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La Symphonie n° 14 de Dimitri Chostakovitch créée à Leningrad

Le 29 septembre 1969 - 2006

Les années 1905 et 1917 évoquées par les Onzième et Douzième Symphonies, les textes engagés de Evgeni Evtouchenko dans la Treizième, critiquant peut-être la société stalinienne : les références explicites à un contexte politique ne sont pas rares chez Chostakovitch, et leur interprétation sémantique est toujours délicate.

Composée en 1969, la Quatorzième Symphonie, tout entière prise de position sur la mort, tranche avec cette lignée politique.

Dmitri Chostakovitch, Symphonie n° 14 Composition : 1969

Création le 29 septembre 1969 à Leningrad, salle du Choeur académique de Leningrad, par Galina Vichnevskaïa, Evgeni Vladimirov et l’Orchestre de chambre de Moscou sous la direction de Rudolf Barchaï.
Dédiée à Benjamin Britten.

En 1962, Chostakovitch orchestre le cycle vocal de Moussorgski Chants et danses de la mort. Cette oeuvre qu’il vénère, lui paraît trop brève : de là naît le projet d’un cycle de chants qui en serait le prolongement. Refusant l’idée d’une mort-apaisement et d’une ultime rédemption, il voit la mort dans son aspect injuste et cruel, et « marche sur les traces » de Moussorgski : « Son cycle Chants et danses de la mort - peut-être pas en entier mais, disons, « Le Chef d’armée »- c’est une grande protestation contre la mort, et un rappel que l’homme devrait mener une vie honorable, noble, convenable (...). Je ne vois rien de beau dans cette fin de notre vie et je m’efforce de le dire par cette oeuvre. »

Gravement malade depuis le début des années soixante, lors de son dernier séjour à l’hôpital Chostakovitch trouve chez plusieurs poètes les textes qui permettront enfin la cristallisation de cette vision pessimiste. Federico García Lorca, Guillaume Apollinaire, le décembriste Wilhelm Küchelbecher, proche de Pouchkine, et Rainer Maria Rilke sont réunis en un ensemble de onze poèmes, plus proche d’un cycle de Lieder que d’une véritable symphonie. L’intensité expressive est renforcée par une écriture dépouillée, souvent dodécaphonique, et une formation instrumentale réduite, les timbres étant exploités dans des effets d’une rare violence, extrêmement contrastés. La mise en musique souligne les passages dramatiques de la traduction russe, parfois plus expressionniste que l’original.

Tout en linéarité sinueuse, le De Profundis est partagé entre la voix de basse et les cordes sur le thème du Dies irae, qui reviendra dans La Mort du poète. La Malagueña qui suit est une danse macabre aux échos discrètement hispanisants, ponctuée de castagnettes.

Magnifique dédoublement de la légende de la Lorelei, rejoignant le mythe de Narcisse, où la sirène cette fois se suicide en se jetant dans le Rhin, séduite par son propre reflet, La Lorelei est un violent dialogue se brisant sur un glas ; une musique transfigurée, lente, avec célesta, accompagne alors la vision enchanteresse du reflet précédant le suicide. Presque entièrement confiée à la soprano et au violoncelle solo, la plainte désolée du Suicidé allie les assonances en « i » du refrain (« tri lílii », trois lis) à une mélodie brodant autour d’une seule note. Le xylophone et les tom-toms de En garde, le rire stylisé de Madame, voyez ! donnent sur A la Santé, avec son grand interlude central pour les cordes graves col legno, et son sommet dissonant où l’angoisse du prisonnier, seul avec sa raison, est comparée à celle du Christ : « [Enlève-moi] cette couronnes d’épines, qu’elle ne perce pas mon cerveau ». Le ton romantique du chant en mémoire d’Anton Delvig, poète ami de Pouchkine, et La Mort du poète, mènent à une brève Conclusion rappelant la cruauté de la mort.

CD Musique russe et soviétique en France

© mardi 29 août 2006, par Russie.net

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