L’exposition rassemble des pièces spectaculaires et exceptionnelles que le public a rarement l’occasion de voir en un même lieu, et qui, pour la plupart, sont des pièces originales provenant de pays lointains, Russie, Ukraine, Pologne, République tchèque, et enfin de Grande-Bretagne, Allemagne, France... À la sortie de l’exposition, un vrai-faux mammouth grandeur nature dit au revoir à tous les visiteurs.
Dima
En 1977, un bébé mammouth congelé, baptisé Dima, a été trouvé près de Magadan en URSS dans un parfait état de conservation. On l’a découvert au cours de travaux dans le sol gelé d’une mine d’or. Sa carcasse était émaciée ; son corps ne présentait aucune trace de graisse. Son estomac était presque vide, mais son étude a révélé une quantité importante de particules minérales, de vase, d’argile, de gravier, ainsi que de ses propres poils. Des particules minérales ont également été trouvées dans ses poumons. L’étude histologique a prouvé que Dima avait fourni un grand effort physique avant de mourir. La datation au radiocarbone et par d’autres méthodes indique un âge d’environ 40 000 ans. Il semblerait que Dima soit mort prisonnier de ’sables mouvants’, très riches en matière organique. Il aurait lutté pour se libérer, épuisant rapidement ses réserves de graisse dans la boue froide et serait mort d’épuisement. Pendant sa lutte, il a avalé beaucoup de vase, ainsi que ses propres poils.
Ce bébé mammouth est intéressant pour les informations que son fossile nous livre. Il permet aussi l’étude de la croissance des mammouths. Une radiographie de Dima montre qu’il ne présente pas encore de bosse au garrot et que celle-ci apparaît plus tard dans la croissance des mammouths. Ce spécimen est un des plus complet. Il provient de Saint-Pétersbourg où il est conservé à l’Institut National de Zoologie.
Les six mammouths de Sevsk
Dans une mise en scène spectaculaire, apparaît un troupeau de 7 squelettes de mammouths laineux. Six de ces squelettes ont été trouvés dans le ’cimetière de Sevsk’ près de Moscou et sont prêtés pour l’exposition par le Musée de Paléontologie de Moscou. Dans ce site exceptionnel, pas moins de 35 individus étaient présents et parmi les restes, 6 squelettes ont été retrouvés presque intacts. Le troupeau se compose d’une femelle adulte, d’un jeune mâle et de quatre petits mammouths prénommés Sascha, Nadija, Mitya et Andrey.
Lyakhov
Le septième squelette de ce troupeau est celui d’un imposant mâle qui provient des îles Lyakhov. Il a été découvert par K. A. Vollosovitch dans la plus grande de ces îles. Il a été offert à la France en 1912 par le comte Alexandre de Stenbock-Fermor, financier de l’expédition.
Ce squelette a été monté en 1957 par le paléontologue, Yves Coppens. Depuis il est exposé avec certaines de ses parties molles dans la Galerie de Paléontologie du Muséum. Le mammouth de Lyakhov parcourra les quelques centaines de mètres qui séparent la Galerie de Paléontologie de la salle d’exposition temporaire de la Grande Galerie de l’Evolution pour grossir le troupeau de Sevsk le temps de l’exposition. Une de ses pattes momifiée, une partie de sa tête, un morceau de chair ainsi qu’un peu de sa graisse seront également exposés.
En Ukraine, le site de Mizyn, découvert en 1907, a livré un campement de huttes dont l’une d’elles, reconstituée, sera visible dans l’exposition : la hutte de Mizyn. Outre des
objets domestiques, l’homme utilise les os et l’ivoire à des fins artistiques.
L’exposition présente une vingtaine de petites statuettes
exceptionnelles : ’Vénus de Lespugue’, ’Vénus de Laugerie-basse’, ’Vénus de Kostenski’, ’Vénus de Gagarino’ et bien d’autres encore qui témoignent de l’habileté de ces hommes préhistoriques. On parle de la civilisation des statuettes. Des sculptures animales et des gravures, grand félin en ivoire de Pavlov, oiseau, tortue, cheval et le mammouth de Vogelherd qui sont les plus anciennes sculptures connues à ce jour.
Le mammouth,des mythes ...
La Sibérie a livré, au hasard du dégel de son sol, des dents, des os, des défenses, des crânes, enfin des cadavres entiers d’un animal que ses habitants considéraient comme un animal toujours vivant... Ainsi, ces ossements, de taille gigantesque, ont alimenté une mythologie très riche. Le mammouth joue un grand rôle dans les légendes iakoutes. Elles racontent que cet animal invisible, dont on retrouvait des restes en si grande quantité vivait sous terre et qu’il devait s’agir d’une sorte de rat géant. Les Iakoutes pensaient que ces monstres mouraient dès qu’ils apercevaient la lumière du soleil. Selon d’autres traditions, ces restes auraient appartenu tantôt à un animal aquatique, tantôt à un oiseau géant.
En 1799, une carcasse de mammouth est découverte dans les terres gelées des berges de la Lena, ce qui permet au botaniste russe Adams de reconstituer le premier squelette entier en 1806.
Il sera exposé au ’Cabinet de rareté’ de Pierre le Grand et Cuvier conclura de son étude, qu’il s’agit d’une espèce éteinte adaptée au froid. Depuis, les scientifiques n’ont de cesse de rechercher de nouveaux spécimens, toujours plus complets, mieux conservés, permettant des recherches plus poussées.
Si, en Sibérie, le pergélisol permet de retrouver des cadavres entiers, congelés et momifiés, en Europe, les gisements ne livrent que des squelettes plus ou moins complets. En mer du Nord, les fossiles sont aujourd’hui au fond de l’eau, car au temps des mammouths, ces régions étaient émergées.
Des œuvres d ’art pariétales
Le mammouth a surtout été représenté au Paléolithique supérieur dans les grottes de France : on en compte plus d’une trentaine sur le territoire français, et quelques représentations seulement en Russie et en Espagne.
Vénus d’ivoire
Outre les objets domestiques, l’homme paléolithique façonne de petites oeuvres d’art. Seul un petit nombre de statuettes d’Europe occidentale a été sculpté dans l’ivoire, mais en Europe centrale, et surtout en Europe orientale, l’ivoire de mammouth a été largement utilisé. Plus on va vers l’Est, plus les statuettes perdent de leur rondeur. Toutes valorisent les attributs féminins : la poitrine, les hanches, les fesses et le triangle pubien. Ces statuettes, Vénus de Lespugue, Vénus de Laugerie-basse, Vénus de Kostenki, Vénus de Gagarino, et bien d’autres encore, témoignent de l’habileté et des qualités artistiques de ces hommes.
Rares sont les sculptures en ivoire qui représentent une tête. Certaines de ces statuettes ont été retrouvées dans des cavités du sol des huttes.Pour certaines d’entre elles, le soin avec lequel elles ont été enterrées marque leur valeur symbolique. On parle de ’civilisation des statuettes’. Les préhistoriens s’interrogent sur leur signification : étaient-elles des représentations de la mère ou de l’ancêtre ? étaient-elles symboles de fécondité, d’abondance ou d’érotisme ?
Sculptures et gravures d ’animaux
En Europe occidentale, les statuettes d’animaux sont rares, alors qu’en Europe centrale et en Europe de l’Est, on les trouve en grande quantité, contemporaines des représentations féminines : cheval, félin, bison, grand félin en ivoire de Pavlov et mammouth du Vogelherd qui sont les sculptures les plus anciennes (30 000 ans). Oiseaux, tête de mammouth, tortue ont été gravés sur une défense de mammouth à Kiev, alors qu’à Predmosti ce sont des côtes de mammouths qui ont été gravées. Les sculptures ou les gravures d’animaux témoignent de la place de l’animal dans la symbolique de l’homme paléolithique. Les objets sculptés donnent aux repré-sentations symboliques leur mobilité. Ce sont peut être des objets pour des contacts, des échanges pour affirmer ou pour confronter des traditions.
Bijoux et parures
Les bijoux et les parures proviennent principalement d’Europe orientale, notamment de la plaine russe. Ils ont été retrouvés dans les habitats et sur les corps des chasseurs ou dans les sépultures témoignant d’un rôle dans la vie quotidienne et dans la symbolique.
Certains de ces délicats objets étaient probablement enfilés sur des lanières de cuir et portées en collier ou ceinture, d’autres servaient à orner ou attacher les vêtements. Petits pendentifs bilobés de Dolni Vestonice, bracelet en ivoire travaillé de Mizyn, diadème en côtes décorées, ’agrafes’ gravées sur ivoire de Pavlov, ou ’fibules’ anthro-pomorphes de Kostenki témoignent de la variété de ces bijoux et parures.
La disparition des mammouths
Il y a 5 millions d’années environ, les premiers mammouths apparaissent en Afrique : Mammuthus subplanifrons et Mammuthus africanavus. Il y a 2 à 3 millions d’années, ils se différencient pour donner naissance au Mammuthus meridionalis au nord de l’Afrique, qui migrera vers le sud de l’Europe et couvrira l’Eurasie. Il migre en Europe centrale où il se distingue (il y a un million d’années environ) en une nouvelle espèce, Mammuthus trogontherii ou mammouth des steppes. Ce dernier est l’ancêtre du mammouth laineux, Mammuthus primigenius, apparu vers - 700 000 au nord-est de la Sibérie et disparu il y a 10 000 ans.
Les derniers mammouths primigenius se sont éteints, il y a
4 000 ans, dans les îles de Wrangel dans l’océan Arctique, où ils ont évolué vers le nanisme de l’Europe aux Amériques.
Il y a environ 1,5 million d’années, Mammuthus meridionalis a conquis le continent américain sans doute lors d’une emersion du détroit de Béring.
Les derniers mammouths, devenus nains se sont éteints vers 4 000 ans avant aujourd’hui sur l’île de Wrangel, dans la mer Arctique (Russie). Ils furent contemporains des pharaons d’Egypte... Mais la grande majorité des autres mammouths avait disparu il y a près de 10 000 ans. Cette disparition a donc coïncidé avec la fin de la dernière glaciation. Les importants changements climatiques de la fin du Pléistocène ayant affecté l’ensemble du globe et de sa végétation semblent avoir précipité la fin du mammouth en Eurasie et en Amérique du Nord. Sa grande spécialisation à un environnement de steppe arctique ne lui a pas permis de s’adapter suffisamment rapidement au réchauffement climatique et aux changements de la végétation
D’aucuns évoquent l’intervention de l’homme ou encore d’épidémies. La question reste ouverte, mais la disparition d’un animal aussi mythique, qui a résisté à plusieurs glaciations successives sans survivre à la dernière, nous questionne tous...
Tout est bon dans le mammouth
Peau, poils, défenses, os. L’homme se sert du mammouth comme
d’une matière première. Découvrez la hutte de Mizyn, entièrement construite en os de mammouth. Essayez de la construire vous-même à l’aide d’un ordinateur. Puis, attardez-vous sur le mur des Vénus, petites figurines en ivoire de mammouth. Ces collections originales ont des provenances variées : Russie, Ukraine, République tchèque...
L’Homme et le mammouth ont cohabité pendant des milliers
d’années. Mais c’est avec Homo sapiens, que, de source de nourriture et de matière première, le mammouth devient support d’art. Certains peuples paléolithiques d’Europe centrale et orientale ont été jusqu’à développer une véritable ’culture du mammouth’.
Cabanes en mammouth
Les os servaient également de combustible et de matériaux de construction. Ces hommes collectaient les ossements de mammouths notamment pour construire leurs cabanes. En Ukraine, le site de Mizyn, découvert en 1907, a livré un campement de 5 huttes. La base des cabanes était composée de crânes de mammouths et le montage de ces cabanes était un véritable jeu de construction, une succession d’emboîtements de divers ossements non seulement de mammouths mais d’autres espèces comme le renne ou le loup. Les archéologues estiment que ce campement a pu accueillir jusqu’à une cinquantaine de personnes. D’autres cabanes ont été retrouvées en Ukraine, et une dizaine de sites sont connus aujourd’hui.
Reconstitution de la hutte de Mizyn
Les ossements de mammouth étaient utilisés par les hommes
préhistoriques comme éléments de construction pour leur habitat. On admirera dans l’exposition une reconstitution grandeur nature d’une cabane en ossements de mammouth, la hutte de Mizyn. Le site de Mizyn en Ukraine a été découvert au début du siècle et fouillé jusqu’en 1961. Des huttes y ont été trouvées et témoignent d’un campement d’il y a environ 15 000 ans. Un cercle de 14 crânes de mammouths avec leurs défenses composait le pourtour de la hutte. Les os du bassin, des os longs et des mandibules complétaient avec des peaux de rennes une savante construction dont le toit était composé de 53 omoplates. Le tout était couronné de défenses et de bois de rennes. La structure était ainsi fabriquée à partir de 300 os environ, de grands animaux, dont 273 provenant de 30 mammouths, 30 bois de rennes, un crâne de loup et un os de rhinocéros. Certains de ces grands ossements étaient peints à l’ocre rouge et jaune de décorations abstraites.
Les archéologues reconstituent les cabanes à partir de la
répartition spatiale des amoncellements osseux qu’ils retrouvent dans les fouilles. Le visiteur est invité, lui aussi, à jouer à l’homme préhistorique et à reconstruire, tel un puzzle, sa hutte.
Livre ’Mammouths’
Au temps des mammouths
Muséum national d’Histoire naturelle
Jardin des Plantes
Grande Galerie de l ’Évolution
36 rue Geoffroy Saint Hilaire
75005 Paris
Tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h (fermé le 1
er mai)
Plein tarif :7€
Tarif réduit ::5 €