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Triple agent

SYNOPSIS

En 1936, le Front Populaire et la guerre d’Espagne agitent les esprits. Fiodor, jeune général de l’armée tsariste réfugié à Paris avec son épouse grecque Arsinoé participe au trouble ambiant. Pendant qu’elle sympathise avec des voisins communistes, il effectue des voyages secrets.
Il ne cache pas qu’il est un espion, mais dissimule en revanche pour le compte de qui. Des Blancs anticommunistes, de l’Union Soviétique, des Nazis... de tous à la fois ?

TRIPLE AGENT est librement inspiré de l’affaire Miller-Skobline : le 22 septembre 1937 à Paris, le Général Miller chef des anciens combattants russes blancs à Paris est enlevé.
Les soupçons se portent alors rapidement sur son adjoint le Général Skobline (Fiodor dans le film), dont la culpabilité ne sera jamais totalement établie.

LA PRESSE

" A-t-on jamais vu Rohmer s’approcher aussi près du vertige (..)Hitchcockien, TRIPLE AGENT l’est donc totalement dans son art du soupçon contre celui de la preuve. "
LIBERATION

" Rohmer réinvente le récit d’espionnage et retrouve l’esprit de ses Contes moraux. Passionnant, atypique, rohmérien. "
FIGAROSCOPE

" Entre Hitchcock, Hergé et Renoir... Époustouflant d’intelligence et de limpidité. "
LES INROCKUPTIBLES

" Avec une délicatesse et une intelligence redoutables, Eric Rohmer plonge profond dans les mystères d’une époque ô combien trouble (...) Dans son genre, du grand art ! "
LE POINT

" Un film historique résolument décalé et réussi. (...) un film d’espionnage en chambre comme on en a rarement vu. "
LE NOUVEL OBSERVATEUR

FILMOGRAPHIE

Eric Rohmer
Professeur de Lettres. Rédacteur à "La Revue du Cinéma","Les Temps Modernes", "La Parisienne", "Art". Rédacteur en chef de "La Gazette du Cinéma" en 1959 et des "Cahiers du Cinéma" de 1957 à 1963. Auteur d’un livre sur Hitchcock avec Claude Chabrol.

2001 L’anglaise et le duc
1998 Conte d’automne
1996 Conte d’été
1995 Les rendez-vous de Paris 
1993 L’arbre, le Maire et la médiathèque
1992 Conte d’hiver
1990 Conte de printemps
1989 Les jeux de société (TV)
1987 L’ami de mon amie
Quatre aventures de Reinette et Mirabelle
1986 Le rayon vert
1984 Les nuits de la pleine lune
1983 Pauline à la plage
1982 Le beau mariage
1980 Catherine de Heilbronn (TV)
La femme de l’aviateur
1978 Perceval le Gallois
1976 La marquise d’O
1972 L’amour l’après-midi
1970 Le genou de Claire
1969 Ma nuit chez Maud
1968 Fermière à Montfaucon (CM)
1967 La collectionneuse 
1966 Une étudiante aujourd’hui (CM)
1965 Carl Dreyer (TV)
1965 Paris vu par... (sketch " Place de l’Etoile ")
1964 Nadja à Paris
1963 La boulangère de Monceau (CM)
La carrière de Suzanne (MM)
1959 Le signe du Lion
1958 Véronique et son cancre (CM)
1956 La sonate à Kreutzer (CM)
1954 Bérénice (CM)
1951 Présentation ou Charlotte et son steak (CM)
1950 Journal d’un scélérat (CM)

ENTRETIEN AVEC ERIC ROHMER

D’où vient l’histoire de TRIPLE AGENT ?
C’est un cheminement assez semblable à celui de L’ANGLAISE ET LE DUC : un article de la revue Historia, lu il y a quelques années, a attiré mon attention sur une sombre affaire : l’enlèvement en septembre 1937, à Paris, du général Miller, le président des Anciens combattants russes. On a accusé son collaborateur direct, le général Skobline, qui aurait été retourné par les agents bolcheviks. Mais il a disparu lui-aussi après l’enlèvement. C’est une affaire assez complexe, puisqu’elle a pour toile de fond les négociations secrètes entre soviétiques, nazis et Français, durant la période du Front Populaire, de la guerre d’Espagne, de la montée des périls, et que les deux protagonistes ont disparu : il ne restait plus que la femme du présumé coupable, accusée de complicité, jugée, condamnée, morte en prison en 1940. J’ai pu travailler sur des articles, des livres sur ce sujet (notamment celui de Marina Grey), et la copie du réquisitoire du procureur lors du procès de la femme de Skobline, la Plevitzkaya.


Vous êtes resté très fidèle à l’histoire ?

Non. L’Histoire, avec un grand H, est une chose. J’ai interprété et, bien sûr, inventé des personnages, tous les dialogues, de nombreuses situations.


Au moment des faits, vous aviez vous-même 17 ans. Cette histoire vous avait-elle marqué alors ?

Je ne m’en souviens plus. En revanche, j’avais entendu parler des exécutions des généraux en URSS. J’étais en khâgne à Henri IV, on discutait, on s’informait. Moi, je ne faisais pas de politique, mais je me souviens très bien de disputes vives, mais très civilisées, entre élèves communistes, pacifistes ou royalistes de l’Action Française. J’ai sûrement voulu retrouver à certains moments du film un peu de cette ambiance de la France de ma jeunesse.
Mais des livres, aussi, m’ont marqué : "Les Possédés" de Dostoïevski par exemple, lui-même inspiré par le complot des Décembristes, en Russie, et, à un moindre degré, "Agent secret" de Joseph Conrad. Et j’ai évidemment vu des films d’espionnage.


Mais votre film ne relève pas du genre "film d’espionnage". C’est un film sur un espion très particulier, qui n’en a pas les signes extérieurs les plus spectaculaires. Ce n’est pas James Bond.

Il n’y a pas de laisser-aller chez lui, c’est un militaire. Il est soucieux de son apparence rigoureuse. Je ne montre pas un espion en pleine action. Plutôt une femme qui se demande si son mari est un espion, et comment il fait pour pratiquer un métier dont il ne veut pas lui parler très clairement. C’est pourquoi TRIPLE AGENT ne repose pas sur l’action mais sur la parole. C’est l’un de mes films où l’on parle le plus. Mon personnage est un agent secret, il le dit, mais je ne montre pas comment il travaille, et on ne saura jamais s’il a vraiment trahi, ni selon quels procédés.


Par contre, ces secrets sont au centre du film.

Mais comme une expérience de la parole : où commence le mensonge ? Où finit la vérité ? Que peut dire cet homme à sa femme, et ne pas dire ? Que va-t-elle croire, ou ne pas croire, deviner ou supposer ?



Y a-t-il aussi une thèse historique dans votre film ?

J’ai fait TRIPLE AGENT pour montrer l’intuition d’un homme qui, dès 1936-37, sent que les soviétiques et les nazis se rapprochent. Cet homme voit se dessiner le pacte germano-soviétique, qui fera l’effet d’une bombe à sa signature en 1939, et va désarçonner une bonne partie du monde, notamment les communistes français. C’est l’hypothèse du film : pouvait-on prévoir et supposer le pacte entre Hitler et Staline ?
Mon personnage le subodore, et tente tout au long du film d’en avoir le cœur net, cherchant confirmation de ses intuitions dans les documents et les informations qu’il décrypte. Il se demande ainsi constamment s’il est face à une vérité ou s’il est manipulé, s’il surprend des secrets ou s’il tombe dans un piège. Lui-même ne le sait pas, et moi non plus d’ailleurs. Je n’ai pas d’avance sur mes personnages, pas plus que les spectateurs : il est bon de se poser ces questions et qu’il n’y ait pas de solutions évidentes. C’est beaucoup plus intéressant.


Vous avez créé de toute pièce le personnage d’Arsinoé, la femme de l’espion ?

Il est totalement recréé. Dans la réalité historique, cette femme était une cantatrice, plus âgée que son mari, qui semblait le mener par le bout du nez. Elle menait grand train, et c’est ce que les témoins ont avancé comme explication à l’affaire : Skobline aurait trahi pour l’argent, pour financer la vie exigée par son épouse. C’est elle qui, en quelque sorte, l’aurait fait agent soviétique. Dans mon film, Arsinoé est grecque, peintre, de santé fragile, résolument anticommuniste. Son mari ne trahit plus pour l’argent, mais par amour : il voudrait retourner au pays, et emmener sa femme vivre au bord de la Mer Noire, dans un climat sain. 


Arsinoé est une héroïne plus romantique que rohmérienne.

Elle ressemble aux femmes de mes films "historiques", la Marquise d’O, l’Anglaise : c’est une belle femme sensible, émouvante, une étrangère emportée par l’histoire. Je me sentais très à l’aise avec ce personnage.


Ce sont des étrangers, et ils parlent un superbe français.

C’est normal : les étrangers cultivés parlent mieux que les Français de souche. J’ai veillé - ce qui m’était facile, puisque je suis de cette génération - à ce qu’il n’y ait aucun mot postérieur à 1940.


D’où viennent vos deux acteurs principaux ?

Serge Renko est un comédien français d’origine ukrainienne, il fait beaucoup de théâtre et a déjà joué dans mes films : il est Vergniaud dans L’ANGLAISE ET LE DUC, l’un des séducteurs des RENDEZ-VOUS DE PARIS. Pour Katerina Didaskalou, c’est un coup de chance. Elle n’avait jamais travaillé en France mais, parlant français, elle avait un agent qui nous a envoyé deux cassettes. La première où je l’ai trouvée très belle, la seconde où j’ai apprécié son français. Je n’ai vu qu’elle, et je l’ai choisie sans aucune hésitation.


Une autre caractéristique du film est l’utilisation des bandes d’actualité de l’époque.

En pensant à ce projet, j’avais l’idée de faire des incrustations de personnages dans les films d’actualité, selon le principe de L’ANGLAISE ET LE DUC où les personnages évoluent dans des vues peintes. Cela ne s’est pas révélé possible. Ces actualités ne sont pas assez longues par exemple, trop montées, morcelées. Mais, visionnant beaucoup de ces films, j’en ai admiré la beauté, le talent des cadreurs, et j’ai voulu les intégrer comme une trace du contexte de l’époque. C’est un contrepoint tragique et historique à l’intrigue que je développe, qui, en son début, semble plutôt légère et journalière. Je voulais que mes personnages soient emportés par leur destin tragique, et ces vues m’autorisent cela.
Vous n’aviez pas peur que ces deux registres très différents d’images et de discours troublent l’authenticité du film ?
Dans TRIPLE AGENT, il n’y a qu’une invraisemblance, c’est la réalité elle-même, cette histoire abracadabrante d’espions et d’enlèvements. Tout ce qui est arrivé est très invraisemblable, mais c’est pourtant arrivé. Le reste est rigoureusement possible. C’est le travail de fond que je m’impose avec minutie à chaque projet. En ce sens, les bandes d’actualité venaient en quelque sorte certifier l’exactitude de mon travail. Ce sont des documents qui fonctionnent à la fois comme un contexte tragique et comme des preuves.


Pourquoi avez-vous tenu à faire TRIPLE AGENT ?

Dans mon oeuvre, je cherche l’unité et la variété. Ce film s’inscrivait dans cette double ambition : reprendre certains types de personnages et certains thèmes qui m’intéressent ; et en même temps changer d’époque, me soumettre un nouveau défi.


Vous venez de réaliser coup sur coup deux films "historiques", L’ANGLAISE ET LE DUC et TRIPLE AGENT, deux films qui représentent d’assez gros budgets dans votre économie personnelle du cinéma. Est-ce le "défi" dont vous parlez ?

Paradoxalement, il est pour moi plus compliqué de réaliser de tout petits films. Ce n’est pas une question d’argent, mais de sujet. Trouver des sujets suffisamment cohérents et variés pour des petits films est une gageure. En voyant plus grand, cela me permettait une autre variété de choix, d’époques, de personnages. Et les moyens d’un film restent selon moi tributaires de son sujet. J’ai cette liberté-là.


La fin du film semble implacable : l’intrigue se noue comme un nœud se referme sur le cou d’un pendu.

Cela va vite, tout d’un coup. Les personnages sont aux abois, victimes de coups de théâtre. Ils ne contrôlent plus les situations. J’aime les dénouements percutants et condensés. L’histoire m’en offrait un, j’ai saisi cette occasion. Il est certain que, pour mon personnage, mener un triple jeu avec l’Allemagne nazie, la Russie blanche et la Russie soviétique a de quoi mettre dans l’embarras et susciter des sueurs froides. En pressentant le pacte germano-soviétique, cet homme devenait très gênant. C’est pour cela, selon moi, qu’il a été éliminé. Quand il dit, dans un éclair prophétique, "Staline veut la paix, et il l’aura, même avec les nazis", il signe en quelque sorte son arrêt de mort. C’est cela le plus tragique : sa lucidité implique sa disparition.


Comment pourrait se nommer cette série de films historiques que vous réalisez actuellement ?

Une lucidité pessimiste lie L’ANGLAISE ET LE DUC et TRIPLE AGENT. On pourrait effectivement dire que j’ai abordé une nouvelle série : la série des tragédies de l’histoire. Idéologiquement, ce sont des tragédies : les personnages ont des idées politiques, y croient, se disputent, et risquent leur vie pour ces idées. Et ce sont des films historiques, car je ne pourrais pas faire le même travail sur le présent. Pour faire ces films, j’ai besoin de cette distance que donne l’histoire.

FICHE ARTISTIQUE ET TECHNIQUE

LISTE ARTISTIQUE
Par ordre d’apparition
Arsinoé Katerina Didaskalou
Fiodor Serge Renko
Maguy Cyrielle Clair
Boris Grigori Manoukov
Général Dobrinsky Dimitri Rafalsky
La Générale Nathalia Krougly
Janine Amanda Langlet
Dany Jeanne Rambur
André Emmanuel Salinger
Alexis Tcherepnine Vitaliy Cheremet
Le médecin Bernard Peysson
Le journaliste Laurent Le Doyen
L’aide couturière Emilie Fourrier
Planton Alexandre Koltchak
Tchernov Vladimir Léon
Amiral Galinine Alexandre Tcherkassoff
Général Melinski Alexandre Koumpan
Le policier allemand Jorg Schnass
Le commissaire français Georges Benoit
Orchestre bal:1er violon Jean-Claude Tchevrekdjian
2ème violon Giberto Cortes Alcayaga
Alto Arnaud Limonaire
Violoncelle Chahan Dinanian
Piano Marc Goldfeder

Et

Pierre Chidyvar, Danièle Rezzi-Gouhier, Antoine Fontaine, Nicolas Leclere, Alexandre Louschik, Pierre Jean Larroque, Elena Rivas, Léon Kolasa, Danielle Boutard, Maurice Lampel, Petr Kaplitchenko, Daniel Dumartin, Giovanni Portincasa, Lothar Olschewski, Thomas Sekula, Istvan Van Heuverzwyn

LE DVD

LES BONUS

L’AFFAIRE MILLER-SKOBLINE
Entretien exclusif de 38 minutes entre Nicolas Werth (historien, chercheur au CNRS) et Irène Skobline (nièce du général).

Ce document exclusif a été réalisé par l’équipe technique de TRIPLE AGENT (Diane Baratier Chef Opératrice de nombreux films de Rohmer dont TRIPLE AGENT à l’image, Pascal Ribier Ingénieur du son tout aussi fidèle) et monté par Eric Rohmer et Mary Stephen.

LA PASSION A L’EPREUVE DE L’HISTOIRE !

Dans cet entretien à la fois émouvant et instructif, Irène Skobline raconte comment elle a été amenée à s’intéresser à ce fait divers historique et, petit à petit, à remettre en question la thèse généralement admise de la culpabilité de son oncle.
Grâce à la récente ouverture des archives du KGB, Irène Skobline a acquis la certitude que son oncle a été au centre d’une manipulation tendant à réduire à néant l’influence du ROVS (l’ancienne armée Blanche).
Aux commandes de cette manipulation : le Gouvernement du Front Populaire et L’Union Soviétique réunis !

LES CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

BONUS : " L’affaire Miller-Skobline" Entretien avec Nicolas Werth (historien) et Irène Skobline (nièce du général). Propos recueillis par Françoise Etchegaray l Bande-annonce ( 38 mn) l Chapitrage


LANGUES
 : Version française en Dolby Digital 3.0 l SOUS-TITRES (FILM) : Anglais / Portugais / Danois / Norvégien / Suédois / Finnois l SOUS-TITRES (BONUS) : Anglais / Portugais

ZONE 2 l DVD 9 l PAL l DUREE FILM : 110 MN l COULEUR l FORMAT IMAGE 1.33 l ECRAN 4/3

© lundi 5 août 2002, par Russie.net

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