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Koktebel

Après la mort de sa femme, un ingénieur au chômage et sans le sou part à pied de Moscou avec son fils de 11 ans pour se rendre à Koktebel, un petit village de la presqu’île de Crimée sur la Mer Noire, où vit la sœur de cet homme.

width="280" height="249" alt="Koktebel">Date de sortie : 9 novembre 2005

  • FESTIVAL
    DE KARLOVY VARY : Prix Philip-Morris
  • FESTIVAL
    DE CANNES : Prix de la critique internationale
  • FESTIVAL
    DE MOSCOU : Prix spécial du jury
  • FESTIVAL
    DE BRUXELLES : Prix spécial
  • FESTIVAL
    D’AUBERVILLIERS : Grand prix

Fiche technique

  • Russie, 2003, 105 minutes
  • Réalisation : Boris Khlebnikov et Alexeï Popogrebski
  • Scénario : Boris Khlebnikov et Alexeï Popogrebski
  • Image : Sandor Berkesi
    Diplômé du VGIK (Institut du cinéma de Moscou), Sandor BERKESI fut élève
    du grand chef-opérateur russe Vadim Ioussov. Il a été chef-opérateur des longs-métrages suivants :le Châtiment
    de A. Iarmoliouk, Quatre d’Ilya Khrjanovski, le Nôtre de D.Sidorenko.
  • Musique : chants pour enfants de Chick Corea
  • Son : Evguenia Potoskaïa
  • Décors : Guenadi Popov
  • Montage : Ivan Lebedev

Fiche artistique

  • Gleb Pouskepalis : le fils
    Acteur du théâtre-atelier de Piotr Fomenko. Koktebel est le premier film
    dans lequel il a tourné.
  • Igor Tchernevitch : le père
    Diplômé de l’Institut de Théâtre, Musique et Cinéma de Leningrad en
    1989, il est acteur du Petit Théâtre dramatique, de notoriété mondiale-Théâtre
    de l’Europe de Saint-Pétersbourg, sous la direction artistique de Lev
    Dodine.
    Il a joué dans les films suivants : Nicotine (1993), d’Evgueni
    Ivanov Bolche Vita (1996), film hongrois d’Ibolya Fekete, L’Esprit
    (1998)d’Evgueni Ivanov, Filles du bonheur (1998), film polonais de
    Marta Meszaros, Knock-out (2000), film suédois d’Agneta Fagerström-Olsson
  • Vladimir Koutcherenko
  • Aggripina Steklova
  • Alexandre Iline

Synopsis

Un père et son fils traversent l’immensité des paysages russes.
Tournant le dos à Moscou et au passé, ils se rendent chez une cousine qui
habite à Koktebel, sur la Mer Noire. Sans un copeck en poche, leur voyage
s’invente librement au fil des rencontres et de leur débrouillardise.
Le père, ingénieur, raconte à son fils le secret des choses. Surtout,
ses récits sur le vol des albatros captive le garçon qui imagine le monde vu
d’en haut. Mais le voyage s’arrête avant terme lorsque le père tombe
amoureux.
Le fils, déçu, qui voit en Koktebel la promesse d’un nouveau départ, décide
de se prendre en mains et de voler de ses propres ailes en poursuivant le
voyage seul.


Alexeï Popogrebsky & Boris Khlebnikov

Les années passées à trouver le financement de notre premier
long-métrage nous ont permis une longue et minutieuse préparation. Nous
avons tout story-boardé. Avec notre directeur de la photographie, Shandor
Berkeshi, nous avons établi le concept de « la caméra oubliée ».
Nous voulions utiliser beaucoup de plans statiques, non intrusifs, dans
lesquels la vie existe par elle-même, comme cela se passe parfois dans des
documentaires.

C’était l’approche que nous avions le premier jour de tournage à
Crimea, en Ukraine. Et la première prise de ce premier jour de tournage fut
interrompue quand une abeille tomba dans le verre de jus d’orange que Gleb
Puskepalis, notre acteur principal, devait boire. Aujourd’hui, nous pensons
que c’était un avertissement.

Koktebel height="143" border="1" hspace="15" vspace="15" align="right">La vie, comme elle se passe autour de nous, est riche d’une
myriade de micro-occurrences, qui parfois en disent plus long que l’événement
le plus dramatique. À n’importe quel moment, c’est à nous de choisir de
les observer et d’en prendre note, ou de ne pas leur prêter attention. Nous
avons senti que, pour raconter cette histoire-là, nous avions besoin de créer
un espace à l’écran où de tels détails allaient apparaître de la façon
la plus naturelle qui soit. Une des plus grandes leçons que nous avons
apprises en tournant Koktebel a été que, en faisant tout pour suivre notre
parti pris artistique, nous devions aussi être prêts à appréhender et à
accepter la multitude de modi fications que la nature, les acteurs, la
vie en général, allaient nous apporter. Sans eux, un film ne peut
exprimer qu’une illusion,pas une impression de vie.


NOTE D’INTENTION DES RÉALISATEURS

Quand et comment vous êtes-vous rencontrés ?
Alexeï Popogrebsky : On s’est rencontrés en 1990 chez des amis
communs. Je suivais alors des cours de théâtre avec une jeune fille
qui était dans la même classe que Boris et qui est devenue par la suite la célèbre
actrice, Viktoria Tolstoganova. Boris,intéressé par le cinéma, a intégré
le VGIK, la grande école de cinéma moscovite, alors que je faisais des études
de psychologie en me passionnant, moi aussi, pour le cinéma. Un jour, nous
avons mûri l’idée de tourner un film qui ne soit pas une fiction.
Nous nous sommes procuré une vieille caméra 16 mm d’Allemagne de l’Est,
avons acheté de la pellicule Kodak noir et blanc et avons tourné six mois
dans les rues de Moscou, presque sans scénario. C’était en 1994-1995. Puis
il s’est avéré qu’il était impossible en Russie de faire développer
cette pellicule Kodak 16 mm. Finalement, on nous l’a développée dans un
studio de la télévision, littéralement dans une baignoire. On aurait dit
que l’image datait de 1934 !
Nous n’avons montré ce film, Flânerie, à personne ou presque,
mais on a immédiatement compris que, avant de tourner quoi que ce soit, il
faut avoir une idée précise de ce qu’on veut filmer. Après cela, en
1996, Boris s’est attelé à l’écriture du scénario d’un court-métrage,
la Grenouille malicieuse, et moi à celle de la première version de Koktebel.
Boris Khlebnikov : C ’est sur ce court-métrage que j’ai fait la
connaissance de Sandor Berkesi, le chef- opérateur, qui est devenu un ami et
complice. Le plus important sur ce court-métrage, que j’ai tourné seul
avec Sandor mais que nous avons monté ensemble avec Alexeï, c’est que les
erreurs commises nous ont permis d’éviter bien des écueils sur Koktebel.
On ne s’est jamais concrètement dit que nous allions tourner ensemble le
film suivant, cela s’est fait naturellement.

Comment avez-vous travaillé ensemble durant le
tournage ?

Koktebel width="124" height="190" border="1" hspace="15" vspace="15" align="right">Alexeï Popogrebsky : En fait, jamais nous ne
nous sommes opposés sur la vision d’une scène ou disputés sur la place de
chacun. Nous avons cherché le financement de ce film pendant
tellement longtemps que nous avons eu tout le temps, assis dans nos cuisines,
de discuter de chaque plan, d’établir un story-board complet et de prendre
notre chef-opérateur avec nous pour faire le même parcours. Lorsque le
moment du tournage est arrivé, on était prêts et proches d’une même idée
du film.
Boris Khlebnikov :Alexeï a écrit ce scénario seul,je ne lui ai prêté
main-forte que pour la mise en images de ce qu’il avait écrit ; disons
que nous avons découpé le film et conçu le story-board ensemble.

Dans quel contexte financier avez-vous démarré
le tournage ?
Alexeï Popogrebsky : Nous avons envoyé notre scénario au programme
European Pitch Point du Festival de Berlin. Il a été retenu, nous sommes allés à
Berlin présenter notre projet et la possibilité d’une coproduction avec
une petite société allemande s’est dessinée. Dans le même temps, Boris m
’a présenté Roman Borissevitch.
Boris Khlebnikov : J’avais connu Roman sur un projet TV et je lui ai
proposé notre scénario. Nous avons conclu un accord avec la société
allemande qui a fermé deux mois plus tard. Roman Borissevitch a obtenu le
financement du Goskino, le ministère du cinéma russe. Avant même que
Roman n’obtienne ce financement, il nous a donné le feu vert et nous
avons,pour la première fois, fait tout le trajet de Moscou à Koktebel, avec
notre chef-opérateur. Nous avions très peu d ’argent,une vieille voiture
et des tentes pour dormir.
Nous avons ainsi parcouru près de 4 000 kilomètres pour atteindre cette
petite station balnéaire de Crimée, aujourd’hui en Ukraine, qui a donné
son nom au film. Nous en avons rapporté quantité de photos de paysages
et de gens rencontrés, puis avons renouvelé cette expérience par deux fois
avant de commencer le tournage.

Ces deux années qui se sont écoulées entre la
fin de l’écriture du scénario et la mise en production du film
vous ont-elles quand même permis de vous mettre en quête des acteurs ?
Alexeï Popogrebsky : Soyons honnêtes : que pouvaient bien espérer
un historien du cinéma et un psychologue de formation avec ce genre de scénario ?
Pas grand-chose,et pourtant nous faisions mine que tout allait bien. Nous
parlions donc de ce scénario à certaines personnes. C’est même un
journaliste qui nous a mis sur la piste d’Igor Chernevich, qui joue le rôle
du père. Il nous a tout de suite plu. En revanche, pour ce qui est de
l’enfant, nous avions pris le parti de ne pas le chercher vraiment car, ne
sachant pas quand on tournerait, nous ne voulions pas le voir grandir sans
pouvoir le filmer. Nous avons attendu que le financement soit en
place pour faire le tour des écoles de théâtre de Moscou, nous avons
filmé des kilomètres d’essais en vidéo et avons fini par
tomber sur ce garçon, Gleb Puskepalis, qui jouait dans la troupe du grand
metteur en scène de théâtre Fomenko.
Roman Borissevitch : De mon côté, je n’ai pu aucunement in
fluer sur le choix des acteurs, leur laissant simplement entendre que,
avec des noms plus connus, le financement se ferait plus facilement,
mais ils ont tenu bon... Leur scénario m’a tout de suite touché, car je
dois avouer que j’éprouve une tendresse toute particulière pour les
enfants et que la question de la paternité trouve en moi un puissant écho.
Pour ce qui est de mon expérience en tant que producteur avant Koktebel, elle
était très réduite puisque je n’avais produit alors qu’une comédie, Un
visage français d’Ilya Khotinenko.

Comment s ’est passé le tournage ?Alexeï Popogrebsky : Nous avons commencé par tourner la fin à
Koktebel, pour des raisons climatiques car l’automne était déjà là,puis
avons ensuite tourné dans l’ordre chronologique des événements en
repartant de la région de Moscou et en descendant vers le sud.Tout le long
nous avons eu de la chance avec le climat : dès le lendemain de notre
dernier jour de tournage, la neige s’est mise à tomber et n’a plus cessé
de tout l’hiver. Boris Khlebnikov : Pour ce qui est des acteurs, ils
n’ont posé aucun problème, bien qu’ils ne soient, pour la plupart, pas
des professionnels du cinéma. Comme nous étions à la recherche de personnes
qui puissent ressembler tant physiquement que mentalement aux personnages qu
’on avait écrits, on s’est tournés vers des non-professionnels. Le garçon,
qui nous avait d’abord donné l’impression d’avoir une vie aisée, avait
eu en fait une vie pleine d’aléas, de départs, de voyages, qui l’ont
rapproché de son personnage. Ces personnes nous ont donc beaucoup aidés,
nous n’avions pas besoin de répéter longuement, nous voulions simplement
qu’ils soient le plus naturels possible. Cela ne les a pas empêchés de
dire leur texte au mot près,en se l’appropriant, à l’exception notable
de l’aiguilleur qui a tout improvisé...

Et le montage ?
Boris Khlebnikov : Nous avons monté pendant deux mois, chez nous, sur
ordinateur et avons produit une première version.
Puis Roman nous a poussés à nous adresser à un chef-monteur
professionnel, Ivan Lebedev, qui a monté le film d’action Bimmer,
puis Shizo de Gouka Omarova et qui est en train de finir le montage de
Haspartum d’Alexeï Guerman Jr. Nous ne voulions pas, au début,
d’intervention dans notre travail, et avons finalement trouvé
quelqu’un qui nous avait compris. Il est devenu notre ami et nous
n’imaginons plus travailler sans lui. Nous avions peur qu’il écourte nos
longs plans séquences, alors qu’il en a rallongé certains et que nous
avons fait, à l’inverse,le choix ensemble de supprimer deux scènes. Nous
avons trouvé chez lui la même respiration que la nôtre. Alexeï Popogrebsky :
Initialement, Ivan Lebedev était pianiste de formation, puis il est devenu
ingénieur du son, en musique puis au cinéma. Il a travaillé aux États-Unis,
est revenu en Russie et a commencé à monter des films. La musique, que
ce soit les chansons de la fin ou cette mélodie lancinante, joue un rôle
à part entière.
Alexeï Popogrebsky : Pour les chansons de la fin,nous avons
fait appel à un chanteur russe, Sergueï Chnourov. À partir d’une vraie
chanson qu’il avait composée, il a trahi le genre pour la transformer en
chanson de variétés pour café de plage. Quant à la mélodie qui revient
sans cesse, nous avions utilisé une mélodie extraite de l’album « Children’s
Songs » de Chick Corea, proche de celle que nous imaginions pour le
film. Le compositeur auquel nous nous sommes adressés a écrit une mélodie
trop approximative. Nous avons préféré retourner vers la mélodie
originale, devenue entre temps partie intégrante du film.

Quels sont vos cinématographies et vos cinéastes préférés,voire
ceux qui vous ont inspirés ?
Boris Khlebnikov : Il y a une grande différence entre les dizaines de
films que l’on aime et ceux qui nous ont in fluencés pour ce
film. Pour les in fluences, les films iraniens occupent la
première place, ainsi que Takeshi Kitano. Mes films préférés sont
plutôt à chercher du côté du Miroir de Tarkovski, de Barberousse de
Kurosawa, des 400 Coups de Truffaut. On s’est dit à posteriori qu’il y
avait des parallèles dans le style.
Alexeï Popogrebsky : Pour ce qui me concerne, je ne citerai qu’Aki
Kaurismaki, avec lequel je sens une proximité dans notre film, même si
nous n’avons jamais eu pour but de copier qui que ce soit.

Ce thème des relations père-fils fut au cœur
d’au moins trois films russes la même année : "Père,
fils" d’Alexandre Sokourov et "le Retour" d’Andreï
Zviaguintsev dont on n’a pas manqué de faire un parallèle avec votre
film...
Alexeï Popogrebsky : Ce qui est assez drôle, c’est que Boris avait
auditionné le garçon du Retour pour notre film, et que de son côté
Andreï Zviaguintsev avait proposé le rôle du père à « notre »père,
Igor Chernevich ! En fait, nous n’avions presque pas entendu parler du
Retour. De plus, il nous semble que le Retour relève plus de la métaphore,
alors que nous sommes plus intéressés par des histoires personnelles, des
histoires particulières.

Quels sont vos projets et sont-ils communs ?
Boris Khlebnikov : De même que nous ne nous sommes jamais concrètement
dit que nous allions faire un film ensemble,nous ne nous sommes pas dit
qu’on n’allait plus tourner ensemble. Simplement, nous avons des projets
différents. Lorsque nous tournions Koktebel, j’ai eu une idée de projet
différente, tant par le style que par la méthode de tournage. Je me suis
donc adjoint un coauteur pour écrire cette histoire. Elle se déroulera dans
une petite ville de la Volga, Mychkine, et ne sera pas dénuée d’un côté
documentaire : un jeune homme de dix-neuf ans dans une bourgade minée
par le chômage ne trouve pas sa voie et se cherche...
J’ai pris Sandor Berkesi comme chef-opérateur, et c’est Roman,avec sa
nouvelle société de production « Koktebel », qui produit mon
film, sans financement étranger.
Alexeï Popogrebsky : J’ai écrit mon propre scénario intitulé Des
choses simples, dont l’action se passe à Saint-Pétersbourg car j’avais
besoin de cette ville pour son humeur et son ambiance. C’est l’histoire
d’un anesthésiste qui chaque jour se confronte à la vie et à la mort sans
se poser trop de questions. D’une grande vitalité, il va aider, chez lui,
un vieil acteur oublié. Le film traite des relations entre ces deux
hommes. Mon film est aussi produit par Roman Borissevitch.
Roman Borissevitch : Pour ces deux projets, j’ai reçu d’ores et déjà
le soutien du Goskino.

Boris KHLEBNIKOV et Alexeï POPOGREBSKY sont
nés en 1972. L’un est diplômé du VGIK - l’Institut du cinéma de
Moscou, le second de la faculté de psychologie de l’Université Lomonossov
de Moscou.

Avant Koktebel, ils ont travaillé ensemble sur 2 films : Flânerie
(Mimokhod), documentaire en 16 mm et noir et blanc de 21 min qu’ils ont co-écrit
et co-réalisé en 1997. Et la Grenouille malicieuse (Khitraïa Liagouchka),
court-métrage de fiction en 35 mm couleur 20 min,écrit et réalisé en
2000 par Boris KHLEBNIKOV, et monté par Alexeï POPOGREBSKY.

© samedi 15 octobre 2005, par Russie.net

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