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Saint-Pétersbourg à la Française

« A Vassili, dans l’île ! » (« Vassiliou na ostrov ! ») : ainsi Pierre le Grand s’adressait-il à Vassili (Basile) Kortchmine pour lui transmettre ses ordres depuis la forteresse Pierre et Paul. Kortchmine commandait la batterie installée sur la longue pointe qui fait face à la forteresse et sépare la Petite de la Grande Neva : l’île Vassilievski. Le paysage était alors plutôt désertique : des marais, les bras du fleuve et cette langue de terre aride qui a immortalisé le nom de Vassili. Des nombreuses îles du delta de la Neva - il y en avait alors plus d’une centaine, dont il reste quarante-deux aujourd’hui - c’était l’une des plus grandes.

Pierre se représentait son « paradis » comme une ville de canaux, à l’image d’Amsterdam qu’il avait visitée, ou de Venise qu’il connaissait par les livres. La future capitale ne devait en aucun cas ressembler à une ville russe, ce qui explique qu’il n’engagea que des architectes étrangers, alors qu’il y en avait d’excellents à Moscou. Dans les projets de Pierre, l’île Vassilievski devait devenir un centre de commerce international avec une Bourse pour les négociants étrangers. Les commerçants russes devraient continuer à se contenter des foires traditionnelles.

Mais finalement l’île devint un quartier résidentiel grâce à un architecte français, Jean-Baptiste Leblond. « Vif, audacieux, sûr de ses talents exceptionnels, et donc très présomptueux », Leblond était un jeune architecte à la mode et l’une des « coqueluches » de Paris -il venait de bâtir pour le marquis de Seissac un hôtel particulier rue de Varenne. Il était surtout reconnu comme théoricien depuis qu’il avait repris et achevé les Cours d’Architecture de Daviler, et avait déjà un projet de « ville idéale » qu’il cherchait à réaliser. Quant à Pierre Ier, il était contraint de constater que, même conçue la règle à la main, sa ville prenait une allure plutôt chaotique.

Ainsi donna-t-il à l’architecte les moyens qui lui manquaient à Paris. C’est l’île Vassilievski que choisit Leblond pour en faire le centre de la capitale. Selon lui, elle devait être sillonnée par un réseau de canaux tracés au cordeau, plutôt que serpentant dans tous les sens, et doublés de rues parallèles. Il commença à faire creuser les canaux prévus, qui se révéleront au bout du compte trop étroits. Pierre Ier, visitant l’île en sa compagnie, en avait mesuré lui-même la largeur. « Eh bien, monsieur Leblond, qu’est-ce que nous pouvons faire maintenant ? » Et Leblond de répondre : « Raser, sire, raser ! » Le tsar reprit son bateau et... abandonna l’idée de bâtir ici le cœur de la ville. Cela se passait en 1719. Leblond mourut peu de temps après, En deux ans de présence à Saint-Pétersbourg, il avait commencé une foule de projets, sans parvenir à en achever un seul.

Un siècle plus tard était créé sur l’île un ensemble architectural qui aurait certainement plu à Pierre le Grand par sa beauté, quoi qu’il ne correspondait pas à son idée initiale. Son auteur était un autre Français, Jean-François Thomas de Thomon. Arrivé à Saint-Pétersbourg en 1799, cet ancien architecte du comte d’Artois, puis du Prince Esterhazy à Vienne, fut l’un des bâtisseurs de Saint-Pétersbourg qui réussit à faire prévaloir le goût classique français et à imprimer ce cachet à toute la ville. Même si l’île ne s’est jamais transformée en centre administratif, elle resta néanmoins un centre de commerce grâce à la Bourse.

En 1781, on décida de reconstruire celle-ci en pierre, sur un plan de Giacomo Quarenghi. Elle était édifiée jusqu’au toit quand la guerre contre la Turquie interrompit les travaux, qui ne furent jamais repris. En 1805, l’empereur Alexandre Ier se retrouva dans la même situation que Pierre le Grand : que faire d’un chantier déjà bien avancé mais impossible à achever ? Quarenghi ne donna pas le même conseil que Leblond, de tout « raser », mais ce fut pourtant la décision que prit le tsar. La Bourse de Quarenghi fut démontée pierre par pierre, et celles-ci furent aussitôt réutilisées dans la construction de la nouvelle Bourse, sur un projet de Thomas de Thomon qui assistait l’architecte russe Andreï Zakharov.

Ce nouveau bâtiment, tel qu’on peut le voir aujourd’hui, fut inauguré en présence de la famille impériale le 23 juin 1805. Il ressemblait à un temple grec et était considéré comme plus beau encore que la Bourse de l’architecte Jacques Gabriel à Bordeaux, dont Thomas de Thomon s’est visiblement inspiré. Toujours selon le projet de Thomas de Thomon, la pointe de l’île fut allongée d’une centaine de mètres, et ses deux pentes douées qui plongent dans la Neva furent habillées de granit. La façade principale de la Bourse est ornée d’une statue de Neptune, dieu de la mer, qui monte un char attelé d’hippocampes et entouré d’allégories de deux fleuves russes, la Neva et le Volkhov. Entre 1819 et 1832 furent édifiés les bâtiments de la Douane et des Entrepôts, œuvres de l’architecte Giovanni Luchini selon un projet de Zakharov.

Aujourd’hui, l’entrepôt sud abrite l’institut et le musée de Zoologie, et l’entrepôt nord, le musée central de Pédagogie. Dans la Bourse elle-même se trouve le musée central de la Marine de guerre. Devant la Bourse se dressent deux colonnes rostrales. Les rostres, éperons de navire utilisés par les Romains pour percer les bâtiments de guerre ennemis et considérés comme trophées de guerre, décoraient les colonnes de la Rome antique. Les rostres de l’île Vassilievski sont, eux, purement décoratifs, mais sont tout de même à pour rappeler les victoires de la Marine russe. Aux pieds des colonnes rostrales, quatre statues allégoriques symbolisent les grands fleuves russes : la Neva, le Volkhov et la Volga - œuvres du sculpteur français Jacques Tibaut et le Dniepr, de Camberlin.

Autrefois les colonnes portaient des fanaux qui guidaient les navires à leur entrée dans le port. Les bateaux venus de nombreux pays et qui ressemblaient « à une forêt de pins à demi ébranchés » ne sont plus là, le port ayant été transféré au sud-ouest de la ville. Mais ils contribuaient sans aucun doute à la forte impression que ressentaient les voyageurs arrivant à Saint-Pétersbourg par la mer, comme Madame de Staël qui écrivit qu’ici son « premier sentiment fut de remercier le ciel d’être au bord de la mer » ou le marquis de Custine qui remarquait combien les Russes sont fiers, à juste titre, de l’entrée dans la ville par la Neva !

 

 

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