Falconet avait besoin d’un grand pays, d’un grand
projet et d’un grand mécène. Sculpteur réputé, élève de
Jean-Baptiste Lemoyne, protégé de Madame de Pompadour et
travaillant à l’atelier de la Manufacture de Sèvres, cet homme, à
cinquante ans, décide de « quitter son paisible foyer, la maison qu’il a
lui-même bâtie, les arbres qu’il a plantés, le jardin qu’il cultivait
de ses propres mains » pour aller à Saint-Pétersbourg. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer St-Pétersbourg sans ce monument. Le Cavalier de
bronze se trouve là où il devait être, sur la place des Décembristes
(ancienne place du Sénat).
Au début de 1768, Falconet commença à travailler sur le monument. Il
voulait saisir l’instant précis où, vigoureusement tenu par son
cavalier, le cheval fougueux se cabre. Pour le « rocher escarpé », on découvrit à Lakhta, aux environs de
Pétersbourg, une grosse roche appelée Tonnerre, qu’une légende
rattachait au tsar : c’est en effet de là qu’observant le pays, Pierre le
Grand aurait choisi l’emplacement de sa capitale. Pas moins de quatre
cents hommes se relayèrent pendant neuf mois pour tirer cet énorme bloc
posé sur une charrette de cuivre, qui se déplaçait à l’aide de boules
roulant sur des chêneaux. Catherine II en personne vint assister à
l’opération, et fit frapper une médaille commémorative de l’événement
en 1770, année de la mise en place du piédestal. Remodelé d’après un
dessin de Velten, le monolithe fut considérablement réduit. Il fallut
encore douze ans pour que le monument soit entièrement réalisé,
représentant finalement un cavalier sur un cheval cabré, gravissant une
montagne escarpée, avec un serpent tentant d’arrêter les pas du cheval.
On veut voir dans le serpent le symbole de l’envie, « mais cette idée
n’est pas heureuse car, dans le fait, ce n’est pas l’envie qu’un souverain
peut redouter : ceux qui rampent ne sont pas ses ennemis », remarquait Madame
de Staël. En réalité, le serpent servait à équilibrer le
monument. Catherine II l’inaugurera en 1782, pour le vingtième
anniversaire de son règne avec la formule :
« A Pierre premier, Catherine seconde, 1782 ». L’inscription figure en
russe du côté de l’Amirauté et en latin du côté du Sénat :
Petro primo Caterina secunda MDCCLXXXII En quatre mots,
« l’impératrice a su dire ceci : Tu étais grand, je suis grande. Tu avais
du génie, j’ai du génie. Tu étais puissant, je suis puissante. »

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