Durant les six dernières années de sa vie, Anton Tchekhov fut en contact constant et étroit avec cette jeune troupe d’avant-garde pour laquelle il écrivit ses pièces les plus célèbres : Oncle Vania (1899), Les Trois Soeurs (1901), La Cerisaie (1903).
"Le plus dangereux pour le théâtre, c’est de servir les goûts bourgeois de la foule. Il ne faut pas prêter l’oreille à sa voix, sous peine de tomber du sommet dans l’abîme. Le théâtre est grand lorsqu’il fait monter la foule à lui, ou, s’il ne la fait pas monter, alors au moins l’attire vers les hauteurs. Si on écoute la voix de la foule bourgeoise, on peut très facilement dégringoler. Le désir des hauteurs n’a de raison d’être que s’il est sans compromis. Il faut se battre, coûte que coûte. En avant, en avant, toujours en avant ! Tant pis s’il y a des erreurs, tant pis si tout est extraordinaire, criard, passionné jusqu’à l’horreur, désespéré au point de choquer, de faire peur, tout sera mieux qu’une médiocrité dorée.

Il ne faut jamais transiger, mais toujours innover, jouer de feux multicolores, nouveaux, jamais vus. Ces feux aveuglent d’abord , mais ils se mettent à flamber en vifs brasiers et ils nous habituent à leur lumière." - Ainsi s’exprime en 1901 dans son Journal Vsevolod Meyerhold qui deviendra le plus important metteur en scène soviétique des années vingt, et une des figures-clefs du théâtre du vingtième siècle.
Meyerhold, metteur en scène révolutionnaire, se libère du naturalisme qu’il connaît en tant qu’acteur au Théâtre d’Art de Moscou MKHAT, chez Stanislavski, son maître : en 1905 s’ouvre devant lui une période mouvementée de recherche, d’expérimentation, qui lui permet d’aborder le répertoire symboliste, et de s’essayer à tous les genres, du drame à la pantomime, du cabaret à l’opéra, du cirque au cinéma.
Malgré leurs méthodes différentes, Stanislavski et Meyerhold se rejoignent sur un point capital : fonder l’art théâtral sur des bases scientifiques, mettant ainsi fin aux mythes de l’inspiration. Pour le réaliser, ils fondèrent des écoles destinées à la formation de l’acteur, où une pédagogierigoureuse était, pour la première fois, appliquée. De ce fait, ils peuvent être considérés comme les pionniers non seulement du théâtre russe mais aussi du théâtre contemporain occidental.

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