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Message du patriarche Bartholomée à l’occasion de Noël 2017

5 JANVIER 2018




† Bartholomée, par la grâce de dieu archevêque de Constantinople, nouvelle Rome, et patriarche œcuménique, à tout le plérôme de l’Église
grâce, miséricorde et paix du Christ Sauveur né à Bethléem
* * *

Chers frères et enfants bien-aimés en Christ,

La grâce de Dieu nous a permis cette année encore de fêter la solennité de la naissance charnelle du Verbe, venu au monde nous accorder le « bien être »1, la rémission des péchés ; nous libérer de la servitude de la loi et de la mort ; nous dispenser la vie en vérité et la grande joie que « personne ne nous enlève »2.

Nous accueillons le « Dieu de toute perfection »3 que « l’amour a fait venir sur terre »4 qui, en notre faveur, est devenu celui « qui nous est plus apparenté que nous-mêmes »5 . Le Dieu Verbe qui s’est dépouillé manifeste à sa créature égarée « sa condescendance indicible et incompréhensible »6 . « Celui que nul espace ne contient » est contenu dans le sein de la Vierge, le grand se trouve parmi les petits. Le chapitre capital de notre foi, c’est-à-dire la façon dont le Dieu suressentiel « est devenu homme pour l’homme »7 , demeure un mystère « non révélé ». « Le grand mystère de l’incarnation demeure toujours un mystère »8.

Ce fait étrange et paradoxal, « tenu caché tout au long des âges »9, est le fondement de la divinisation par grâce de l’être humain. « Il n’y a aucun salut ailleurs qu’en lui ; car aucun autre nom sous le ciel n’est offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut »10.

C’est là la suprême vérité salvatrice pour l’être humain. Nous appartenons au Christ. Tout est uni dans le Christ. En Christ, notre nature corrompue est restaurée, le « à l’image » est rétabli, ouvrant à tous les humains l’accès « à la ressemblance ». Le Verbe divin ayant assumé la nature humaine, l’unité du genre humain est basée sur la destination divine commune et le salut commun. Or, ce n’est pas seulement l’humanité qui est sauvée, mais la création tout entière. De même que les premiers êtres créés par Dieu ont entraîné toute la création dans leur chute, de même l’incarnation du Fils et Verbe de Dieu concerne toute la création. « La création connaît la liberté : les enténébrés deviennent fils de la clarté »11. Saint Basile le Grand nous invite à fêter la Nativité du Christ comme « la fête que la création tout entière partage », comme « le salut du monde, le jour anniversaire de naissance de l’humanité »12.

« Christ est né » se fait malheureusement entendre encore dans un monde où sévissent des violences, des antagonismes dangereux, l’inégalité sociale et la violation des droits humains fondamentaux. En 2018, c’est le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui, suite aux horribles expériences et destructions de la Seconde guerre mondiale, a mis en relief les grands idéaux communs que tous les peuples et tous les États doivent absolument respecter. Toutefois, cette Déclaration continue à être bafouée ; les abus divers et les mésinterprétations délibérées des droits de l’homme minent leur respect et leur réalisation. On s’entête à ne pas tirer d’enseignements de l’histoire ou à ne pas vouloir être enseignés. Ni les tragiques expériences issues de la violence et de la maltraitance de la personne humaine, ni la déclaration des grands idéaux n’ont empêché la continuation de la violence et des guerres, l’apothéose de la puissance et l’exploitation de l’homme par son semblable ; bien entendu, ni la force des moyens techniques et les extraordinaires conquêtes de la science, ni le progrès économique n’ont apporté la justice sociale et la paix tant désirée. Au contraire, de notre temps, la prospérité des possédants s’accroît et la globalisation fausse les termes de cohésion sociale et de paix.

L’Église ne saurait méconnaître ces menaces pesant sur la personne humaine. « Or rien n’est aussi sacré que l’homme dont Dieu a partagé même la nature »13. Nous luttons pour l’être humain, pour la protection de la liberté et de la justice, conscients que « la vraie paix vient de Dieu »14, que le mystère transcendant toute raison – l’incarnation du Verbe de Dieu et la divinisation par grâce de l’homme – révèle la vérité sur la liberté et la destination divine de l’être humain.

Dans l’Église nous vivons la liberté venant du Christ, en Christ et pour le Christ. L’amour qui « ne cherche pas son intérêt15, l’amour « qui vient d’un cœur pur »16 appartient au noyau de cette liberté. L’être humain qui se croit autonome et autosuffisant, qui ne se fie qu’à son discernement, qui se déifie et se félicite, égocentrique et enfermé dans son présomptueux bien-être individuel, considère son semblable comme une entrave à sa liberté. En revanche, la liberté en Christ se tourne vers le frère, va vers le prochain, confesse la vérité dans l’amour. Le croyant ne se soucie pas de revendiquer des droits, mais d’« accomplir les préceptes du Christ »17, dans l’humilité et l’action de grâce.

Cette vérité de la vie en Christ, de la liberté en tant qu’amour et de l’amour en tant que liberté constitue le fondement et la garantie pour l’avenir de l’humanité. Nous appuyant sur cet ethos de transport divin, nous pouvons relever les grands défis du présent qui menacent non seulement le bien-être, mais la vie même de l’humanité.

Le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe (Crète 2016) a souligné la vérité que le « Dieu-homme » constitue la réponse à « l’homme-dieu » contemporain : « L’Église orthodoxe affirme le “Dieu-homme” comme mesure ultime de tout : “Nous ne parlons pas d’homme déifié, mais de Dieu fait homme”18. Elle expose la vérité de la foi salvatrice du Dieu-homme et Son Corps, l’Église, en tant que lieu et mode de vie en liberté. Elle permet de “confesser la vérité dans l’amour”19 ; de participer aussi, déjà sur terre, à la vie du Christ ressuscité »20.

L’incarnation du Verbe est la confirmation et la certitude que c’est le Christ lui-même qui dirige l’histoire en tant que marche vers le Règne des fins dernières. Certes, ne s’opérant pas loin ou indépendamment des contradictions et des aventures de la réalité historique, ce progrès de l’Église n’a jamais été dépourvu de difficultés. Au milieu de ces difficultés, l’Église témoigne de la vérité, et elle accomplit son œuvre de sanctification, de pastorale et de transfiguration. « Car l’Église du Dieu vivant est la colonne et le fondement de la vérité (…) la colonne du monde (…) C’est un mystère, un mystère de piété, sans contredit »21.

Frères et enfants dans le Seigneur,

Par la grâce du Verbe de Dieu ayant habité en nous, dans la jubilation et la joie accomplie, fêtons ensemble les saints jours allant de Noël à l’Épiphanie. Nous souhaitons du Phanar qu’au cours de la nouvelle année de Sa grâce, notre Seigneur et Sauveur incarné et ayant condescendu jusqu’au genre humain dispense au monde entier, santé physique et psychique, paix et amour des uns envers les autres ; qu’il garde Sa sainte Église et qu’il bénisse les ouvrages de diaconie de celle-ci, afin que soit glorifié Son nom saint et loué par-dessus tout.

Noël 2017
† Bartholomée de Constantinople
fervent intercesseur de vous tous en Dieu


*Que ce Message soit lu en l’église au cours de la divine liturgie de la fête de Noël, après la lecture du saint Évangile.


1 Grégoire de Nazianze, Discours 38, Pour la Théophanie, III, PG 36, 313.
2 Cf. Jn 10, 18.
3 Gloire au Père, Apostiches, Grandes vêpres de Noël.
4 Nicolas Cabasilas, De la vie en Christ, VI, 39, PG 150, 657.
5 Idem VI, 44, PG 150, 660.
6 Jean Damascène, Exposé de la foi orthodoxe, III, 1, PG 94, 984.
7 Maxime le Confesseur, Divers Chapitres théologiques et économiques sur la vertu…, première centaine, XII, PG 90, 1184.
8 Op. cit.
9 Col 1, 26.
10 Ac 4, 12.
11 Les saintes Théophanies, ode 8.
12 Basile le Grand, Homélie sur la Naissance du Christ, PG 31, 1472-73.
13 Nicolas Cabasilas, De la vie en Christ, VI, 22, PG 150, 649.
14 Jean Chrysostome, Commentaire sur la première épitre aux Corinthiens, Homélie I, 1, PG 61, 14.
15 I Co 13, 5.
16 I Tm 1, 5.
17 Théotokion des Apostiches, Laudes du 12 octobre.
18 Jean Damascène, Exposé de la foi orthodoxe, III, 2, PG 94, 988.
19 Cf. Ep 4, 15.
20 Encyclique du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, § 10.
21 Jean Chrysostome, Commentaire sur la première épitre à Timothée, Homélie XI, PG 62, 554.





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