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L’inauguration officielle de l’Année de l’Arménie en France

Du 21 septembre 2006 au 14 juillet 2007

L’inauguration officielle de l’Année de l’Arménie en France a eu lieu fin septembre à Erevan, en présence des Présidents de la République, MM. Jacques Chirac et Robert Kotcharian, et de Charles Aznavour, figure populaire s’il en est dans les deux pays.

L’inauguration officielle de l’Année de l’Arménie en France a eu lieu fin septembre à Erevan, en présence des Présidents de la République, MM. Jacques Chirac et Robert Kotcharian, et de Charles Aznavour, figure populaire s’il en est dans les deux pays. Celui-ci avait convié plusieurs de ses amis artistes à un grand concert sur la place principale de la capitale.

La singularité de l’Année de l’Arménie tient dans le fait qu’elle rend compte de l’expérience historique d’un peuple très ancien et de son rayonnement en dehors des frontières de l’actuelle République. Arménie, mon amie évoque ainsi le destin arménien dans toutes ses dimensions, de l’histoire mythique qui débute avec l’Arche de Noé échouée au sommet du Mont Ararat jusqu’à la tragédie du génocide de 1915, traumatisme historique dont la mémoire structure encore fortement l’identité arménienne, et qui a jeté ce peuple sur les chemins de l’exil : « J’ai connu les douleurs de ce monde mensonger, je souffre l’absence de mes compagnons ; Grue n’as-tu pas une petite nouvelle de notre pays ? » écrivait le grand compositeur Komitas.

Cette Année de l’Arménie en France convie d’abord le public français à découvrir une histoire dense et tourmentée, dont témoigne l’exceptionnelle richesse du patrimoine arménien parvenu jusqu’à nous. Certaines expositions reviennent plus particulièrement sur l’ancienneté du peuple arménien : c’est le cas de « Au pied du Mont Ararat, splendeur de l’Arménie antique » (Arles) qui présente une sélection d’œuvres de la période dite d’Ourartou (IXe - début VIe siècle avant J-C.), premier « Etat » centralisé arménien et l’un des plus puissants de l’antique Proche-Orient, mais également de la période achéménide, puis hellénistique et romaine. L’exposition intitulée « Dans les montagnes de l’Arménie - Trésors du Musée de Gumri (Chirak) - 500.000 ans d’histoire » (Saint-Raphaël et Rouen) revient, elle, sur la manière dont les recherches archéologiques conduites dans la région du Chirak éclairent l’histoire des origines de l’occupation humaine en Arménie. Elle s’appuie sur les collections du dépôt de Gumri, vestige du grand musée régional détruit par le séisme de 1988, mais également sur des objets en provenance du Louvre et du musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, qui soutiennent la renaissance du musée arménien.

L’histoire tourmentée de la civilisation arménienne s’est poursuivie après la chute du Royaume de Cilicie en 1375. Jusqu’en 1918, les Arméniens constituent un peuple sans Etat, pour l’essentiel dispersé dans les Empires ottoman, perse, et russe à partir de 1828. Malgré les vicissitudes de l’histoire, ce peuple a su préserver une identité très forte. Ainsi quand en 1603, le Shah Abbas décide la déportation de 300 000 Arméniens de Djoulfa (située actuellement en Azerbaïdjan) vers la nouvelle capitale de l’Empire perse, Ispahan, les Arméniens créent une cité, La Nouvelle Djoulfa, où pendant quatre cents ans, ils maintiennent leur identité en symbiose avec l’environnement islamique et établissent des liens culturels, artistiques et commerciaux jusqu’en Europe, aux Indes et en Extrême-Orient, ainsi que le montre une série de photographies, d’estampes, de tableaux et de gravures exposées à la Maison des arts d’Antony.

L’identité arménienne est structurée par le christianisme et la langue. Avec « Armenia sacra », le Musée du Louvre présente ainsi, pour la première fois, une exposition consacrée à l’art chrétien arménien depuis la conversion de l’Arménie (IVe siècle) jusqu’à l’aube du XIXe siècle, à travers deux cents œuvres parmi lesquelles figurent des manuscrits enluminés, des reliquaires, des objets d’orfèvrerie ou encore une trentaine de khatchkars (littéralement « croix de pierre »), véritables professions de foi gravées dans la pierre sans équivalent ailleurs. Parallèlement, le Musée des Tissus et des arts décoratifs et le Musée de Fourvière de Lyon exposent également de splendides pièces d’art liturgique arménien (tentures de chœurs, calices, évangéliaires..) provenant du Musée historique d’Erevan et du trésor du siège-catholicosat d’Etchmiadzine (capitale religieuse).

L’alphabet arménien, inventé par le moine Mesrop Machtots à l’orée du Ve siècle, demeure encore aujourd’hui un symbole national que l’on porte sur soi, gravé sur des bijoux. Chaque année, Erevan célèbre aussi la fête des enfants qui ont appris à lire et à écrire au pied de la statue du saint moine qui trône devant l’entrée du Maténadaran, l’institut de recherches sur les manuscrits anciens. L’Année de l’Arménie en France propose de découvrir quelques-unes des splendeurs qu’a inspirées l’alphabet arménien : l’exposition de la Vieille Charité (Marseille) placée sous l’autorité scientifique de l’historien médiéviste Claude Mutafian et de Jean-Pierre Mahé, « Arménie, la magie de l’écrit », rassemble ainsi des manuscrits richement enluminés mais également des céramiques, des textiles, des tissus liturgiques ou des tapis comportant des inscriptions en grabar (nom de la langue écrite arménienne). A travers l’exposition intitulée « Livre arménien : cinq siècles de trésors », la Bibliothèque nationale de France (BNF) dévoile quant à elle ses collections arméniennes, parmi les plus importantes d’Europe et peu connues du grand public.

La présence de quelques spécimens uniques de l’art du livre arménien au sein de la BNF témoigne des relations anciennes qui unissent la France et l’Arménie : l’Hexagone abrite actuellement la plus importante et la plus active des communautés arméniennes d’Europe occidentale, que présentera en partie l’exposition « Arménie des diasporas en Europe et en Méditerranée » à Marseille. L’Année de l’Arménie revient sur ces liens historiques, notamment dans le cadre de d’une cérémonie consacrée à Léon V de Lusignan, dernier roi d’Arménie mort en France en 1375, dont la Basilique de Saint-Denis abrite le cénotaphe, mais aussi à travers l’exposition du Musée Montmartre consacrée au mouvement arménophile. Le public français pourra également découvrir l’étonnant et inédit fonds photographique réuni par l’abbé Bretocq, chanoine voyageur parti sur les traces des croisés entre 1918 et 1922 pour en ramener une série de clichés sur les sites de Mersine, Adana, etc., qui sont autant de traces argentiques du royaume disparu de Cilicie. Par ailleurs, la saison arménienne rend hommage à l’extraordinaire figure de Missak Manouchian, héros de la Résistance, lors d’une commémoration solennelle au Mont Valérien, et au rôle qu’on joué les Arméniens pendant l’Occupation, évoqué au cours d’une exposition du Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris. Plusieurs centaines d’enfants apprenant le français en Arménie feront aussi le voyage jusqu’en France dans le cadre de l’opération « 1000 Ambassadeurs pour l’Arménie », qui vise à resserrer les liens d’amitiés entre les deux peuples pour la génération à venir. Ces manifestations culturelles seront complétées par d’autres rencontres à caractère politique, économique ou touristique, tels que le voyage de découverte de Erevan et de ses environs organisé par Air Partner pour une centaine de journalistes et de tour-opérateurs français, une conférence des villes jumelées françaises et arméniennes au Sénat, un colloque sur l’Arménie et les nouvelles technologies qui se tiendra à Issy-les-Moulineaux ou encore la participation des Arméniens au Salon de l’Agriculture.

Arménie, mon amie entend aussi parcourir la création arménienne contemporaine, dont la vitalité s’exprime tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières dans la grande diaspora. Outre l’hommage rendu à Issy-les-Moulineaux au plus grand peintre arménien du XXe siècle Martiros Sarian (qui a notamment créé les musées nationaux arméniens), le Centre Pompidou présente l’œuvre méconnue (en France) du fondateur de l’expressionnisme abstrait américain, Arshile Gorky (1904-1948). Tandis que le Musée du Louvre invite Sarkis a dialoguer par le biais d’une installation vidéo avec les quatre œuvres qui ont le plus compté dans sa vie d’artiste (des toiles de Uccello, Grünewald, Munch et Beuys), le Petit Palais propose une magnifique découverte des peintres arméniens des XIXe et XXe siècle. Le centre d’art contemporain de Quimper, l’espace Apollonia de Strasbourg et le Musée d’art moderne de Saint-Etienne abordent, eux, l’œuvre en cours de plasticiens, photographes et vidéastes inspirés exclusivement par la situation arménienne d’aujourd’hui. Pour la jeune génération, la figure tutélaire reste Sergueï Paradjanov, artiste total, plasticien et cinéaste qui a marqué en une poignée de films fulgurants l’histoire du 7e art, mis à l’honneur à l’Ecole nationale des Beaux-Arts comme dans plusieurs cycles de films. D’autres programmations révèlent la richesse d’un cinéma arménien à la fois caucasien, soviétique et diasporique, à travers la projection de films de Robert Guédiguian, Henri Verneuil..., ou encore les rétrospectives que la Cinémathèque française et le Centre Pompidou consacrent respectivement à Rouben Mamoulian et Atom Egoyan.

Durant cette année, on peut également découvrir la musique classique et traditionnelle arméniennes, discipline artistique reine, en écoutant les concerts donnés par les Maîtres de musique d’Arménie, l’Orchestre philarmonique de Erevan, l’Orchestre national de chambre d’Arménie, ou encore quelques jeunes jeunes prodiges actuels comme le violoniste Sergueï Khatchatrian ou le pianiste Vahan Mardirossian. Le jazz arménien brille lui aussi par l’originalité de ses inspirations, comme en témoigne le travail du pianiste Tigran Hamasyan, ou de Claude Tchamitchian avec l’orchestre Lousadzak depuis le milieu des années 1990. Les sonorités et mélodies arméniennes résonneront également pendant la fête de la musique. Un grand concert de clôture de l’Année de l’Arménie pourrait enfin se tenir courant septembre 2007 dans un site exceptionnel. L’Orchestre philarmonique de Erevan placé sous la direction d’un chef français, pourraient interpréter devant le temple de Garni « La Danse du sabre » de Katchatourian et « Le Boléro » de Ravel, les deux œuvres classiques les plus jouées au monde.

Pour conclure ce rapide tour d’horizon, l’Année de l’Arménie propose également une plongée dans la littérature arménienne - avec une actualité éditoriale, notamment la publication d’une anthologie bilingue de la poésie arménienne contemporaine -, l’œuvre de dramaturges tels que Jean-Jacques Varoujean, mais également une série de tables rondes, rencontres, colloques avec les plus grands spécialistes actuels (Jean-Pierre Mahé, Claire Mouradian, Claude Mutafian, Gérard Dedeyan, Raymond Gevorgian, Patrick Donabédian...) permettant de mieux situer les enjeux passés, présents et futurs de l’Arménie.

© jeudi 21 septembre 2006, par Russie.net

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