dit que nous passerions par l’Azerbaïdjan pour rejoindre le Nord Caucase. Même un manège et quelques musiciens ne peuvent rompre l’enfermement, parvenir librement jusqu’à la population tchétchène.

Ce soir, la caravane a un gros blues… Avec tous ses cadeaux pour les enfants de Grozny, les peintures envoyées par des écoles de la Drôme et de Villeneuve lès Maguelonne, les chaussons offerts par les danseuses de l’Opéra de Paris aux enfants de Daymokh, les tableaux, les jeux en bois, la table de ping pong, les livres, les méthodes et les instruments de musique venus de Bretagne et de Paris, les lettres de partout … avec tout ce qu’on lui a confié à remettre à Grozny, la caravane s’est posée non loin de la frontière, et appelé des amis à Grozny pour leur proposer de venir chercher les présents. Et eux, là-bas, cherchent un moyen de transport pour passer la frontière - dans l’autre sens – et nous rejoindre en Azerbaïdjan.

Les officiels russes n’ont donné aucune explication. Il y a quelques jours, le MAE russe avait envoyé une laconique note verbale à l’attaché culturel et de coopération de l’ambassade de France à Moscou stipulant en substance : « les évènements liés à la caravane babel caucase sont impossibles en fédération de Russie ».

En demandant des explications aux ambassades et consulats français dans la région, Babel Caucase apprend par une conseillère à Bakou que « cette frontière a toujours été fermée aux étrangers, qu’elle n’existe pas, qu’il n’y a aucune chance de la traverser ».

Or c’est le Quai d’Orsay à Paris qui avait poussé la caravane à emprunter cette voie, et c’est cette même conseillère qui avait fait la demande de visas azéris pour les caravaniers au consulat à Paris. Elle avait juste omis de demander la gratuité – ce qu’elle pouvait faire, comme l’a fait remarquer gentiment le personnel consulaire azéri à Paris… Grâce à la gestion du poste de Bakou, nous avons donc payé cinquante visas pour atteindre une « frontière qui n’existe pas ».

Et nous avons dû négocier des heure avec le consulat azéri à Paris,
pour faire baisser la somme astronomique (vu notre budget !) qu’il nous
demandait. Prévenue du fait que nous tenterions tout de même - forts de nos visas russes - de franchir cette frontière, et de notre invitation en Kabardino-Balkarie, cette même conseillère avait demandé à « ne pas être emmerdée pendant son week end » (sic !).

En effet… On est arrivé un jeudi soir à la frontière entre la Géorgie
et l’Azerbaïdjan, que les Francçais de Bakou avaient juré de prévenir de notre arrivée et de notre passage. Nous avions transmis à cette dame plusieurs jours auparavant, les listes des véhicules et des « caravaniers ».

Coincés par une nouvelle demande astronomique (près de 1200 dollars de taxes diverses, pour un droit de transit des véhicules de trois jours, alors que nous avons des visas de sept jours cher payés), nous contactons l’ambassade de France à Bakou : pourquoi la frontière n’est elle pas prévenue de notre passage, comme promis ? Mais ca sent le week-end. Tout un vendredi à poireauter sur un parking poussiéreux, pour entendre le consul de France expliquer vers 18 h qu’« une standardiste a tenté de joinde le poste frontière et que ca ne répondait pas » !! Madame la conseillère doit déjà préparer sa crème solaire, monsieur le consul se saper pour une
réception…

Pardon si on vous dérange, les cinquante caravaniers coincés sur un parking poussiéreux, avec des enfants et dans des conditions d’hygiène moyennes !
Mais les routiers turcs, eux, sont solidaires !

Vendredi soir donc.. Le consulat de France est en week end… Après 24h de poussière, on décide de ne plus attendre, on négocie et fait baisser les prix : pour 360 dollars, on peut finalement quitter la frontière, direction Zumgaït, où on doit jouer ce soir. Mais la route est longue… belle mais cabossée.. On arrive tard, le concert est annulé, les bureaucrates soviétiques ont décidé que finalement, on ne pouvait jouer sans être récupérés, et que comme ils ne pouvaient nous récupérer un samedi – jour de repos ! – on ne jouerait pas. Tant pis pour les centaines de déplacés du Haut Karabach, maintenus depuis quinze ans dans leur condition de dépendance – avec lesquels nous devions partager la soirée.. On a la triste sensation
qu’ils ne sont qu’un prétexte, un alibi à politicaillerie…

On décide donc de monter à la frontière.. Geste symbolique pour nous
tous, manière de refuser de rebrousser chemin sans avoir tout tenté, en dépit de l’interdiction russe et du quasi sabotage de certains officiels français. A la frontière, une mini délégation se rend d’abord côté azéri, avec la liste des véhicules et des caravaniers. Le chef de poste, plutôt sympa, explique qu’il veut bien nous laisser sortir d’Azerbaïdjan, mais que nous ne rentrerons pas en Russie. Il nous accompagne en voiture jusqu’au poste russe ; on traverse des centaines de mètres de camions et bus à l’abandon - garés le nez vers l’inaccessible Russie -, un vaste campement improvisé – des Musulmans daghestanais rentrant de la Mecque -, un univers poussiéreux encore, de déboutés divers. Vu l’épaisseur de la poussière justement, certains doivent être là depuis un moment…

Au bout, la grande grille fermée sur la Russie – et notre rêve
d’atteindre la Tchétchénie. Des miradors, des chiens, des grilles, des camions militaires… Ambiance à se demander si on a encore vraiment envie de passer …
Le chef de poste regarde les listes de véhicules et de caravaniers de Babel Caucase, embarque la lettre de Marcho demandant poliment de nous laisser passer vers la Pologne - on ne parle même plus de jouer à Grozny ou Naltchik, et jette un regard furtif et dédaigneux sur nos visas : ici, ce n’est pas le droit ou la diplomatie qui font la loi… c’est l’arbitraire militaire dans toute sa splendeur. Le Nord Caucase n’étant, aux yeux des officiels russes, qu’un nid de conflits. Il revient au bout d’un
interminable quart d’heure : niet. Sans appel. Niet. Pour nous, c’est non à des mois de rêves et de boulot pour monter le projet, à des milliers de kilomètres pour arriver là. Niet au camion bourré de cadeaux pour Grozny.

Niet au manège, aux jeux, à la fête. Niet à toute possibilité de
rencontre et de partage. Niet. Niet aux gens qui nous attendent là-bas…

Blues… Déprime.. Sentiment d’impuissance devant les bureaucrates et les militaires qui rendent ce monde invivable. Rage… si près du but, si près des amis que nous espérions retrouver, si près d’un geste élémentaire, simple, naïf de solidarité, d’amitié, de respect… Grozny est là, tout près.. juste au-delà de l’imbécillité, la violence, l’arbitraire de cette grille, de ce sas, de ces miradors…

On prend une photo pour eux, pour nous aussi, pour vous là-bas… babel caucase au grand complet devant la frontière… Et on décide d’aller réfléchir encore et encore… demain peut-être des idées fuseront. En attendant, ne pas baisser les bras, ne pas abandonner, ne pas céder. Ne pas oublier ce qui nous a rassemblés, ce pour quoi nous sommes venus.. Une certaine idée du monde et des droits des peuples…

© lundi 14 mai 2007, par Russie.net

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