Russie.net

La communauté russe en France et infos sur la Russie

Accueil > Archives > 2006 > Le centenaire de Chostakovitch en Russie

Le centenaire de Chostakovitch en Russie

Le 25 septembre 1906 - 2006

Le théâtre du Bolchoï joue cette année les trois principaux ballets de Chostakovitch, ’Boulon’, ’Clair Ruisseau’, et ’L’Âge d’Or’, ainsi que son opéra ’Lady Macbeth de Mzensk’, interdit par Staline.

Dimitri Chostakovitch est né le 25 septembre 1906 à Saint-Pétersbourg, la capitale tsariste. C’est dans cette même ville, alors appelée Petrograd, qu’il a grandi et qu’il a été témoin de la Première Guerre mondiale, des deux Révolutions russes de 1917, des premières années du régime soviétique, de la pauvreté et de la faim provoquées par la guerre civile.

La Russie profite du centenaire de Dmitri Chostakovitch (1906-1975), son compositeur le plus censuré sous l’URSS alors qu’il était déjà célébré en Occident, pour lever le voile sur son oeuvre énigmatique, avec des disques inédits et des ballets et opéras jadis interdits.

Le théâtre du Bolchoï joue cette année les trois principaux ballets de Chostakovitch, "Boulon", "Clair Ruisseau", et "L’Âge d’Or", ainsi que son opéra "Lady Macbeth de Mzensk", interdit par Staline.

Créé en 1931, le mythique "Boulon" n’est monté qu’une seule fois en URSS avant de disparaître des programmes. Il ne sera rejoué à Moscou qu’en 2005 :

- Resté méconnu en dehors de la Russie, "Boulon" est un ballet "constructiviste", raconte son chorégraphe Alexeï Ratmanski, fier d’avoir reconstitué "l’esprit, les décors et costumes" des années 30.

A une époque où l’avant-garde était bien venue en URSS, Chostakovitch a choisi pour la première fois un sujet moderne pour son ballet : un "saboteur", épris d’une jeune "Komsomol" (membre des jeunesses communistes), veut écarter son rival et pose secrètement un boulon dans sa machine à l’usine.

Avec ses corps de ballet d’ouvrières coiffées de fichus rouges, ses danses d’un Bureaucrate et d’un Opportuniste et son défilé de "méchants capitalistes" dans des bateaux en papier journal, le spectacle est "vif, logique et facile à voir", selon les critiques russes.

"En Occident, tous savaient que ce ballet existait, mais personne ne l’a vu", raconte François Duplat, producteur de la chaîne franco-allemande Arte, qui diffusera "Boulon" en direct le 23 septembre.

Quelques scènes anticléricales (avec un pope buveur, personnage presque obligatoire à l’époque de l’athéisme soviétique) ont toutefois été supprimées, reconnaît M. Ratmanski, expliquant que "l’attitude envers l’Eglise n’est plus la même qu’autrefois" chez les Russes, dont 64% se disent croyants.

- Un autre ballet de Chostakovitch, "Serin" (Balda), racontant l’histoire d’un pope dupé par son employé, sera également joué à l’opéra de Syktyvkar (Grand Nord) le jour de l’anniversaire, le 25 septembre, expurgé de ses scènes anticléricales à la demande du diocèse régional.
Chostakovitch y était habitué.

- Son opéra, "Lady Macbeth de Mzensk", vu par Staline le 26 janvier 1936, a été violemment critiqué deux jours après, à la Une de la Pravda, dans un article intitulé "Un chaos, pas de la musique", devenu le mot d’ordre des persécuteurs du "formalisme petit-bourgeois" incarné par Chostakovitch, critiquant ses sonorités "confuses et discordantes" et son chaos "gauchiste".

L’opéra est interdit et Chostakovitch doit refondre son oeuvre, supprimant notamment des scènes jugées trop "naturalistes" et obscènes dans un pays où le sexe était gommé.

Il en est réduit à créer des musiques de film qui lui permettent un retour en grâce, qui exulte avec la création de la Cinquième Symphonie fin 1937.

Mais Chostakovitch, qui dédiera des oeuvres à Staline et Lénine, restera à vie le compositeur le plus surveillé en URSS, et des micros seront dissimulés chez lui jusqu’à la fin de ses jours.

D’une main il soutiendra des jeunes musiciens d’avant-garde, et de l’autre signera une lettre condamnant le dissident Andreï Sakharov, acte qu’il "ne se pardonnera jamais", confiera-t-il plus tard.

Le mystérieux Chostakovitch est aujourd’hui l’objet d’une attention minutieuse des Russes, qui le redécouvrent dans de nombreux ouvrages et émissions.

Auteur d’une musique jugée souvent dépressive en Occident, cet homme sobre au visage impénétrable apparaît comme un personnage "pur et spontané" dans des lettres inédites à son ami, le critique musical Ivan Sollertinski, entre 1927 et 1944, ou dans les mémoires de son amie Betty Schwarz, ancienne rédactrice littéraire à la télévision soviétique.

CD russes de Chostakovich (Avec Chedrine, Nesterenko..) :

© mercredi 20 septembre 2006, par Russie.net

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.