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Le Nez (Nos), opéra en 3 actes et 10 tableaux de Dmitri Chostakovitch

Le 18 janvier 1930 - 2006

Pour son premier opéra, Chostakovitch participe à la
confection du livret ; l’action de la nouvelle de Gogol est
enrichie d’emprunts à d’autres de ses oeuvres (Le Mariage,
La Foire de Sorotchintsi, Tarass Boulba, Le Journal d’un fou, Comment Ivan Ivanovitch se brouilla avec Ivan Nikiforovitch), et aux Frères Karamazov de Dostoïevsky (chanson de Smerdiakov).

Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Le Nez (Nos), opéra en 3 actes et 10 tableaux.

Dmitri Chostakovitch Nos (Le Nez) op. 3

Livret de Evgeni Zamiatine, Gueorgi Ionine, Alexandre Preis et du compositeur lui-même
Composition : 1927-1928
Création au Petit Théâtre de Léningrad le 18 janvier 1930 sous la direction de Samuel Samossoud, décors de Vladimir Dimitriev et mise en scène de Nikolaï Smolitch.

Boris Alexandrovitch Pokrovski, mise en scène
Vladimir Talalaï, scénographie/costumes
Lilya Talankina, chorégraphie
Vladimir Ivakine, designer lumières
Vladimir Apekichev, Tatiana Skotchenskaya,
Uliy Gusberg, chefs de choeur
Durée totale du spectacle : 2h20

Livret d’Alexander Preis, Dmitri Chostakovitch,
Grigori Ionine, Evgeni Zamiatine d’après la nouvelle de Nikolaï Gogol (1835).

« Les raisons qui m’ont décidé à chercher le sujet chez Gogol sont les suivantes : les écrivains soviétiques ont écrit de grandes oeuvres, il m’aurait été difficile en tant qu’amateur de les adapter dans un livret d’opéra ; quant aux auteurs de ces oeuvres, ils n’ont pas été particulièrement coopérants : ils prétextèrent le manque de temps, la surcharge de travail ou que la réalisation d’un opéra soviétique ne les intéressait pas. Il aurait été bien plus facile pour moi de retravailler n’importe quelle oeuvre secondaire, mais, dans la littérature contemporaine, je n’ai pas trouvé la matière qui aurait pu servir de sujet pour cet opéra. Il me fallut donc chercher dans les classiques. Je pensais qu’à notre époque, un sujet classique serait des plus actuels si ce sujet avait un côté satirique. C’est ainsi que je tombai enfin sur Le Nez de Gogol ». Dimitri Chostakovitch

’Dans Le Nez’, écrivait le musicologue et ami de
Chostakovitch, Ivan Sollertinski, ’le mécanisme des
commérages petits-bourgeois est étalé au grand jour avec
une rare acuité. Les bavardages stupides nés de rien,
l’anecdote insignifiante gonflée aux dimensions d’une bulle
de savon fantastique et qui finit par éclater brusquement,
ne laissant derrière elle - comme on pouvait s’y attendre - que le néant.’

Le projet est d’obtenir un équilibre proprement théâtral, où la musique ne dominerait pas au détriment de l’action, et un flux continu : « chaque acte est un mouvement d’une seule symphonie de théâtre musical ». Le nombre de personnages (proche de quatre-vingt, pour de grandes scènes de foules), la façon dont les événements se suivent par montage, sans transition apparente, rappellent le cinéma. L’orchestre utilise les vents par un, mais une percussion riche, exploitée de manière surprenante (intermède pour 9 percussions entre le 2e et le 3e tableau), et inclut des instruments peu courants (flexaton, domras, balalaïkas...). On ne peut résister ni à la voix nasillarde du Nez, chantée le nez bouché, ni aux tremblements de Kovaliov. L’opéra frappe par sa liberté de langage et sa faculté d’occupation de l’espace, un même temps pouvant être répété dans deux
endroits différents, tandis que deux moments successifs
sont présentés simultanément : ainsi le tableau de la lettre, à la fois écrite et reçue, superposant cause et effet, trente ans avant les Soldats de Bernd Aloïs Zimmermann.

Profondément novateur, Le Nez a vu le jour à la fin d’une
ère de relative tolérance du régime et de floraison des arts, marquée par le cinéma de Serge Eisenstein et les mises en scène de Meyerhold, qui venait d’engager le compositeur de 21 ans dans son théâtre. Trop moderne, il fut mal compris lors de sa création, accusé de « formalisme » dès 1934, et exclu de la scène soviétique pendant quarante ans. / Marianne Frippiat

Argument.

À Saint-Pétersbourg, sous Nicolas I er.
Premier acte : le barbier Ivan Iakovlevitch (basse) trouve,
dans la miche de pain tout juste cuite par son épouse, un
nez dont il tente aussitôt de se débarrasser (I-II). De son
côté, l’assesseur de collège Kovaliov (baryton) découvre
avec stupeur l’absence de ce même organe au centre de son
visage. Il reconnaît le nez (ténor) peu après devant la
cathédrale, dans l’étrange costume d’un conseiller d’État
(III-IV).

Deuxième acte : le pauvre homme veut passer une petite
annonce afin de retrouver l’objet perdu, se heurte au
mélange d’incrédulité, de moquerie et de crainte de
l’employé du journal (V), rentre chez lui et se lamente une
fois encore de cette méchante farce (VI).
Troisième acte : la police enquête, la ville entière se met à la recherche du nez, finalement attrapé par une vieille
dame (VII), rendu à son propriétaire mais impossible à
remettre à sa place. Soupçonnant Madame Podtotchine de
l’avoir ensorcelé pour le punir de ne pas avoir accepté la
main de sa fille, Kovaliov écrit une lettre : la réponse le détrompe (VIII). Intermède : sur la perspective Nevski,
tout Saint-Pétersbourg se rassemble pour tenter de voir
l’étrange phénomène.

Epilogue : Kovaliov, qui s’est réveillé son nez bien en place, se joint à la foule, heureux de constater que l’on ne
remarque rien (IX), et profitant de l’occasion pour
courtiser une jeune marchande après avoirconfirmésa
décision de ne pas prendre pour épouse la fille de Madame
Podtotchine...

M.F.
Le Nez est pour notre théâtreunspectacleàpart,c’est
mêmepournousbien plus qu’un spectacle. Avec la
création de ce spectacle, sont nés et se sont consolidés les
principes artistiques selon lesquels notre théâtre devait se
construire et s’affirmer, comme un théâtre d’un genre
lyrique tout particulier, celui de l’opéra de chambre. Ce
spectacle a nourri à la fois notre intérêt spirituel pour les classiques de la littérature et notre constante recherche artistique.

Ce fut aussi la première collaboration de Chostakovitch
avec notre théâtre. La présence de Dmitri Dmitrievitch
aux répétitions, au lieu d’effrayer ou gêner les artistes, était au contraire une grande joie. Il était simple et naturel, tout comme progressivement l’est devenue pour nous sa musique.

Ce fut également la première collaboration de Guenadi
Rojhdestvensky avec notre jeune troupe, plein
d’enthousiasme et prêt à toutes les expérimentations.
Et enfin, ce fut le premier spectacle joué lors de
l’inauguration de notre théâtre sur le Sokol, où en 30 ans
nous avons présenté 85 différentes productions. / Boris Pokrovski

© mercredi 18 janvier 2006, par Russie.net

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