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La sculpture sur ivoire de mammouth

David Frid

La création de pièces en ivoire taillé est une tradition ancestrale. C’est dans de très anciennes sépultures que les archéologues trouvent des peignes en ivoire, des pointes de flèches et des harpons décorés de motifs ainsi que des parures sculptées dans cette matière.

La création de pièces en ivoire taillé est une tradition ancestrale. C’est dans de très anciennes sépultures que les archéologues trouvent des peignes en ivoire, des pointes de flèches et des harpons décorés de motifs ainsi que des parures sculptées dans cette matière.

En Russie la taille de l’Ivoire a connu son apogée sous Pierre 1er, qui s’adonnait lui même avec intérêt et passion à cette activité créative.

Différents types d’ivoire étaient utilisés pour la sculpture : ivoire d’éléphant, de morse et de mammouth. Les pièces sculptées et ajourées des maîtres russes du XVIII-XIX siècles, d’une réalisation hautement professionnelle, sont le summum des acquis artistiques de la
taille d’ivoire de mammouth.

Il est impossible de citer tous les maîtres qui ont laissé une empreinte marquante dans l’art de la sculpture sur ivoire. Mais on ne peut pas ne pas mentionner : le célèbre
Fidius qui au 5ème siècle av. J.C. a sculpté en ivoire d’éléphant toutes
les parties dénudées du corps de la statue de "Zeus d’Olympe", haute de 12m ;
Rubens, grand peintre flamand qui, en collaboration avec le sculpteur G. Petel, a crée une série de compositions sculpturales en ivoire d’éléphant ; le joaillier français
Lalique qui a largement utilisé l’ivoire d’éléphant dans ses importantes pièces de joaillerie ; le sculpteur français
D. Chiparus qui a immortalisé la danseuse Isidora Duncan parmi sa série
de sculptures réalisées en ivoire d’éléphant, bronze et pierre.

Les connaisseurs en art de sculpture sur ivoire connaissent de grands maîtres tels que
Ferdinand Preiss, Otto Glenz, Philipp Perron (Allemagne),
Andréa Pozzo (Italie), Joe Deskomps (France).

A l’heure actuelle en Russie les grands maîtres de sculpture sur ivoire sont :
S. Ivanov, 0. Solomakin, V.Balandin, T. Simonian,
I. Epstein. Le nom de David Frid occupe une place de droit parmi ces noms.

David Frid est né en 1930 en Biélorussie.
Après des études universitaires classiques il travaille en Asie centrale, puis pendant près de 20 ans dans l’Extrême Nord. Depuis son plus
jeune âge il porte un amour à la nature et au règne animal.

Pendant son séjour dans le Grand Nord il a sillonné la région au moyen de
tous les types de transport : du traîneau de chiens au bateau baleinier et hélicoptère. Et partout, dès que c’était possible, il passait des heures à observer les morses, les baleines, les ours polaires. Par la suite cet amour des animaux aura une influence décisive sur sa création.

Malgré ses deux diplômes d’enseignement supérieur et un poste élevé dans l’administration David
Frid décide dé se consacrer entièrement à l’art et devient simple sculpteur à la fabrique des souvenirs de la ville de Magadan. Après son départ du Nord, David Frid organise à Minsk, puis à Kiev des ateliers de sculpture artistique sur ivoire. Dans le studio d’art « Pektoral » qu’il a crée avec
S. Samousev à Kiev naissent de nouvelles formes de bijoux en ivoire, apparaissent de
nouvelles techniques de taille et s’élaborent de nouveaux outils. Du nombre de ses élèves sont sortis de tels maîtres que
Yossif Epstein, Oleg Doroshenko, Oxana Tabakova, Galina oudrovskaya.

Les défenses des mammouths, disparus il y a 10.000 ans, se trouvent actuellement dans le
"permafrost" (gel éternel) en Sibérie et en Alaska. Restées dans la terre pendant plusieurs milliers d’années, ces défenses ont gardé leur facture incomparable et leur chaude couleur crème.
Quelquefois, très rarement, les défenses se retrouvent dans un terrain contenant des oxydes de métaux.
Dans ce cas, par infiltration millénaire au cœur de la défense, les oxydes de cuivre lui donnent une coloration bleu-vert, tandis que les oxydes de fer donnent des tons bruns à rougeâtres.
Les pièces taillées dans cet ivoire ont une coloration originale, avec des nuances délicieusement agréables. Ces pièces sont uniques, car il est totalement impossible de reproduire une oeuvre avec cette même couleur.
Les autochtones de l’Extrême Nord : yakoutes, tchouktchis et esquimaux, ont remarqué depuis
longtemps que ceux qui portent des amulettes en ivoire de mammouth tombent moins malades et vivent plus longtemps. De nos jours, ce fait pourrait avoir trouvé une justification. Les scientifiques supposent que puisque les défenses sont restées enfouies pendant des milliers d’années sous des
latitudes élevées, elles ont subi l’influence des champs magnétiques forts de cette région. Une fois libérée du
permafrost, travaillée et polie la surface lisse de l’ivoire commence à dégager l’énergie accumulée, ce qui crée un champ d’influence positif
pour l’homme.

La spécificité de la personnalité créative de
David Frid se manifeste dans son sens de la matière particulièrement fin et physiquement palpable. Son sens de la matière, son goût raffiné et son exigence confèrent à ses pièces en ivoire de mammouth un effet artistique très particulier. La surface satinée et soyeuse des objets produit
une fascination magique et une fois que l’on les tient dans la main il devient impossible de s’en séparer. Sans abuser de détails excessifs, David Frid donne néanmoins une très grande expression à ses pièces. En témoignent des oeuvres comme
Chasse à la baleine’, ’Mammouth’, ’Chat sauvage’, ’Cigogne’. A noter que les pièces peuvent aussi avoir des dimensions moins importantes. Ses figurines d’élan qui court, de rennes, de mammouths, tout en étant assez petites, se caractérisent par une très grande vie et expression. Sont aussi très intéressantes ses oeuvres du style
’avant-garde’ et ’modern’, dont les pièces qui combinent l’ivoire avec le bronze ou le chêne
’cinquantenaire’. Il est impossible de ne pas remarquer la grâce et l’originalité de ses broches, bracelets et colliers.

Les succès de David Frid dans l’art de la sculpture sur ivoire ont été distingués par les titres d’"artiste du peuple" de Biélorussie, Ukraine, Fédération de Russie et par des prix à de nombreuses expositions en URSS. Les amateurs de sculpture sur ivoire occidentaux ont pu
admirer son travail dans plusieurs expositions au Japon, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, en France et au Pays Bas. Ses oeuvres sont conservées au Musée de la Salle d’Armes (Oroujeinaya Palata) du Kremlin à Moscou, au Musée Russe des Arts Populaires à Moscou, à l’Ermitage à
Saint-Pétersbourg, au Musée des Arts des Peuples a Sapporo, Japon.

Depuis 1997 David Frid vit en Allemagne et il continue de nous réjouir par ses nouvelles oeuvres et sa maîtrise infatigable.

L. Faenson
Historienne d’Art
Musée de l’Ermitage - St Petersbourg.

© lundi 25 novembre 1996

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