La Russie a lancé la construction de l’oléoduc Sibérie-Pacifique destiné à transporter son pétrole vers la Chine et le Japon, pays assoiffés d’énergie et concurrents potentiels des acheteurs européens.
La construction de l’oléoduc Sibérie-Pacifique a commencé à Taïchet, dans la région sibérienne d’Irkoutsk.
Taïchet est le point de départ de la canalisation, dont la première partie doit s’étendre, selon le projet initial, sur 2.400 km jusqu’à Skovorodino, d’où partira un embranchement destiné à desservir la Chine. Le deuxième tronçon, de 1.700 km, doit relier Skovorodino à un terminal à construire sur les rives de l’Océan Pacifique.
La décision de lancer les travaux vendredi a pris de court les responsables de Transneft, monopole russe des oléoducs, qui étaient prêts depuis longtemps, mais ignoraient quand parviendrait l’autorisation finale.
Du coup, aucun haut responsable de l’Etat n’a assisté à la cérémonie qui s’est déroulée devant les caméras de télévision et en présence des 140 ouvriers du chantier.
Cette décision est arrivée à point nommé pour illustrer l’avertissement lancé à l’Europe cette semaine par le président Vladimir Poutine.
Faute d’un meilleur équilibre dans les relations énergétiques avec l’Europe, la Russie pourrait se tourner vers d’autres débouchés, dénonçant les difficultés rencontrées par les compagnies russes qui veulent acquérir des actifs en Europe.
Sur un autre plan, M. Poutine vient de désarmer les écologistes, très critiques à l’égard du projet.
Il a ordonné que le tracé de la canalisation, qui devait passer à 800 mètres seulement des rives du Baïkal, en soit éloigné d’environ 40 km.
De manière à ce qu’une fuite éventuelle ne pollue pas ce grand lac, la plus importante réserve d’eau douce du monde.
Les experts n’ont pas encore eu le temps d’évaluer les conséquences de cette décision sur le plan technique et financier. Mais le coût de la construction, estimé jusqu’à présent à 6,5 milliards de dollars (pour le premier tronçon), pourrait s’accroître de près d’un milliard, le tracé risquant de s’allonger de 1.250 km selon le responsable de Transneft, Dmitri Ogoultchanski.
Pour la Russie, dont les ressources en hydrocarbures sont la nouvelle base de sa puissance, cet oléoduc représente un enjeu stratégique de premier ordre, à savoir de trouver de nouvelles voies d’exportation et de réduire sa dépendance relative vis-à-vis des clients européens.
Si les responsables politiques, Vladimir Poutine en tête, s’emploient avec constance à calmer les appréhensions de l’Europe, assurant que la Russie est "le fournisseur le plus fiable du monde", le patron de Transneft, Semion Vaïnchtok, a reconnu clairement cette semaine qu’il s’agissait de mettre en concurrence Européens et Asiatiques.
"Nous avons saturé l’Europe de pétrole. Et tout manuel d’économie dit que l’offre excessive fait tomber le prix. Mais nous n’avons pas la faculté de réduire l’offre : toutes nos exportations (de pétrole) sont dirigées vers l’Europe", a dit M. Vaïnchtok.
Dans un premier temps, lorsque l’oléduc arrivera à Skovorodino (en 2008, selon les prévisions), le transport entre cette localité et le terminal du Pacifique sera assuré par rail. A terme, il pourrait permettre d’envoyer 30 millions de tonnes de brut par an à la Chine et 50 millions de tonnes au terminal du Pacifique.