Russie.net, le web franco-russe depuis 1997 !






St-Pétersbourg
Accueil > Voyage en Russie > St-Pétersbourg > Montferrand à Saint-Pétersbourg



Montferrand à Saint-Pétersbourg

Montferrand à Saint-PétersbourgAu centre de la place du Palais se dresse depuis 1834 une colonne à la gloire de la Russie et du vainqueur de Napoléon, Alexandre Ier, dont elle
porte d’ailleurs le nom. On comprend aisément pourquoi la colonne
d’Alexandre Ier fut conçue par son auteur, Auguste de Montferrand, plus
haute que la colonne Vendôme, érigée à Paris à la gloire d’un autre
empereur. Elle
est d’ailleurs la plus élevée de toutes les colonnes triomphales, que ce
soit celle de Pompée à Alexandrie ou celle de Trajan à Rome, qui l’ont
sûrement influencée. La première idée de Montferrand était pourtant
d’édifier un obélisque. Il le voyait décoré de bas-reliefs évoquant
la guerre de 1812, avec, sur le piédestal, une représentation
d’Alexandre Ier en guerrier romain. Mais l’exécution d’une maquette en
1829 permit de voir qu’un obélisque ne s’accordait pas bien avec la
place. C’est donc l’idée d’une grande colonne proportionnée à la
dimension colossale de la place qui s’imposa. Pour une colonne de presque
48 mètres, il fallait trouver un monolithe de granit : on le fit
extraire dans la carrière de Piterlax, près du golfe de Finlande. Son
extraction ne fut pas une mince affaire, et la pose à la verticale de ce
colosse de 450 tonnes le fut moins encore. La méthode utilisée par
Montferrand, qui mettait en œuvre des leviers et des cabestans, s’inspira
de celle mise au point par Fontana pour l’érection de l’obélisque de la
place Saint-Pierre au Vatican, qui, lui, ne pesait « que » 325 tonnes...

Montferrand à Saint-Pétersbourg
La tradition voulait qu’une colonne triomphale portât à son faîte la
statue du héros que l’on célébrait, comme pour les colonnes Trajane ou
Vendôme. La colonne d’Alexandre Ier, elle, est couronnée d’un ange,
œuvre d’Orlovski, représentée une main levée vers le ciel et l’autre
tenant une grande croix. L’ange, dont les traits sont ceux d’Alexandre
Ier, foudroie du regard un serpent et on devinera sans peine qui désigne
le serpent dans ce monument célébrant la victoire sur les armée
napoléoniennes. La colonne n’est donc pas uniquement triomphale, elle se
veut aussi profondément « symbolique », au sens grec du terme (sumballo :
rassembler), car elle réunit deux « frères ennemis », Napoléon et
Alexandre Ier, cet « Hamiet couronné » qui a toujours admiré et envié
le génie militaire de Napoléon. Avec la rémunération qu’il reçut pour
l’érection de la colonne d’Alexandre Ier, Montferrand fit l’acquisition
en 1834 d’un hôtel particulier situé au 86, quai Moïka. Il en conserva
la façade, mais transforma l’intérieur, à commencer par la cour, dont
une partie fut occupée par une aile nouvelle. D’un côté, il fit créer
un jardin, et de l’autre, un véritable musée en plein air présentant sa
collection de sculptures antiques. Le réaménagement intérieur fut
exécuté d’après ses plans par l’architecte Schreberg, qui l’avait
assisté pour la construction de la cathédrale Saint-Isaac. Selon les
témoins, Montferrand menait à Saint-Pétersbourg une vie calme et
studieuse. Il ne participait pas à la vie de la cour et sortait peu,
consacrant tout son temps au travail. Il vivait parmi ses livres et ses
collections, car c’était un collectionneur passionné et réputé. Outre
ses sculptures antiques, en bronze ou en marbre, il détenait de
nombreuses porcelaines, des mosaïques et des tableaux. A sa mort, sa
veuve, voulant rapidement quitter Saint-Pétersbourg, mit en vente ses
collections qui furent dispersées sur le champ. Une partie fut acquise
par l’éditeur et homme de lettres Startchevski, qui, ayant acheté
également l’hôtel particulier, y trouva, abandonnés, environ 2000 plans
et dessins signés Montferrand. Quelques années plus tard, un
collectionneur russe achètera à Paris, chez un bouquiniste, plus de 60
plans de Saint-Isaac portant la signature de l’architecte. Il les paiera
20 francs.

Le palais Youssoupov, édifice jaune à colonnes blanches
situé au 94, quai Moïka, doit son nom au prince Youssoupov qui en était
le propriétaire depuis 1830. C’était à l’origine une simple maison. A
ce premier édifice de bois, on ne tarda pas à substituer une église en
pierre, construite près de l’ancienne (là où se dresse aujourd’hui le
Cavalier de bronze), et due à Mattamovi. Mais cette église tomba à son
tour dans l’abandon et ses pierres furent vendues. Une troisième église
Saint-Isaac vit le jour sur ordre de l’impératrice Catherine II, à
l’emplacement de l’actuelle cathédrale. Les premiers plans, de
l’architecte Rinaldi, prévoyaient cinq coupoles et un clocher
entièrement recouvert de marbre. Mais Rinaldi dut quitter la Russie, et
le chantier fut repris par l’architecte préféré de Paul Ier, Vincenzo
Brenna, qui ne garda qu’une seule coupole ainsi qu’un placage de marbre
jusqu’aux corniches ; le reste de l’édifice demeura en brique. Une fois
encore, la vétusté finit par gagner, une partie du plâtrage tombant
même un jour sur la tête des fidèles : une rénovation de l’église
s’imposait d’urgence. Alexandre Ier confia le soin de trouver un
architecte pour sa reconstruction à l’ingénieur Augustin de
Bettencourt,
qui présidait le Comité de construction de
Saint-Pétersbourg. Depuis sa rencontre à Erfurt, en 1808, avec le tsar
Alexandre Ier, cet ingénieur espagnol, né à Ténériffe et descendant
du Français Jean de Bettencourt qui avait conquis les îles
Canaries, était entré au service de la Russie. C’est à lui que
s’adressa, l’été 1816, un certain Auguste Ricard, dit de Montferrand,
arrivé à Saint-Pétersbourg avec en poche une lettre de 
recommandation de l’horloger Bréguet, un ami de Bettencourt. 
Celui-ci lui trouva un emploi, mais, peu de temps après, « Montferrand,
restant dans son modeste rôle de dessinateur, travaillait en secret sur
quelque chose de très important... » Cette occupation secrète n’était
autre que l’ensemble de vingt-quatre dessins à l’aquarelle d’un projet
pour la cathédrale Saint-Isaac. Ses aquarelles, représentant tous les
styles - chinois, indien, gothique, byzantin. Renaissance - furent
présentées à Alexandre Ier, qui resta saisi de leur beauté. Du
jour au lendemain, Auguste de Montferrand, qui n’avait jamais construit
aucun bâtiment public, fut promu architecte de la Cour, et nommé
architecte en chef de la reconstruction de Saint-Isaac.
Son projet
prévoyait d’allonger le carré initial jusqu’à une longueur de 111
mètres, tout en gardant la même largeur - 97,6 mètres -et en surmontant
cet édifice rectangulaire d’une coupole culminant à 101,5 mètres. Au
lieu de la cloche unique traditionnelle des cathédrales orthodoxes, il
avait imaginé quatre cloches d’angle, de taille relativement petite.
Elles restèrent à leur place jusqu’aux années 1930, lorsqu’elles furent
décrochées et fondues par les bolcheviques. Elles étaient à l’époque
réputées pour leur son argentin ; constituées de cuivre et d’étain, on
y avait mis également une certaine quantité d’argent pour affiner
l’harmonie du carillon. La cathédrale Saint-Isaac est dotée de quatre
portiques monumentaux, constitués chacun de huit colonnes à chapiteaux
corinthiens en bronze. Les cent douze colonnes qui entourent la
cathédrale proviennent des carrières de Piterlax, aux abords du golfe de
Finlande : « la Finlande semble faite de granit [...] cette belle matière
indestructible comme la nature », écrivit Théophile Gautier. Les
colonnes de Saint-Isaac, « après la colonne de Pompée et celle élevée
à la mémoire de l’empereur Alexandre Ier [...], sont les plus grands
morceaux que la main de l’homme ait taillés, tournés et polis »,
ajoutait-il. Montferrand fut contraint de les placer en premier, avant la
construction des murs, mais c’est le génie technologique de Bettencourt
qui permit de soulever ces monolithes et, « comme un simple bâton, de les
dresser devant le bâtiment même. » Le modèle de son échafaudage est
resté exposé aujourd’hui encore à l’intérieur de la cathédrale. Le
fronton faisant face à la Neva représente la Résurrection du Christ,
dû à Philippe Lemaire, élève de Pierre Cartelier,
et auteur du Jugement dernier du fronton de l’église de la Madeleine à
Paris. Sur les acrotères, on reconnaît saint Jean l’Evangéliste,
l’apôtre saint Pierre avec ses clefs, et saint Paul appuyé sur une
grande épée ; une inscription en slavon dit : « Seigneur, par Ta Force, le
tsar se réjouira. » Sur le fronton Est, un bas-relief, également dû à
Lemaire, évoque un épisode de la vie de saint Isaac le Dalmate, patron
de la cathédrale, persécuté par l’empereur Valons : le saint voulut
arrêter l’empereur qui partait combattre les Goths, en prédisant sa
défaite en raison du soutien qu’il apportait aux Ariens ; irrité,
l’empereur le fit mettre aux chaînes. Le triomphe du saint est
représenté sur le fronton Ouest : libéré à la mort de Valens, il se
présente dans son froc d’ermite devant le vainqueur des Barbares,
l’empereur Théodose, qui s’incline devant lui pour recevoir sa
bénédiction. Un premier projet proposait de donner à Théodose les
traits du tsar Nicolas Ier, mais celui-ci s’y opposa. Théodose et son
épouse reçurent donc le visage d’Alexandre Ier et de sa femme. Les
dignitaires de la suite impériale prirent les traits du prince Voikonski,
qui présidait la commission du chantier de la cathédrale, et d’Olénine,
président de l’Académie des Beaux-Arts. Montferrand est également
présent : drapé à l’antique, il tient une maquette de la cathédrale
dans sa main. Le fronton Sud représente l’Adoration des Mages, « un sujet
que les grands maîtres ont rendu presque impossible sur toile, nota Théophile
Gautier
, mais que la statuaire moderne a rarement abordé à cause
de la multiplicité des figures qu’il exige. » Au-dessous, une inscription
en slavon : « Ma maison sera appelée une maison de prière. » Les deux
frontons Ouest et Sud sont l’œuvre d’Ivan Vitali, fils du sculpteur
Pietro Vitali, un Italien né à Saint-Pétersbourg. Il lui fallut
quatorze ans pour réaliser, avec ses aides, ces bas-reliefs, ainsi que le
portail principal en chêne massif et en bronze, inspiré des portes de
Ghiberti au baptistère de Florence. La
décoration extérieure est extrêmement austère : « Magnifique
sobriété ! » s’exclama Théophile Gautier. Les murs intérieurs en
revanche, ont été recouverts de plaques de marbre jaune de Sienne, de
marbre vert de Gênes, de marbre rouge « griotto » du sud de la France et
de marbre gris de Vyborg. Au sol, le pavement est un véritable tapis de
marbres gris et vert. Entre l’iconostase et la balustrade, un porphyre
pourpre a été employé, le même qui sera utilisé par Visconti pour le
tombeau de Napoléon aux Invalides à Paris. C’est d’ailleurs Nicolas Ier
qui offrit à la France le bloc de porphyre qui confère à la sépulture
de Napoléon sa dignité impériale.

 La coupole de Saint-Isaac mesure 21,8 mètres de diamètre.
Montferrand reprit le concept de l’Anglais Christopher Wren -l’architecte
de la cathédrale Saint-Paul à Londres - qui créa un système de voûtes
en briques sphériques et en conque. Montferrand remplaça toutefois les
briques par une armature métallique couverte de tôle de cuivre plaqué
d’or. C’est ainsi que, selon Théophile Gautier, le dôme de Saint-Isaac
paraît « posé sur la silhouette de la ville comme une mitre d’or ». A
l’intérieur, le plafond de la coupole, d’une surface supérieure à 800
m2, a été peint par Karl Brullov, qui s’est inspiré de la chapelle
Sixtine de Michel-Ange. « Maintenant, je pourrais décorer le ciel ! »
s’exclama l’artiste, qui travailla jour et nuit dans l’atmosphère froide
et humide de la cathédrale, y ruinant sa santé. Parti se soigner en
Italie, il y mourra en 1852, ayant néanmoins eu le temps d’achever les
principaux personnages de la coupole. Les traits retenus pour le visage de
Jésus-Christ furent choisis par Nicolas Ier lui-même : il recommanda aux
artistes de Saint-Isaac de s’inspirer de sa représentation 
préférée du Christ, due à un peintre italien du 17 siècle, le
Guerchin. L’humidité ne ruinait pas uniquement la santé des peintres,
elle s’attaquait également à leurs œuvres. Devant l’impossibilité de
maintenir constante la température à l’intérieur de la cathédrale,
Montferrand proposa de remplacer certaines peintures par des mosaïques.
On envoya à Rome un groupe d’artistes russes s’initier à cette
technique, et un atelier s’ouvrit à Saint-Pétersbourg dès 1851. On
commença aussitôt à remplacer chaque fresque par son équivalent exact
en mosaïque. Les travaux dureront jusqu’en 1914. La cathédrale est
dotée de trois autels, l’autel principal étant consacre à saint
Isaac le Dalmate, celui de droite à sainte Catherine et celui de gauche
à saint Alexandre Nevski. L’iconostase de l’autel central est soutenue
par dix colonnes de malachite et deux de lazurite, provenant de mines
proches du lac Baïkai, en Sibérie. Les colonnes en malachite paraissent
être en pierre massive, mais sont en réalité des colonnes de bronze,
plaquées de ce précieux minéral. La colle utilisée pour le placage
contenait une huile aromatique, le saint-chrême, préparé une fois par
an dans l’une des cathédrales de Moscou, d’où il était distribué dans
toute la Russie. Les nombreux cierges à proximité des colonnes
chauffaient les plaques de malachite, et l’odeur d’encens se répandait
dans toute la cathédrale. L’iconostase de l’autel central comporte trois
rangées d’icônes,
les deux premières réalisées en mosaïque et la troisième peinte. La
première rangée représente les saints patrons des tsars ayant
contribué à la construction des quatre églises successives dédiées à
saint Isaac le Dalmate et la seconde représente les saints patrons des
membres de la famille impériale.

La cathédrale fut consacrée en 1858, le 30 mai, fête de Saint-Isaac
et anniversaire de Pierre le Grand, en présence de l’empereur Alexandre
II et de toute la famille impériale. Elle devint la cathédrale
principale de Saint-Pétersbourg et le restera jusqu’à la révolution
d’octobre. Transformée en musée en 1931, elle a été récemment rendue
au culte.




Extrait du livre de Natalia Smirnova "Saint-Pétersbourg ou l’Enlèvement d’Europe" - Éditions Olizane 1999 Genève - Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.




  Dans la même rubrique

0 | 10 | 20 | 30 | 40 | 50 | 60 | 70

  A la une !


Serguiev Possad : le monastère de la Trinité-Saint-Serge...

Les Matriochkas de Semenov...

Le drapeau russe...

Ivan Aleksandrovitch Gontcharov est né à Simbirsk le 18 juin 1812...

Iouri Andropov est né le 15 juin 1914...

Alexandre Sokourov est né le 14 juin 1951 à Podorvikha...



Flag Counter

Russie.net, le Web franco-russe


Depuis 1997, Russie.net le Web franco-russe - Envoyer un E-mail

Envoyer un Email Envoyer un Email

Tous droits réservés © France-CEI
Téléphone : 01.84.19.39.44
Envoyez un mail !