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’L’étoile du soldat’ relance la polémique autour de la mort de Christophe de Ponfilly

Christophe de Ponfilly venait de réaliser son premier film de fiction pour le cinéma, ’L’étoile du soldat’, tourné en Afghanistan. Avec fermeté, il avait mis les choses au point lors de la polémique au cours de laquelle Bernard-Henri Lévy, Gilles Hertzog et Marek Halter avaient menti sur leur liens privilégiés avec l’âme de la résistance afghane.

Christophe de Ponfilly (né le 5 janvier 1951 et décédé le 16 mai 2006), était un auteur, réalisateur, producteur et journaliste français. Fils d’un célèbre écrivain franco-russe Raymond de Ponfilly, connu pour son livre ’Guide des Russes en France’.

Il est également le co-fondateur (avec Frédéric Laffont) de l’agence de presse Interscoop et de la société de production Albert Films.

Il a réalisé plus d’une quarantaine de reportages et de documentaires, dont plusieurs sur l’Afghanistan et le commandant Massoud. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages comme Massoud l’Afghan (1998) ou Scoops (2002).

Christophe de Ponfilly venait de réaliser son premier film de fiction pour le cinéma, "L’étoile du soldat", tourné en Afghanistan et relatant les aventures d’un jeune soldat russe soviétique contraint d’effectuer son service militaire en Afghanistan. Il est fait prisonnier et découvre le véritable visage de ceux qu’il est censé combattre. Ce film devrait sortir en France en automne 2006, mais le livre associé au film vient de paraître (Editions Albin Michel).


La pétition "La vérité sur la mort de Ponfilly"

Gageons que la disparition de Christophe de Ponfilly sera annoncée par la presse sans que rien ne soit dit des causes de sa mort. Comme si elles étaient nécessairement honteuses. Une bonne vieille tradition, bien respectée, qui parfois tue un homme ou une femme une seconde fois, lorsque sa mort a l’éclat d’un geste ou d’un appel. Alors disons-le puisque cela a son importance : il s’est tiré une balle dans la tête en début de semaine, quelques jours avant que ses confrères du jury du prix Albert Londres, auquel il appartenait de longue date en sa qualité d’ancien lauréat, ne remettent leur prix à Marseille.

Il y était attendu ; au lieu de quoi, on y annonca la tragique nouvelle à ses amis. Il a laissé une lettre expliquant son geste. Ceux qui le connaissaient de longue date, et qui donc savaient ses failles et sa fragilité, n’ont pas eu besoin de la lire pour comprendre. Ponfilly ne s’était jamais remis de l’assassinat du commandant Massoud. L’exceptionnelle empathie de l’un pour l’autre avait abouti à une solidarité absolue. Cette disparition l’avait plongé dans une mélancolie dont il n’était jamais sorti ; elle se nourrissait de ses violentes critiques à l’endroit des Occidentaux, coupables, selon lui, de n’avoir pas soutenu Massoud avec les moyens nécessaires quand il le fallait. Celui qu’il avait surnommé "le lion du Panshir" était son ami de longue date. Il avait consacré films, articles et livres (Lettre ouverte à Joseph Kessel sur l’Afghanistan, Poussière afghane, Massoud l’Afghan, Le clandestin, Les gobeurs de lune, Poussières de guerres, Vies clandestines) à défendre sa cause et à louer haut et fort sa personne.

Avec discrétion mais fermeté, il avait mis les choses au point lors de la polémique au cours de laquelle Bernard-Henri Lévy avait abusivement excipé de ses liens privilégiés avec l’âme de la résistance afghane.

Au printemps 2002, Jacques Chirac confie à BHL une mission sur l’Afghanistan. Bernard-Henri Lévy accompagné par Gilles Hertzog, dépose dans le Panchir, une stèle à la mémoire du commandant Massoud, assassiné le 9 septembre 2001 par un commando d’Al-Qaeda. On peut lire sur le marbre : « Au commandant Massoud, au combattant de la liberté, au résistant, à l’ami de la France, l’hommage de ses amis de vingt ans : Bernard-Henri Lévy, Gilles Hertzog. »

Apprenant le dépôt de cette stèle, Christophe de Ponfilly, auteur de plusieurs films sur l’Afghanistan, a réagi immédiatement. Il sait que cette rencontre entre BHL et Massoud, en 1981, est un mensonge. Il le sait car, en 1998, BHL, après avoir visionné son film, Massoud l’Afghan, lui a demandé de l’aider à rencontrer Massoud.

C’est lui, Christophe de Ponfilly, qui l’a mis en relation avec Mehrabodin Masstan, conseiller et interprète du commandant, lequel a lui-même présenté les deux hommes l’un à l’autre. Masstan, aujourd’hui chef de cabinet du frère du commandant Massoud a témoigné que cette histoire de rencontre avec Massoud est une pure invention. En 1981, Bernard-Henri Lévy est resté cantonné à la frontière afghane. Il le rencontre effectivement, en 1998, il ne passe que quarante-huit heures au total avec lui, dont un entretien d’une ou deux heures au maximum. Un peu juste pour se proclamer l’ami de vingt ans de Massoud.

BHL avait déjà évoqué cette rencontre imaginaire de 1981 dans son ouvrage Réflexions sur la guerre, le mal et la fin de l’Histoire (Grasset), qui retraçait son reportage de 1998. A la fin du mois de juin 1981, Bernard-Henri Lévy et Marek Halter annoncent dans la presse leur projet de livrer du matériel aux fins de créer une radio de la résistance en Afghanistan, dans le cadre d’une action du Comité des droits de l’homme, ce qui déclenche aussitôt une réaction de l’agence Tass. BHL et Marek Halter publient ensuite plusieurs comptes rendus de leur voyage. En réalité, lui-même et Marek Halter sont restés à la frontière pakistano-afghane durant une dizaine de jours avec le photographe Alain Guillau. Pour les besoins de la promotion de l’opération, Alain Guillau a accompagné BHL et Marek Halter sur les collines de Peshawar, non loin de la frontière, afin d’y réaliser quelques photos des deux intellectuels-menteurs déguisés en combattants afghans.

Grand reporter, écrivain, documentariste et cinéaste, Christophe de Ponfilly, 55 ans, avait avant tout un regard et une éthique. Vendredi matin, il a raté le rendez-vous de Marseille. Lundi, il devait se rendre dans les studios de la télévision suisse romande à Genève pour y enregistrer l’émission Singulier, à lui consacrée à l’occasion de la parution de son nouveau livre, L’Etoile du soldat, dans lequel il raconte le destin d’un jeune soldat russe libéré par ses amis afghans puis tué par les Pakistanais lors d’une tentative d’évasion de sa prison. Entre temps, il s’est donné la mort, ce qu’on dit généralement quand on le dit, comme si c’était un cadeau.


Auteur des livres :
- « Lettre ouverte à Joseph Kessel sur l’Afghanistan » (document) Editions Bibilophane
- « Massoud, l’Afghan » (document) Arte Editions et Editions du Félin
- « Le clandestin » (document) Éditions Laffont
- « Les gobeurs de lunes » (roman) Éditions Laffont, réédité sous le titre "Scoops" aux Editions du félin
- « Poussières de guerre » (document) Éditions Laffont
- « Vies clandestines » (document) Éditions Florent Massot -

Prix littéraire des DROITS DE L’HOMME 2001
- « Chemins d’orient »
- « Femme en Asie Centrale »
- « Scoops »
- « L’étoile du soldat ».

© lundi 16 octobre 2006, par Russie.net

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