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Film russo-finlandais ’Les Trois Chambres de la Mélancolie’

Date de sortie en France : le 20 avril 2005

’Les Trois Chambres de la Mélancolie’ est un film sur la guerre sans la guerre. Le film nous offre trois lieux de la mélancolie. Tout d’abord, il nous mène à Kronstadt près de Saint-Pétersbourg dans une académie militaire où sont dressés de jeunes garçons souvent orphelins, victimes de la guerre en Tchétchénie.

Date de sortie : 20 Avril 2005
Réalisé par Pirjo Honkasalo
Film russo-finlandais
Durée : 1h 46 min.
Année de production : 2004

Les enfants victimes de la guerre en Tchétchénie au fil de trois chapitres ou chambres :

- Les enfants soldats de l’Académie de Kronstadt, orphelins ou enfants de familles nombreuses, soumis à une discipline militaire pour en faire des "héros" russes.

- Deuxième chambre : Grozny. Des enfants vivent dans des ruines, une femme recueille les orphelins et les enfants dont les mères malades ne peuvent s’occuper.

- Troisième chambre : un camp de réfugiés à la frontière de l’Ingouchie. Des Tchétchènes dansent sous les bombardements, les enfants suivent et regardent les "héros" tchétchènes.

Sollicitée par un producteur américain pour produire une série de prestige sur le Décalogue, Likka Vehkalahti, de la société finlandaise de distribution YLE, choisit la documentariste Pirjo Honkasalo pour réaliser le 9ème commandement : « Tu ne porteras pas de faux témoignages contre ton prochain ». De cette initiative naît le film :
« Les trois chambres de la mélancolie ».

Il faut un an pour que toutes les parties acceptent la première mouture. Tandis que les pourparlers entrent dans une phase critique, Honkasalo engage la productrice Kristiina Pervilä de Millennium Film comme partenaire. Bien que tout semble être prêt, Honkasalo refuse le
« final cut » au producteur américain et n’entend pas renoncer au contrôle d’une œuvre dont elle se sent artistiquement et moralement responsable. Le producteur américain se rend à Helsinki afin d’essayer de résoudre le conflit mais les deux parties restent intraitables. Honkasalo refusant de divulguer quoi que ce soit concernant le sujet du film aux Américains avant qu’un accord ne soit signé, elle entreprend en toute liberté un travail sur son scénario. Même si des fonds supplémentaires sont nécessaires, Honkasalo et Pervilä sont déterminées à mener le projet à terme, un gros travail préparatoire ayant déjà été effectué, notamment en repérages sur de potentiels lieux de tournage. En plus d’un soutien financier de la Finlande, de la Suède et du Danemark, les deux cinéastes obtiennent des fonds supplémentaires de la fondation scandinave Nordisk Film & TV, ainsi que du Programme Média.

Les chaînes allemande et franco-germanique ZDF et Arte entrent aussi dans la coproduction. L’Académie Militaire de Kronstadt propose d’accueillir l’équipe de tournage, et le Président de la République de l’Ingouchie de mettre à disposition des moyens de transport et des gardes armés veillant à leur sécurité dans les zones à risque. Tout semble aller pour le mieux. Et l’imprévisible survient : le 11 septembre, l’effondrement des Twin Towers, l’alliance de la Russie et des USA au nom de la guerre contre le terrorisme. Par ailleurs, l’Europe choisit de taire son opposition quant à la guerre en Tchétchénie. Cette dernière devient alors un problème interne au Kremlin. Pendant la phase préparatoire, l’Ingouchie, était encore la plaque tournante des organisations humanitaires susceptibles d’informer le monde sur les événements de Tchétchénie. Leur départ forcé est accompagné par l’arrivée au pouvoir des nouveaux dirigeants mis en place par Poutine ; il n’est plus question de transports, ni des forces de sécurité mis à la disposition de la production par le précédent gouvernement. Les techniciens furent admis, mais sans leurs équipements ce qui rendait tout tournage impossible. Un climat hostile à l’égard des média s’élargit dans toute la Russie qui a désormais la main mise sur les télévisions de petite ou grande envergure, et la majorité des organismes de presse. Le nombre grandissant des officiers du KGB - recrutés par la nouvelle organisation FSB ou Federal Security Service - infiltre progressivement les administrations publiques à travers la Fédération Russe, ce qui permet la prise de contrôle insidieuse du pouvoir exécutif par les services secrets.

Le tournage au sein de l’Académie Militaire de Kronstadt se déroule en octobre 2002, au moment même de la prise d’otages par les commandos tchétchènes au Théâtre Dubrovka à Moscou. L’épisode de la prise d’otages change l’atmosphère qui règne à Kronstadt. Les responsables de « L’Ecole des Cadets » à Moscou rendent le tournage de plus en plus difficile. Ils deviennent nerveux et suspicieux, craignant de mauvaises retombées politiques. A ce stade du tournage, personne n’est plus réellement convaincu de sa viabilité, aussi bien du point de vue des personnes directement concernées, que des autres qui craignent pour leur sécurité. Pendant ce temps-là, Kristiina Pervilä, la productrice finlandaise, se bat et tire toutes les ficelles permettant l’attribution des permis, faisant appel aux diverses influences dans les sphères culturelles, militaires, et politiques, y compris à la Douma (Chambre du Parlement Russe), sans oublier les responsables des accréditations des journalistes dans la région du Caucase. Ils parvinrent tant bien que mal à poursuivre le tournage, mais certains détails durent rester confidentiels afin d’éviter le moindre risque. Filmer devient finalement impossible et le tournage prend fin à l’automne 2003, alors que les hostilités gagnent le territoire de l’Ingouchie.
NOTES

« Les Trois Chambres de la Mélancolie » est un film sur la guerre sans la guerre. Le film nous offre trois lieux de la mélancolie. Tout d’abord, il nous mène à Kronstadt près de Saint-Pétersbourg dans une académie militaire où sont dressés de jeunes garçons souvent orphelins ou abandonnés. Ils se préparent à devenir soldats d’élite, des combattants qui formeront des groupes d’intervention spéciale. On leur apprend que les Tchétchènes sont leurs ennemis. Parmi ces jeunes, se trouvent aussi des orphelins de la guerre tchétchène, qui s’apprêtent à devenir des soldats russes. Ces jeunes garçons ont encore des rêves, certains écrivent des poèmes. Cette première chambre est celle de la « nostalgie ».

Le deuxième tableau se situe à Grozny. Les terribles images en noir et blanc de la destruction après les bombardements russes nous mettent face à la désolation d’après guerre. Grozny est dévastée, peuplée de mères terrassées par la souffrance et la maladie. Des enfants errent sans but comme des chiens sans maître. Ils n’ont plus de maisons, plus d’écoles, c’est le néant. Cette deuxième chambre de la « respiration » montre la violence de l’angoisse et de la misère.

Enfin, la troisième partie se situe en Ingouchie, république frontalière de la Tchétchénie, dans le camp de réfugiés où Hadizhat s’occupe des enfants trouvés dans les ruines de Grozny. Ce lieu s’appelle la chambre du « souvenir ». En apparence, tout paraît calme dans ces belles montagnes où les troupeaux de moutons paissent tranquillement. Mais au camp, l’angoisse est palpable, et les enfants terrifiés pleurent en entendant le bruit des hélicoptères. La guerre est omniprésente et accentuée par le regard de ces enfants.

Les trois chambres de la mélancolie de Pirjo Honkasalo ne donne pas d’explications. Le film se tait devant l’absurdité de la guerre. Honkasalo filme longuement les visages des enfants à Kronstadt, à Grozny et en Ingouchie. Ses images révèlent le vrai visage de cette guerre dissimulée et de sa violence qui nourrit amertume et haine.

« Les trois chambres de la mélancolie » pose les questions fondamentales. Quel sera l’avenir de ces enfants ? La guerre aura-t-elle un jour une fin ? Comment sortir de la haine ?

© lundi 28 mars 2005, par Russie.net

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