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Laboratoire avec Thomas Geidel

Le jeudi 12 juin 2003

Le théâtre du Merlan organise, en parallèle de ses spectacles, des jeux chorégraphiques, training ouverts, des portes ouvertes, des projection de films, des rencontres et des tables rondes pour permettre au public de participer librement à ces lieux et à ces temps d’exploration des arts vivants. Au programme : étudier les écrits anarchistes russes (Michel Bakounine, etc) ...

Ils réunissent amateurs et professionnels, débutants ou initiés, curieux d’accompagner la recherche artistique d’une compagnie, désirant connaître les questions qui traversent les processus de création.

De 18:00 à 21:00

MARSEILLE - Bouches du Rhône
THEATRE DU MERLAN - SCENE NATIONALE
Avenue Raimu
13007 MARSEILLE

Editions ’Alternative Libertaire’

Michel Bakounine
Livre de Amédée Dunois - EXTRAIT

La vie

Michel Bakounine naquit, le 8 mai 1814 à Priamoukhino, dans le gouvernement de Tver. Sa famille était noble et elle était ancienne, originaire, dit-on, de Transylvanie.
Son père, Alexandre Bakounine, avait franchi la quarantaine. Esprit cultivé, cœur excellent, ce père avait passé par la diplomatie, et ses séjours en Occident n’avaient fait que fortifier ses inclinations humanitaires et libérales. Il eut même, vers la fin du règne d’Alexandre Ier quelques velléités conspiratrices et devint membre d’une société secrète qui se proposait l’établissement, en Russie, d’un régime constitutionnel. Mais le sanglant échec du soulèvement décabriste (décembre 1825), en ruinant ses espérances, le désabusa pour toujours de l’action. Tenant de fort près par sa femme, plus jeune que lui de vingt-deux ans, à l’illustre maison Mouravief, il vécut dès lors retiré dans sa "gentilhommière" de Priamoukhino, à proximité de Torjok, tout entier au soin de son patrimoine et à l’éducation de ses nombreux enfants.
Michel était l’aîné.
Après une enfance heureuse et calme, il alla passer trois ans à l’école d’artillerie de Saint-Pétersbourg, dont il sortit à dix-huit ans (1832), après de brillants examens.
Mais, pour des raisons qu’on n’a pu découvrir, au lieu d’être incorporé dans la Garde, il fut envoyé comme enseigne dans un régiment du district lithuanien de Minsk. Dans ce pays perdu, il fut bientôt aux prises avec l’ennui ; il passait des journées entières enveloppé dans sa robe de chambre et mélancoliquement allongé sur son lit. Autour de lui, la Pologne, dont la première révolte venait d’être écrasée, saignait sous le fer du bourreau : spectacle tragique dont l’âme du jeune officier allait être marquée en traits ineffaçables.
Il ne servit que deux années. En 1834, comprenant qu’il faisait fausse route, il donna sa démission et alla se fixer à Moscou, comme étudiant à l’Université.
Il passera là six années (1834-1840).
Période d’intellectualité intense, de lectures, de médiations, de controverses philosophiques. Pendant deux ans, ils ne jurèrent que par la Phénoménologie, la Logique et l’Encyclopédie.
...La ferveur hégélienne du jeune Bakounine était si grande qu’elle l’entraîna pendant un petit nombre d’années à des apologies de l’effroyable réalité qu’avait déterminée en Russie le mysticisme réactionnaire de Nicolas Ier. Ses articles de l’époque, dans l’Observateur de Moscou, sont, à cet égard, un document probant.

Vers la fin de l’été de 1840, notre hégélien fut pris du besoin de changer d’air, et après avoir tâté de Pétersbourg, alla poursuivre ses études à Berlin. On a dit qu’il se destinait alors à l’enseignement de la philosophie, avec une chaire à l’Université de Moscou comme suprême objectif.

À Berlin, où Ivan Tourgueniev (4) fut son camarade préféré, il suivit les cours de Schelling et de Werder.

Hegel mort (1831), son école s’était rapidement morcelée.

Au mois de février 1845, un ordre arrive de Saint-Pétersbourg qui le somme d’avoir à retourner immédiatement dans sa patrie. Il refuse d’obéir, mais du coup, il cesse d’être en sûreté sur le sol de la républicaine Helvétie.

Cela n’était pas fait pour le réconcilier avec le gouvernement du tsar, dont, un beau jour du début de 1845, les foudres s’abattirent sur sa tête, ainsi que sur celle d’un de ses amis, sous la forme assez civile d’un ukase ainsi libellé :
« Attendu que les nobles Golovine et Bakounine ont publié en France des écrits révolutionnaires contre le gouvernement russe et que malgré les sommations réitérées à eux faites, ils ne sont pas revenus dans leur patrie, ils sont déclarés déchus de tous leurs droits civiques et nobiliaires, tous les immeubles qu’ils possédaient dans l’empire seront confisqués au profit de l’État et si jamais on les retrouve sur le territoire russe, ils seront transportés en Sibérie pour y demeurer exilés tout le reste de leurs jours ».
Ces années de Paris furent utiles pour la formation intellectuelle de Bakounine Il écrivit peu, étudia beaucoup, les livres, les hommes, les choses. L’effet de ces paroles ne se fit pas attendre : Bakounine fut expulsé de France à la requête de l’ambassadeur russe Kisselef.

La révolution de février survenant sur ces entrefaits, rouvrit à Bakounine les portes de la France.

Il accourut à Paris, et là, dans la chaude atmosphère de l’émeute, vécut, au dire de Herzen, les jours les plus beaux de sa vie : « Il ne quitte plus les postes des Montagnards ; il y passe ses nuits, mange avec eux et ne se lasse pas de leur prêcher le communisme et l’égalité de salaire, le nivellement au nom de l’Égalité, l’émancipation de tous les Slaves, l’abolition de tous les États analogues à l’Autriche, la révolution en permanence et la lutte implacable jusqu’à l’extermination du dernier ennemi ».

Bakounine estima que sa vraie place n’était plus à Paris, mais parmi ses frères douloureux, les Slaves. Il partit en avril, s’arrêta successivement à Francfort, Cologne, Berlin et Leipzig, prit part à la conférence polonaise de Breslau, puis au congrès général des Slaves qui s’ouvrit à Prague le 2 juin.

Coup sur coup, en octobre, Bakounine est expulsé de Prusse et de Saxe, mais il trouve un asile dans la petite principauté d’Anhalt, qui était alors un foyer de propagande démocratique, et c’est de là qu’il lance ce vibrant Appel aux Slaves par un patriote russe, dans lequel il préconise la fondation d’une vaste république fédérative de tous les peuples slaves.
..Cependant la révolution allemande approchait de son dénouement.
Il fut condamné à mort le 16 janvier 1850, en même temps que deux autres chefs de la révolution dresdoise : Heubner et Roeckel. Aucun d’eux toutefois ne fut exécuté, mais le 13 juin de la même année, Bakounine était livré à l’Autriche qui le réclamait pour sa participation à l’insurrection de Prague. Enfermé successivement à Prague et à Olmütz où ses geôliers lui infligèrent un traitement barbare, il fut pour la seconde fois condamné à mort (15 mai 1851) ; mais de nouveau une commutation de peine intervint. Le gouvernement russe demandait son extradition et on le conduisit à Saint-Pétersbourg. Jeté dans la forteresse Pierre-et-Paul, au fond du lugubre ravelin d’Alexis, il y passa trois ans, au bout desquels il fut transféré dans la forteresse de Schlüsselbourg. Trois années s’écoulèrent. Il crut toucher l’extrémité de l’humaine misère : le scorbut, la fièvre et l’insomnie brisaient lentement son corps d’athlète...
C’est seulement en mars 1857 qu’il sortit de cette tombe. Il fut interné à Tomsk, en Sibérie, où, vers la fin de l’année suivante, il épousa une jeune fille d’origine polonaise, Antonie Kwiatkovska. Peu de temps après, il recevait l’offre d’une fonction administrative à exercer en Sibérie même, offre qu’il crut devoir décliner pour ne pas perdre « sa pureté révolutionnaire ». Envoyé dans la suite à Irkoutsk (mars 1859), il eut la bonne fortune d’y retrouver, en qualité de gouverneur de la Sibérie orientale, son parent Mouravief-Amourski, au libéralisme et à la bienveillance duquel sa correspondance rend hommage.

Le 17 juin 1861, prétextant un voyage d’affaires, il quittait Irkoutsk par la voie de l’Amour et réussissait à atteindre Yokohama, puis San Francisco. Il était libre ! Le 27 décembre suivant, à Londres, il tombait dans les bras de ses vieux amis Herzen et Ogaref.

Ici dans la vie de Michel Bakounine s’ouvre une période de prodigieuse activité. Quelle énergie colossale était en cet homme que n’avaient pu dompter les cachots ni l’exil !
Douze années pleines, il ne vécut que pour agir, payant à l’occasion de sa personne, le plus souvent inspirant les autres, communiquant à tous, jeunes et vieux, un peu de sa passion, de son expérience, de son inaltérable et débordante jeunesse.
À Londres, raconte Herzen, il commença d’abord par révolutionner La Cloche (10). « Il trouvait que nous étions trop modérés, pas assez enclins aux moyens énergiques ». Et de fait, il ne tarda guère à séparer son action de celle des deux rédacteurs du fameux journal. Mais il restait, comme eux, attiré avant tout par les affaires slaves, se promettant même « de consacrer tout le reste de sa vie à la lutte pour la liberté russe, la liberté polonaise, la liberté et l’indépendance de tous les Slaves » ; et c’est dans cet état d’esprit qu’il écrivit alors (1862), en même temps que la première traduction russe du Manifeste communiste, deux brochures qui firent quelque bruit : l’une était intitulée : Aux amis russes, polonais, et à tous les amis slaves ; l’autre : la Cause populaire, Romanof, Pougatchef ou Pestel ?

Dans les années suivantes, Bakounine nous apparaît comme un révolutionnaire slave, préoccupé par-dessus tout de questions politiques et nationales.

Ce qui frappe en effet le plus dans Bakounine, ce qui fait à la fois son charme et sa grandeur, c’est une puissance héroïque de renouvellement, de rayonnement, de vie qui n’a jamais appartenu qu’à lui. Un écrivain russe l’a défini : un immortel printemps. Il a vécu quarante années d’une existence tumultueuse et intense, où l’action complétait sans cesse la pensée, et il a suscité partout autour de lui l’ardente volonté de vivre.

Bakounine, sans cesser à aucun moment d’être Russe, a été toute sa vie au service de l’humanité.
Il apporta au mouvement ouvrier l’appoint de son énergie formidable, de son audace "endiablée", de sa pratique de vieux lutteur et - qualités plus précieuses encore - sa passion de la liberté, sa haine de la tyrannie, quelle qu’elle fût, sa répugnance instinctive pour le doctrinarisme qui entrave, avec l’indépendance de l’esprit, l’intelligence de l’action.

’Ils en profitèrent pour accentuer encore leur opposition théorique à certains points de vue de la doctrine marxiste. Celle-ci faisait de la conquête du pouvoir politique le premier devoir de la classe ouvrière ; les anti-autoritaires affirmèrent, eux, que le premier devoir du prolétariat était la destruction de tout pouvoir politique. L’idée anarchiste était née.’

C’est dans la solitude, le silence et la pauvreté, Bakounine passa ses deux dernières années. De plus en plus souffrant, Bakounine s’installa à Lugano. Il avait définitivement, cette fois, renoncé à la politique et ne voyait plus qu’à de longs intervalles ceux qui avaient été ses amis les plus chers.
Vers le milieu de juin 1876, son mal empirant tous les jours, il fit le voyage de Berne pour s’y faire soigner par son vieil ami, le docteur Adolf Vogt. Mais il n’y avait plus pour lui désormais de remède : il s’éteignit sans souffrance dans la journée du 1er juillet.
Ses obsèques eurent lieu le surlendemain. Il fut inhumé dans le cimetière de Berne sous une humble pierre où l’on peut aujourd’hui encore déchiffrer son nom. .

© jeudi 12 juin 2003, par Russie.net

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