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Les échanges artistiques franco-russes

Mardi, le 11 février 2003, Visite du Président Vladimir POUTINE en France

C’est la visite à Paris du Tsar Pierre Ier en 1717, dont un magnifique souvenir a été laissé par le portrait réalisé par Nattier, conservé aujourd’hui avec tant d’autres chefs d’œuvre français au Musée de l’Hermitage, qui donna le coup d’envoi des nombreux échanges artistiques entre nos deux pays. Une autre date déterminante fut la création de l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en 1757 sous le règne d’Elisabeth.

VISITE DE VLADIMIR POUTINE, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE, À L’INSTITUT DE FRANCE

Programme :

- Accueil du Président Vladimir POUTINE par M. Pierre MESSMER, chancelier de l’Institut, les secrétaires perpétuels des Académies et M. Gilbert DAGRON, président de l’Institut.
- Visite de la Coupole, de la Bibliothèque de l’Institut et de la Bibliothèque Mazarine.

En grande salle des séances :
- allocution de M. Pierre MESSMER
- allocution de M. Jean CLUZEL, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques,
- allocution de M. Arnaud d’HAUTERIVES, secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts,
- allocution de M. Jean DERCOURT, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences,
- allocution de M. Jean LECLANT, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres,
- allocution de Mme Hélène CARRÈRE d’ENCAUSSE, secrétaire perpétuel de l’Académie française.
- Discours du Président Vladimir POUTINE.

Institut de France, 23, quai Conti, 75006 Paris

Allocution de M. Arnaud d’Hauterives, Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts

Monsieur le Président,

L’histoire de l’Académie des Beaux-Arts, que j’ai l’honneur de représenter aujourd’hui devant vous, remonte au règne de Louis XIV. Notre Compagnie est en effet l’héritière d’une part de l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, fondée en 1648 par le peintre Le Brun et rapidement placée sous la protection du cardinal Mazarin, d’autre part de l’Académie royale de Musique et de l’Académie royale d’Architecture fondées en 1669 et 1671. C’est en 1795 que ces trois Académies furent réunies au sein de l’Institut de France, et ce n’est qu’en 1803 qu’elles furent placées sous l’appellation unique de « Beaux-Arts ».

Par ses débats, par l’attribution de nombreux prix et encouragements aux artistes, par l’administration de ses fondations, l’Académie contribue, conformément à ses statuts, à la défense et à l’illustration du patrimoine artistique de la France, ainsi qu’à son développement. Comme a pu l’écrire fort justement au XIXe siècle le Comte Henri de Laborde, dans son ouvrage consacré à l’histoire de notre Compagnie, « L’Académie des Beaux-Arts n’est ni un parti, ni une école dans le sens limité du mot, encore moins un groupe de talents en rivalité ou en lutte. Arrivés à la plus haute situation que des artistes puissent ambitionner, les membres de l’Académie empruntent de leur élévation même un calme, une modération dans le jugement des opinions ou des choses qu’on ne rencontrerait pas aussi sûrement chez ceux que préoccupent encore le progrès de leur propre réputation et l’incertitude du succès ».

Les figures les plus marquantes de l’art français ont illustré l’histoire de l’Académie, et il est bien embarrassant de ne retenir que quelques membres des différentes sections qui la composent : je citerai cependant les peintres Le Brun, Watteau, David, Delacroix, Ingres, Moreau, Vuillard, les compositeurs Lully, Berlioz, Fauré, Messiaen, les sculpteurs Houdon, Barye et Landowsky, d’illustres architectes, tels Le Vau (à qui nous devons la partie ancienne du Palais qui nous accueille aujourd’hui, en particulier la Coupole et la façade), Hardouin-Mansart (un des principaux artisans de la construction du Château de Versailles, de la place Vendôme, de la Chapelle des Invalides), Perrault (l’auteur de la colonnade du Louvre), Gabriel (le concepteur de la place de la Concorde), Chalgrin (qui conçut l’Arc de Triomphe), Garnier (dont notre Opéra garde le nom), mais également des graveurs et, depuis la création d’une section dévolue au septième art en 1985, des cinéastes tels Marcel Carné ou Henri Verneuil. Tous ont contribué, et contribuent encore de nos jours à la grandeur et au rayonnement de l’art français.

Mais venons en à l’évocation de ces liens si riches qui unissent nos deux pays dans le domaine des arts. Au XVIIIe siècle, les académies ont constitué une véritable « République des Arts » dans l’Europe des Lumières, échangeant une correspondance officielle, nommant comme membres honoraires les artistes réputés des autres académies, accueillant les artistes étrangers qui voyageaient pour leur formation ou pour répondre à des commandes. C’est la visite à Paris du Tsar Pierre Ier en 1717, dont un magnifique souvenir a été laissé par le portrait réalisé par Nattier, conservé aujourd’hui avec tant d’autres chefs d’œuvre français au Musée de l’Hermitage, qui donna le coup d’envoi des nombreux échanges artistiques entre nos deux pays. Une autre date déterminante fut la création de l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en 1757 sous le règne d’Elisabeth. On eut alors recours à des architectes, sculpteurs et peintres français pour y enseigner. Dès 1760, les peintres Bajenov et Losenko furent envoyés en France pour étudier à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, et à partir de 1764, les statuts de l’Académie de Saint-Pétersbourg prescrivirent l’envoi régulier pour trois ans de douze artistes, soit à Rome, soit à Paris. De 1760 à 1789, une quarantaine d’élèves russes bénéficièrent ainsi de l’enseignement dans les ateliers des artistes français professeurs à l’Académie royale.

Il nous faut encore évoquer, dans l’histoire artistique du Siècle des Lumières le « Cavalier de bronze » du sculpteur français Etienne-Maurice Falconet, statue équestre de Pierre le Grand dressée à Saint-Pétersbourg, et commandée par Catherine II. La ville fondée par Pierre Ier accueillit d’ailleurs plusieurs autres architectes et sculpteurs français, tels Jean-Baptiste Leblond, Thomas de Thomon, qui apportèrent un certain goût classique français sur les bords de la Néva.

A la fin de ce siècle brillant, Elisabeth Vigée Le Brun, l’auteur des célèbres portraits de Marie-Antoinette, passa six ans en Russie, fuyant la tourmente révolutionnaire française. Elle peignit là certains de ses plus beaux portraits.

Citons enfin Auguste de Montferrand, qui érigea en 1834, à Saint-Pétersbourg encore, la colonne d’Alexandre Ier, plus haute que la colonne Vendôme érigée à Paris à la gloire d’un autre empereur...

Les liens artistiques noués de façon si éclatante ne se sont depuis lors pas distendus, et notre Académie a accueilli de nombreux artistes russes, en tant qu’associés étrangers ou correspondants ; je ne citerai ici que les musiciens Rimsky-Korsakov et Dimitri Chostakovitch. Aujourd’hui encore, d’illustres artistes russes honorent notre Compagnie, tels le grand violoncelliste Msistlav Rostropovitch, le peintre Tahir Salakhov, ou notre confrère et ami le sculpteur Zurab Tsereteli, Président de l’Académie des Beaux-Arts de Russie, que nous avons eu le plaisir de recevoir l’année dernière en séance plémière, accompagné d’une délégation d’artistes russes. J’appartiens moi-même à cette Académie et je ne rate jamais une occasion de me rendre en Russie car je suis très attaché à cette distinction.

Une cause m’est très chère, beaucoup ici le savent : c’est l’avenir de notre Compagnie, qui sera assuré par une plus grande ouverture. Ouverture à d’autres respirations artistiques, à d’autres formes d’expression qui ne sauraient être ignorées longtemps encore sans nous faire courir le risque du repli sur nous-même. Ouverture aussi vers nos confrères étrangers ; ma brève évocation de nos illustres prédécesseurs nous aura, je l’espère, convaincus de l’urgence qui s’impose à nous : multiplions les occasions de rencontres, d’échanges fructueux avec les artistes russes.

Notre riche passé commun nous y invite, comme nous le rappellera encore la célébration du tricentenaire de la ville de Saint-Pétersbourg ; votre présence parmi nous aujourd’hui, Monsieur le Président, nous encourage à toujours renforcer ces liens et à construire ensemble cette République des Arts chère aux hommes des Lumières.

© mardi 11 février 2003, par Russie.net

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