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Diderot à Saint-Pétersbourg

« Il ne sait ni rester ni partir », disait de Diderot l’abbé Galiani. « Il ira en Russie, je n’en doute pas ; ou, pour mieux dire, il se trouvera à Pétersbourg un beau matin sans savoir comment il y est parvenu. » Un beau matin, en effet, le 28 septembre 1773, Denis Diderot se retrouva à Pétersbourg, sans savoir où il logerait le soir. Aujourd’hui, une plaque commémorative au n° 9 de la place Saint-Isaac indique la demeure pétersbourgeoise du philosophe français.

Cet hôtel particulier, construit vers 1760 et attribué à l’architecte Rinaldi, appartenait au prince Narychkine que Diderot avait rencontré sur le bateau qui les menait à Pétersbourg : « Quand le sort nous croise, mettons-nous à son caprice », dit-il. C’était la première fois qu’il quittait la France, et cela faisait plus de six ans qu’il pensait à ce voyage. Avant de partir, il avait pris soin de demander au ministre du Roi si on ne voyait pas d’objection à son départ pour la Russie. On lui répondit que non seulement il n’y avait pas d’objection, mais bien au contraire, qu’il pouvait même s’installer s’il le souhaitait. C’est en tout cas ce que tout Paris répétait. Diderot pensait arriver à Saint-Pétersbourg pour le mariage du prince héritier, le grand-duc Paul, avec la princesse Wilhelmine de Hesse-Darmstadt ; il arriva effectivement la veille du mariage, mais ne put y assister, car il avait perdu sa perruque « à trois ou quatre cent lieues d’ici ».

A Saint-Pétersbourg, Diderot espérait s’installer chez son ami Falconet, dont la maison et l’atelier se trouvaient rue Millionnaïa, près de l’Ermitage, dans le pavillon de bois occupé jadis par Catherine II alors qu’elle n’était que grande-duchesse. Une petite chambre y était en effet prévue pour le philosophe, mais elle était occupée par le fils de Falconet, élève de Reynoids, tout juste arrivé de Londres. Il ne restait plus à Diderot que l’hôtel, ce qui lui faisait peur. C’est ainsi qu’il accepta l’hospitalité de son aimable compagnon de route, le prince Narychkine, et se retrouva le soir même de ce 28 septembre au 9, place Saint-Isaac. Comment passa-t-il son temps à Saint-Pétersbourg ? D’abord, il fut souvent et longtemps malade. Sa fille sera plus tard convaincue que « le froid et les eaux de la Neva dérangèrent prodigieusement sa santé. » Il put cependant se consacrer à l’étude de la langue, comme le prouvent ses notes en marge d’une grammaire russe et d’autres livres qu’il rapportera à Paris.

Lorsqu’il se sentait mieux, on pouvait apercevoir sa silhouette, toujours habillée de noir, présente à « toutes les fêtes, tous les galas, tous les bals. » Il a été accueilli par Catherine II d’une manière des « plus distinguées ». Il a obtenu un rendez-vous quotidien avec elle, fixé à trois heures de l’après-midi ; selon le baron Grimm, « il lui prend la main comme à vous, il lui secoue les bras comme à vous, il s’assied à ses côtés comme chez vous. » Ce que l’impératrice elle-même confirme dans sa lettre à Mme Geoffrin : « Votre Diderot est un homme extraordinaire ; je ne me tire pas de mes entretiens avec lui sans avoir les cuisses meurtries et toutes noires ; j’ai été obligée de mettre une table entre lui et moi pour me mettre, moi et mes membres, à l’abri de sa gesticulation. » Diderot quittera Pétersbourg neuf mois plus tard dans une voiture de voyage offerte par Catherine II. Il portait une pelisse de renard ordinaire, « telle qu’en portent les plus minces bourgeois » en Russie, car il avait refusé les autres cadeaux de l’impératrice, jugés trop somptueux. Mais, sous cette pelisse, il était... en robe de chambre, « pour être sûr de ne faire aucune visite chemin faisant », car dans toute l’Europe on cherchait sa compagnie.

Lors de son séjour à Saint-Pétersbourg, Germaine de Staël sera également logée dans cet hôtel particulier du n° 9 de la place Saint-Isaac. Après 1920, c’est là que s’installera l’association « Vieux Pétersbourg » qui s’occupait de la sauvegarde du patrimoine architectural et historique de l’ancienne capitale. En 1923, la maison abritera également l’Institut de Culture et d’Art, où se rendaient les peintres.

Extrait du livre de Natalia Smirnova "Saint-Pétersbourg ou l’Enlèvement d’Europe" - Éditions Olizane 1999 Genève - Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

 

 

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