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Exposition "La Russie et les avant-gardes"

Du mercredi 2 juillet 2003 au mercredi 5 novembre 2003

Cette exposition thématique présente, depuis les années 1908 jusqu’aux années 1928, les recherches fructueuses réalisées par les artistes russes au début du XXe siècle : Archipenko, Chagall, Gabo, Gontcharova, Kandinky, Larionov, Lissitzky, Malévitch, Pevsner, Popova, Pougny, Rodtchenko, Rozanova, Tatline...

Plus de 50 artistes disent les liens qui les unissent, mais aussi leurs oppositions, ainsi que les passerelles jetées entre les différents mouvements auxquels ils ont participé : expressionnisme, rayonnisme, cubo-futurisme, suprématisme, constructivisme...

HISTOIRE :

Le 13 juillet 1973 deux hommes se rencontrent dans l’un des plus beaux paysages du monde, dans une lumière qui semble faite pour les retrouvailles des dieux. La date sonne, de cette poésie des dates qui veut que treize et treize riment comme signes de cette chance qui les a conduit l’un vers l’autre dans cet endroit divin. Ces hommes pourraient échanger jusqu’à leurs initiales comme l’on échange des signes d’infinie politesse ou encore les arcanes de quelques secrets, ils sont tous deux A, ils sont tous deux M, ils sont ce jour-là tous deux, Art et Méditerranée : Aimé Maeght, André Malraux. À côté du premier une femme passionnée, Marguerite Maeght.
Ce jour plein du secret des signes est celui de l’inauguration de l’exposition consacrée au Musée Imaginaire, idée qui a soutenu le voyage esthétique de Malraux à travers le monde, le monde de l’art et le labyrinthe de sa réflexion. La journée est faste et si la lumière pleut sur cette apothéose c’est parce qu’elle se devait d’être là, invitée obligée, compagne attentionnée de tout hommage à la peinture.
Dans la poignée de main très officielle qui s’échange une question se pose : dans cet instant quel est de ces deux hommes celui qui doit se sentir honoré ? L’un est ministre, éternellement nobélisable, entouré du prestige que lui confère son œuvre et du génie qu’il a mis à entrer dans l’histoire en se placant dans la suite d’un homme d’autorité. L’autre en revanche est sans titre, sans parti, attaché à une activité complexe, la construction d’un Nom. Le premier cumulera dans la prolifération de ses livres les mille mots dont les œuvres sont faites et lancera dans ses discours toutes les forces de la rhétorique. Le second dont la carte d’identité indique la profession d’éditeur pourra toujours résumer son œuvre en deux mots, les deux mots de son nom : Aimé Maeght.

Malraux a pu sans doute ce jour-là méditer sur la force relative de son propre orgueil devant un homme qui le recevait et qui n’avait eu pour le faire qu’à descendre quelques escaliers de sa propriété. Malraux venait de gravir la colline de Vence, Aimé Maeght venait de descendre du Mas Bernard et pousser le portail de ce jardin des arts qu’il avait fait dessiner dans son Olympe. Le mystère était donc ce jour-là de son côté.
Au-delà de l’orgueil la rencontre des deux hommes étaient riches des milles connaissances que peuvent échanger deux hommes de la réussite et issus d’une même génération. Pratiquement du même âge, Aimé Maeght est plus jeune de cinq ans, les deux hommes ont vécu des aventures différentes mais portent ensemble les marques subtiles de leur temps, et leurs vies se modèlent, se rythment dans les événements qui fabriquèrent les destins de ce siècle. Mais plus forte encore que leurs chemins parallèles qui permirent à l’un de visiter l’Histoire et à l’autre d’accompagner l’Histoire de l’Art, la vie leur avait apporté au milieu de ses sourires et de ses grâces, une épreuve commune dont la douleur va, sans mots inutiles, les reconduire à leur humanité. Aimé Maeght avait perdu un fils, Malraux en avait perdu deux. Gageons que cette journée fut aussi celle de ce simple échange, d’une transfiguration dans la beauté du secret que portaient les deux hommes : la Fondation Aimé et Marguerite Maeght était née du désir de perpétuer une mémoire et l’œuvre esthétique de Malraux trahissait l’espoir de comprendre ce qui dans l’Art accompagne et transfigure la mort. Ce jour-là, tandis que le tableau de Takanobu montrait le portrait de Shigomori sur les cimaises de Vence, les propos de Malraux, s’ils s’adressaient au monde, s’adressaient d’abord aux " hôtes de passage " qui, seuls, pouvaient en entendre les mots :

" La lumière de Vence est-elle meilleure que celle de Kyoto ? La matière semble fragile comme les ailes des papillons, prête à tomber en poussière, maintenue seulement par l’architecture de l’œuvre. La rigueur d’un papier collé de Braque, entailles noires sur fond mort. Le personnage n’a que l’importance des vivantes dont l’Italie faisait des Vénus. Seule, la psalmodie d’autre monde écarte une référence à la construction cubiste, ou pliage des enfants : cocottes, flèches, bateaux. Ce portrait d’ancêtre est un bateau des morts, surmonté du visage du mort qu’il emporte. "

Inauguration de la Fondation Maeght, Aimé Maeght et André Malraux, 1964

Ce fut donc ce jour-là Aimé Maeght qui permit à Malraux de réaliser dans ce lieu qui semblait prédestiné, l’exposition issue d’une vie de réflexions fulgurantes et ce fut peut-être ce jour-là que l’une des lignes de force de la personnalité d’Aimé Maeght apparut : ni le prestige de Malraux, ni l’importance de l’exposition réunie, ni la géniale conception de l’idée de Musée Imaginaire ne pouvaient dépasser le miraculeux prestige de la Fondation. À l’aune de l’extraordinaire personnage que fut Malraux, la personne d’Aimé Maeght prit définitivement figure d’énigme : Comment en effet, pouvait-il résister à l’image de celui dont l’histoire et la légende disent qu’il fut aventurier et homme de lettres, combattant et politique, visionnaire et pragmatique. Mais, semble-t-il, Aimé Maeght avait ce don magique de fréquenter les légendes, d’en faire son ordinaire, de ménager aux oiseaux ailés que sont les artistes, des aires de repos, des lieux où se poser.
Ce jour-là la Fondation s’ouvrait comme un grand livre dans lequel les mots et la peinture trouvaient à se loger ; comme un grand livre à l’égal des grands livres que son goût d’éditeur avait ouverts à d’autres. La boucle était bouclée, l’homme dont nous parlons n’avait que ce don, mais un don rare, de savoir ouvrir des espaces, galeries, Fondation, qui ne fussent que des prolongements de sa passion initiale, de son savoir premier, de sa magie secrète.

FONDATION MAEGHT
06570 SAINT PAUL DE VENCE

Du 02/07/2003 Au 05/11/2003 :

- de 10:00 à 19:00
- le Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche.

© lundi 4 août 2003, par Russie.net

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