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Dumas à Saint-Pétersbourg

« Permettez-moi, chers lecteurs, de vous rassurer d’abord sur la façon dont je suis logé » : c’est ainsi que s’adressait Alexandre Dumas aux lecteurs français de son hebdomadaire Le Monte-Cristo.

Il y livrait ses Impressions de Voyage et restait attentif à ce trait de caractère de ses compatriotes qui les rend toujours soucieux, surtout à l’étranger, d’être bien « logés, nourris et amusés ». « Mon appartement est au rez-de-chaussée et donne sur un jardin plein de fleurs [...] Il confine (mon appartement, bien entendu) à un grand salon admirable pour bâtir un théâtre ; il se compose (mon appartement, toujours) d’une antichambre, d’un petit salon, d’une salle de billard avec son billard, d’une chambre pour Moynet et d’une chambre pour moi. En attendant le bivouac des steppes, vous voyez que l’on nous fait la vie douce. »

C’est à l’hospitalité du comte et de la comtesse Kouchelev-Bezborodko, jeunes gens rencontrés en France au cours d’une soirée mondaine chez des amis, qu’il devait cette « vie douce » à la russe. Ils l’avaient invité à les raccompagner à Saint-Pétersbourg, se faisant lui-même accompagner du peintre Moynet. Le comte Kouchelev-Bezborodko, qui disposait d’un palais dans la capitale, possédait aussi une datcha aux environs de la ville, au bord d’une rivière. La datcha est aujourd’hui dans la ville et se trouve au n°40 du quai qui porte précisément le nom de Kouchelev (Kouchelevskaïa naberejnaïa). C’est là qu’à son arrive le 21 juin 1858 - qui coïncidait avec celle de l’été - que l’écrivain fut installé. « Nous longeâmes le quai pendant une verste à peu près (je m’aperçois que j’ai déjà la fatuité d’employer les mots russes). »

Le corps de logis de la datcha est attribué à l’architecte Vassili Bajenov, les deux ailes sont de Quarenghi. L’ensemble est entouré d’une très belle grille dont les vingt-neuf piliers en forme de lions sont reliés par des chaînes. Cette datcha était bâtie, comme le remarque Dumas, « non pas comme chez nous entre cour et jardin, mais entre deux jardins. » Il s’agissait plutôt d’un parc « à paysage », dessiné par Quarenghi, que le comte Bezborodko, généreux mécène, laissait ouvert au public tous les dimanches. « Mon premier acte de libre-arbitre fut de courir au balcon du salon donnant sur la Neva », confie Dumas. « La première de ces nuits, celle de mon arrivée, je la passai tout entière sur le balcon de la villa Bezborodko, sans penser, malgré la fatigue des nuits précédentes, un seul instant au sommeil.

Moynet était tout près de moi, anéanti comme moi par ce spectacle tout nouveau pour nous. Nous admirions, sans nous communiquer notre admiration. » Qu’admiraient-ils donc tant ? Tout d’abord « ces ténèbres transparentes qui ne sont pas la nuit, qui sont seulement l’absence du jour. Hélas, on ne peut trouver ici aucun équivalent de ce qu’est une nuit de juin à Saint-Pétersbourg : rien ne peut l’exprimer, ni la plume, ni le pinceau. C’est quelque chose de magique. En supposant que les champs élyséens existent et soient éclairés par un soleil d’argent, c’est la teinte (morbidezza) que doivent avoir les beaux jours des mortes » ; et Dumas conclut : « Aimer pendant de pareilles nuits, ce serait aimer deux fois ».

L’écrivain passera six mois en Russie, parcourant toute sa partie européenne, mais c’est l’impression de la « nuit blanche » du mois de juin à Saint-Pétersbourg qui restera pour lui la plus forte. « Dans les premiers jours de juillet, à cette époque extrêmement chaude de l’année, un jeune homme sortit un soir de sa petite chambre meublée sise rue S., descendit l’escalier et, lentement, se dirigea d’un air irrésolu vers le pont K. » Rue S., c’est Stoliamy Pereoulok (aujourd’hui Prjevalskogo).

Extrait du livre de Natalia Smirnova "Saint-Pétersbourg ou l’Enlèvement d’Europe" - Éditions Olizane 1999 Genève - Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

 

 

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