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Deux soirées musicales autour de l’écrivain camerounais russe Pouchkine

Les 11 et 12 mars 2005 à 20H30

Alexandre Pouchkine, né en 1799 dans une famille de la noblesse russe, était aussi l’arrière petit-fils d’un Africain célèbre dans l’histoire de son pays : Abraham ’Hannibal’ Petrovitch (1696-1781). Esclave originaire du bassin du lac Tchad (actuel Cameroun), Hannibal fut affranchi par le tsar Pierre le Grand qui en fit son filleul et lui permit de devenir le plus grand architecte militaire de l’Empire.

DAVID MURRAY ’POUCHKINE’ : FRANCE, RUSSIE, ANGOLA,CAMEROUN

D’après une idée de David Murray et Blaise Ndjehoya
Textes d’Alexandre Pouchkine
David Murray : direction, composition, saxophones
Mathieu Bauer : mise en scène
Avery Brooks : récitant, chant
Elena Frolova : chant
Sally Nyolo : chant
Bonga : chant
Victor Ponomarev : recitant
John Hicks : piano
Hervé Samb : guitare
Hamid Drake : batterie
Jaribu Shahid : contrebasse
Orchestre à cordes : 5 violons, 2 altos, 2 violoncelles, 1contrebasse
Craig Harris : direction d’orchestre
Spectacle en anglais et français soutitré en français

Pouchkine : le fondateur de la langue, de la nouvelle, du roman russes modernes, le « poète en soi » (comme disait Gogol), tient à lui seul dans son pays la place que se partageaient Shakespeare, Byron et Walter Scott dans la littérature anglaise. En Russie, on lui voue toujours un culte indéfectible, et le monde entier connaît l’écrivain (La Dame de Pique, Eugène Onéguine), le dramaturge (Boris Godounov), le personnage génial et subversif acquis aux idées des Lumières, au destin flamboyant, depuis ses nombreuses conquêtes féminines jusqu’à sa mort en duel dans la fleur de l’âge.

Mais Alexandre Pouchkine, né en 1799 dans une famille de la noblesse russe, était aussi l’arrière petit-fils d’un Africain célèbre dans l’histoire de son pays : Abraham ’Hannibal’ Petrovitch (1696-1781). Esclave originaire du bassin du lac Tchad (actuel Cameroun), Hannibal fut affranchi par le tsar Pierre le Grand qui en fit son filleul et lui permit de devenir le plus grand architecte militaire de l’Empire. D’où l’influence et l’attraction que Pouchkine, ce gentilhomme de sang-mêlé, a pu exercer sur les grandes figures du monde noir, qu’il s’agisse de W.E.B. DuBois, Paul Robeson, Langston Hugues, Richard Wright... Car, bien que russe, l’écrivain a constamment interrogé ses racines africaines - lointaines, rêvées et très réelles - ce qu’elles signifiaient à l’aube des temps modernes, comment elles travaillaient cette modernité de l’intérieur. Et ce jusqu’à sa mort, qui l’empêcha de terminer la biographie qu’il avait entreprise de son bisaïeul Hannibal, « le Nègre de Pierre Le Grand » (cf. Pouchkine et le Monde Noir, sous la direction de Dieudonné Gnammankou, éditions Présence Africaine, 1999).

David Murray songeait depuis quelque temps à célébrer Pouchkine. Pour rendre hommage au génial musicien de la langue russe (inventions sonores, répétitions, digressions, ruptures rythmiques), au poète frivole et si profond, au chantre de la liberté qui n’aimait rien tant que l’indépendance d’esprit et bravait la Russie autocratique de son temps. Un personnage fascinant avec lequel le musicien s’est beaucoup promené, en pensée ; il a cherché à réveiller le corps noir du poète, ce créole russe dont l’origine imaginée et fantasmée (« Sous le ciel de mon Afrique... ») fut un ingrédient essentiel de la vie d’homme et d’écrivain, et à rappeler cette identité de Pouchkine, si présente et pourtant « oubliée » jusqu’il y a peu.

D’où ce projet qui, entre la Russie, l’Afrique et l’Amérique, ouvre un territoire artistique -et historique- immense. Pouchkine, revisité avec la musique inventée par d’autres descendants d’esclaves, les créoles américains, qui ont en commun avec le créole russe d’incarner aux 19ème et 20ème siècles le « métis des grecs », tel que l’ont compris Etiemble et Jean-Pierre Vernant : celui qui répond par la ruse et l’inventivité à la violence de l’histoire - et la transforme en acte de création et de liberté, en art.

Une telle évocation -David l’imaginait presque comme une comédie musicale, sinon un opéra- offre un terrain où la musique s’avance vers quelque chose qui s’apparente au théâtre, où le théâtre peut faire un pas en direction de la musique. Xavier Lemettre en a parlé à Patrick Sommier, directeur de la MC93 de Bobigny, qui a proposé le dramaturge Mathieu Bauer (L’Exercice a été profitable, Monsieur, d’après Serge Daney en 2004) pour « installer » sur scène ce spectacle musical en cinq tableaux. C’est ainsi que la création de « Pouchkine », qui ouvre pour deux représentations la 22ème édition de Banlieues Bleues, est aussi l’un des événements du festival international de théâtre « Le Standard Idéal » de la MC93. Elle sera présentée dans la foulée (le 13 mars 2005) au Barbican Center de Londres.

La distribution internationale, spécialement réunie pour l’occasion, n’est pas sans évoquer l’expression de la « Great Black Music » dans toutes ses phases et facettes, carnavalesques ou savantes, séculaires ou sacrées, swing, bop ou free. A la fois compositeur de l’ensemble de la musique, et saxophoniste à la tête d’un quartette au nombre d’or, David Murray, qui s’est imposé internationalement comme l’un des principaux créateurs de jazz depuis les années 80, est aujourd’hui à l’apogée de sa carrière musicale. Il s’est entouré ici des plus grands noms : le pianiste John Hicks, le batteur Hamid Drake, son complice Craig Harris (cf. Banlieues Bleues 2004) « conducteur » de l’orchestre de cordes... Et un « casting » vocal exceptionnel et polyglotte, avec deux incontournables voix africaines, l’angolais Bonga et la camerounaise Sally Nyolo, deux voix russes de grand talent, Elena Frolova et Victor Ponomarev, et dans le rôle haut en couleurs de Pouchkine, à la fois récitant et chanteur, l’acteur Avery Brooks, l’une des personnalités les plus en vue de la communauté afro-américaine.

David Murray

1955-1975 : naissance à Oakland, en Californie, où très tôt, après avoir chaviré au son des holly rollers dans l’église pentecôtiste de sa mère, il hésite entre ses premiers orchestres de rhythm’n’blues ou de jazz, et son goût pour la littérature qui l’amènera à côtoyer Quincy Troupe, Ted Joans, Amiri Baraka ou Ishmael Reed. Il se forme auprès de Bobby Bradford, John Carter, Charles Tyler, Wilber et Butch Morris, James Newton, Arthur Blythe.

1975-1980 : voyages à La Nouvelle-Orléans et installation à New York, où il devient la "révélation" du mouvement des lofts et crée le World Saxophone Quartet (avec Julius Hemphill, Oliver Lake et Hamiet Bluiett). En 1976, son premier disque en leader, "Flowers for Albert", est un hommage à Albert Ayler dont le rapproche un expressionnisme bouleversant au saxophone ténor.

1980-1995 : se produit en solo, duo, trio, quartette, quintette, octette, big band et devient l’une des principales forces du jazz contemporain - peut-être la plus efficace alternative au courant conservateur qui prône un strict retour au be-bop. Mais il s’essaye aussi au gospel avec Fontella Bass, au blues avec Taj Mahal, au funk avec James Blood Ulmer... comme s’il avait voulu tenter « le tour du jazz » et couvrir tout le spectre de la "Great Black Music".

1996-2004 : installation en France et dans le monde, car Paris et ses communautés lui permettent surtout de franchir de nouveaux seuils vers l’Afrique du Sud, le Sénégal, la Guadeloupe, Cuba... où il redécouvre et explore les multiples facettes et dimensions de la diaspora africaine.

Il a joué avec Kidd Jordan, Cecil Taylor, Sam Rivers, Dewey Redman, Sunny Murray, Jack DeJohnette, Lester Bowie, Olu Dara, Craig Harris, Don Pullen, Andrew Cyrille, Max Roach, Ed Blackwell, Randy Weston, McCoy Tyner, Elvin Jones, Roy Haynes...

Les 11 et 12 mars 2005 à 20H30
Théâtre MC9
BOBIGNY : MC93
1, boulevard Lénine.

© vendredi 11 mars 2005, par Russie.net

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