Question : Les journalistes adorent chercher des symboles. Or, le département consulaire est perçu comme une unité à part du MAE de la Russie, il se trouve même dans un bâtiment séparé.
Réponse : Le département consulaire n’a aucun statut spécifique. Il constitue une unité structurelle du ministère, mais possède simplement un éventail de tâches un peu différent des autres départements. Le DC s’occupe de l’établissement des passeports diplomatiques, de service et généraux, de la légalisation consulaire et de la demande des documents, réalise les pouvoirs, octroyés au MAE par la législation russe, concernant la citoyenneté de la Russie et l’entrée des citoyens étrangers, coordonne le travail des organismes consulaires de la Russie et des représentations des ministères sur le territoire russe, etc.
Le département consulaire est aussi l’unité de tête du MAE de la Russie sur la problématique militaro-commémorative. En interaction avec le Ministère de la défense de la Russie, les autres organes fédéraux du pouvoir exécutif, il garantit le contrôle de la bonne conservation de nos tombes militaires à l’étranger. Avec la participation des experts du département, sont conclus et réalisés avec succès les accords interétatiques sur le statut des tombes militaires avec la RFA, l’Italie, le Japon, la Mongolie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie et la Finlande.
Compte tenu du volume de ses fonctions, le département consulaire est le plus important au ministère...
En plus des problèmes "passeports-visas", il existe, pour ainsi dire, la "partie invisible de l’iceberg". Je parle, en particulier, du travail lié au perfectionnement de la législation concernant l’entrée et le séjour des étrangers, la citoyenneté, l’opposition à la migration illégale et au terrorisme, ainsi que la participation à la formation et au renforcement de la base juridique des rapports consulaires de la Fédération de Russie avec les états étrangers.
Question : En ces quinze dernières années, le flux des citoyens russes qui partent à l’étranger a grandement accru. Est-ce que les fonctionnaires consulaires ont été prêts à ce tournant de leur vie ?
Réponse : Mais on n’avait pas beaucoup de choix. On a dû pas mal se réorganiser, changer les formes et le style du travail, avant tout dans la défense des droits et des intérêts de l’état russe, de ses citoyens et de ses personnes morales à l’étranger, résoudre les tâches de l’ordre informationnel et technologique. Cependant, ce serait une présomption exagérée que de dire que tout le nécessaire est déjà fait. S’y ajoutent des difficultés objectives, car la majorité absolue de nos organismes consulaires étaient ouverts dans les années du "rideau de fer", quand les contacts entre les gens étaient au plus bas. De ce fait, par exemple, les locaux, où sont disposés maintenant beaucoup d’organismes consulaires russes, ne sont simplement pas capables de procurer les services aux visiteurs. Il existe, certes, des problèmes du personnel.
Néanmoins, je veux vous assurer, vous et les lecteurs de la "Rossiyskaya gazéta", que le travail de perfectionnement de l’activité des consulats russes à l’étranger est mené sur une base permanente, et, avec le temps, ce problème sera résolu aussi.
Question : Pour vous disculper, il faut dire que les Russes doivent aussi faire la queue pendant des heures, voire des jours, pour avoir des visas des états étrangers.
Réponse : Bien sûr, car les ambassades de beaucoup de pays occidentaux se sont retrouvées dans la situation identique. Elles aussi, elles ont à penser maintenant, comment perfectionner le travail consulaire. Elles aussi, elles résolvent difficilement les problèmes de l’extension des locaux, de l’augmentation des effectifs, etc. Cependant, les dirigeants des organismes consulaires des pays européens à Moscou affirment prendre aussi des mesures visant l’amélioration de l’établissement des visas aux citoyens russes.
Question : Votre service a entendu bien d’autres remontrances, afférents, disons-le ainsi, à la "commercialisation" de certaines prestations, en particulier, de l’établissement des passeports. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Réponse : "Commercialisation" serait à peine le mot correct. Le paiement des actes consulaires est prévu par l’article 39 de la Convention de Vienne sur les rapports consulaires de 1963. C’est la pratique normale, qui a lieu au monde entier. Sur le territoire de la Russie, on paie au tarif, concerté avec le Ministère des finances de la Russie et le Ministère de la justice de la Russie. Dans le même temps, je ne peux pas être d’accord que, pendant longtemps, l’établissement des passeports étrangers se soit fait par l’intermédiaire des organisations, auxquelles cela rapportait gros.
Maintenant, nous coupons court résolument à ce genre de business. Nous partons du fait que l’établissement des passeports du MAE de la Russie est réglementé par l’article 8 de la Loi fédérale "De l’ordre de la sortie de la Fédération de Russie et de l’entrée en Fédération de Russie". Il stipule que cette pièce d’identité peut être établie par le MAE de la Russie au "citoyen de la Fédération de Russie qui vit sur le territoire de la Fédération de Russie à sa demande écrite, présentée par l’intermédiaire de l’organisation, qui l’envoie hors des limites du territoire de la Fédération de Russie... suivant la procédure établie par le Gouvernement de la Fédération de Russie".
Profitant de l’occasion, je voudrais mettre en garde : toute la publicité sur la possibilité "d’établir le passeport au MAE en trois jours, grâce aux bonnes relations", est fausse. Nous avons entièrement changé le système des relations avec les personnes morales russes dans le problème de l’établissement des passeports, en éliminant pratiquement la base pour la corruption. Maintenant, nous n’établissons les passeports sur demande des organisations enregistrées auprès du département qu’après avoir reçu les preuves, que ladite organisation envoie vraiment en visite étrangère concrète le citoyen russe, au nom duquel elle agit. Parallèlement, nous cherchons à rendre notre travail plus transparent. Par exemple, on a installé à la salle de réception un écran, où l’on peut voir, si le passeport est prêt. Vu que nous avons cessé de traiter avec les sociétés dites "intermédiaires", le nombre des passeports établis a été réduit de plus de trois fois.
Question : Pourriez-vous "trier" les pays étrangers selon, disons, l’indice suivant : ceux pour lesquels un Russe est plus souhaitable, pour quels autres moins, et ceux pour lesquels il n’est pas souhaitable du tout ?
Réponse : Il est à peine possible de "trier" les pays selon le critère que vous proposez. Nos citoyens sont essentiellement bien considérés dans le monde, et les Russes sont, en principe, les bienvenus partout. Ces derniers temps, on dialogue avec différents pays sur la facilitation des voyages réciproques. On a conclu les accords avec la RFA, la France et l’Italie sur la simplification des procédures de visas, commencé les pourparlers sur cette problématique entre la Russie et l’UE. Les initiatives d’entamer les pourparlers sur la suppression des visas sont transmises aux gouvernements de la Thaïlande et du Singapour - la réaction de ces pays est la plus bienveillante. En avril dernier, par voie de l’échange de notes, ont été formalisés les accords concernant les problèmes de visas avec les USA. Ils fixent les délais de l’examen des demandes de visa pour diverses catégories de citoyens, et il faut dire que ces accords sont, en général, appliqués.
Question : Dans quel degré utilisez-vous le principe de réciprocité : un pays a durci le régime d’entrée ou augmenté le prix du visa, et vous répondez de même ?
Réponse : Là où c’est justifié, on utilise le principe de réciprocité. Cependant, le principe essentiel, sur lequel nous nous guidons dans notre activité, est le règlement de tout problème qui apparaît par voie diplomatique, compte tenu des intérêts réciproques des parties.
Question : Il a été plusieurs fois déclaré que le travail avec les pays de la CEI constitue la priorité pour le MAE. Qu’en est-il dans le domaine consulaire ?
Réponse : Ces déclarations sont appuyées par des pas concrets. Ainsi, nous apprécions hautement le niveau de coopération actuel avec nos collègues du Ministère des affaires étrangères des pays de la CEI. Les séances régulières du Conseil consultatif des dirigeants des services consulaires aident à trouver les voies mutuellement acceptables du règlement des problèmes actuels de coopération dans le domaine de la défense des droits et des intérêts légitimes de nos citoyens, de la réalisation des voyages réciproques.
Question : Comment évaluer alors la procédure, instaurée à partir du 1er janvier 2005, selon laquelle l’entrée dans les pays de la CEI ne sera possible qu’avec un passeport étranger ?
Réponse : Pour être plus précis, on mène maintenant vraiment avec les pays de la CEI des pourparlers sur la régularisation de la pratique des voyages, le passage essentiellement aux documents adoptés dans la pratique mondiale, qui servent de base pour traverser la frontière. Cette pratique prévoit cinq types de documents - passeport diplomatique, passeport de service, passeport étranger, passeport de marin et certificat de rapatriement. On y fait une note appropriée, que cette personne a traversé la frontière de l’état. Ainsi, est garanti un meilleur contrôle de ceux qui viennent dans notre pays et, partant, apparaît la possibilité de lutter plus efficacement contre la migration illégale et la menace terroriste. La discussion de cette problématique est menée tant au niveau bilatéral que dans le cadre des groupements d’intégration, par exemple, de la CEEurAs. L’opinion russe sera immédiatement informée des décisions adoptées.
Je voudrais tout de suite mettre les points sur les "i" - la nouvelle procédure de la documentation ne constitue pas une étape sur la voie de l’instauration des visas. Il ne s’agit pas de cela.
Nous croyons qu’avec la stabilisation de la situation au Caucase et dans le contexte général du développement des relations russo-géorgiennes, on pourra parler aussi du retour au régime sans visas des voyages réciproques des citoyens avec la Géorgie. Pour le moment, le projet de l’accord avec Tbilissi sur la régularisation et la simplification des procédures de visas est au stade de la mise au point.
Question : Et l’Ukraine, elle y fera exception ?
Réponse : Concernant l’Ukraine, nous allons suivre à la lettre les ordres du Président de la Fédération de Russie. A Kiev, si vous vous le rappelez, il a dit aussi qu’il fallait abandonner ces multiples documents sectoriels, d’après lesquels sont maintenant effectués les voyages de nos citoyens. Nous allons avancer, dans un avenir proche, vers leur abandon en tant que raison du voyage.
Question : Est-ce qu’on avance dans le régime de visas avec les pays de l’Union Européenne ?
Réponse : Nous croyons que la procédure de l’entrée des citoyens russes dans les pays de l’UE est progressivement simplifiée, et pas qu’en paroles. Selon nos données, le pourcentage des refus de l’établissement des visas a baissé. Aujourd’hui, il fait, dans différentes ambassades, entre 2 et 4 %. On devra noter surtout le travail de l’ambassade britannique à Moscou, où la plupart des visas sont établis le jour de leur demande ou le lendemain.
On a entamé le dialogue avec la Commission Européenne. Je dois dire que la partie russe sent que les représentants de l’Union Européenne sont sensibles à ce que nous voudrions faire figurer dans cet accord. Dans le même temps, ils ont leurs propres facteurs limitatifs, qui figurent dans le mandat de la Commission, défini par le Conseil de l’UE. On verra, à quoi ils pourront consentir. Mais, dans tous les cas, ils sont déjà prêts à établir un régime de visas plus favorable que celui qui agit dans notre pratique de visas avec plusieurs états de l’UE. Je ne veux pas paraître un optimiste excessif, cependant, je crois qu’avant la fin de la décennie, il sera possible d’aboutir au régime sans visas des voyages réciproques des citoyens. Début décembre, à Moscou se tiendra le nouveau round des consultations avec les représentants de la CE. Il sera décisif pour la mise au point de l’accord de simplification des procédures de visas.
Question : Est-ce qu’il est maintenant plus difficile de voyager à Chypre après qu’il est devenu membre de l’UE et instauré le régime de visas avec la Russie ? La Turquie aspire aussi à devenir membre de l’Union Européenne, elle qui est devenue pour la Russie "la Mecque touristique".
Réponse : A partir du 1er mai dernier, Chypre a adhéré à l’UE, et pour entrer dans ce pays, les Russes ont maintenant besoin de visa. Selon l’information dont on dispose, même en haute saison, on pouvait avoir le visa à l’ambassade chypriote de Moscou en 1-2 jours. Cependant, autant que l’on sache, le flux des touristes dans ce pays a tout de même diminué de 10-15 % environ. Ce ne sont pas les difficultés pour avoir le visa qui ont fait peur aux gens, mais le fait même de cette exigence. De plus, le nombre des voyages à Chypre à partir des régions a aussi diminué, puisque ce n’est que l’ambassade de Moscou qui délivre les visas.
Concernant la Turquie, jusqu’à son adhésion à l’UE, sera maintenue la procédure actuelle de l’établissement des visas - à l’aéroport d’arrivée.
Question : Est-ce que les statistiques des voyages de nos citoyens aux USA ont changé après toutes les nouveautés concernant les visas, y compris les empreintes digitales ?
Réponse : L’introduction de nouvelles exigences à l’établissement des visas à l’ambassade des USA à Moscou, causée par le renforcement de la lutte contre le terrorisme, a été sans grande influence sur les chiffres des voyages des citoyens russes dans ce pays. Cependant, nous notons aussi certains changements positifs dans le travail pratique du département consulaire de l’ambassade des USA à Moscou. Les refus des visas ont diminué d’environ 16 %. (il y a deux ans encore, ils dépassaient 20 %.). Il y a moins de plaintes des questions indélicates lors des interviews. Il est certain que les Russes demandeurs de visas connaissent des difficultés supplémentaires, liées au besoin de se présenter à l’interview et de subir le scanning. Mais ce sont, selon moi, des problèmes inévitables, liés au passage au monde entier aux passeports et visas de la nouvelle génération avec l’utilisation des technologies biométriques. Sous peu, les pays de l’Union Européenne y passeront aussi. Et même la Russie, à propos, mène un travail actif dans ce sens, et donc, l’installation des scanners biométriques dans les consulats russes est pour bientôt.
Question : Et comment le service consulaire russe tient-il compte des menaces terroristes ?
Réponse : A ce propos, tous les organismes consulaires sont chargés de vérifier minutieusement les raisons pour délivrer les visas et comparer les données du solliciteur avec les listes de contrôle. Pour tous les problèmes de l’opposition aux menaces terroristes, le département consulaire est en contact étroit avec le SFS de la Russie, le MI de la Russie, les autres services compétents de la Russie.
Question : Avant de diriger le département, vous avez travaillé en tant que consul général de la RF à New York. Et donc, vous aviez affaire à la communauté russophone. Serait-ce un domaine à part dans l’activité du service consulaire ?
Réponse : La communauté russophone de New York n’est pas que la plus nombreuse, elle représente différentes vagues de l’émigration, les gens à situation patrimoniale, points de vue et convictions différents. Beaucoup sympathisent avec la Russie moderne, mais il y a, certes, ceux qui n’ont pas quitté notre pays (essentiellement du temps de l’URSS), remplis de meilleurs sentiments. A ceux-là, on essaie de montrer que la Russie a radicalement changé. Elle fait face non seulement à ses citoyens à l’étranger, mais à ses compatriotes.
Question : Il y a eu une période, où l’on avait l’impression, que le flux migrationnel était inversé : beaucoup de gens ont commencé à se rapatrier en Russie.
Réponse : A la fin des années 80-90, l’émigration de la Russie vers les USA a vraiment été assez importante, cependant, à partir de l’an 2000, elle descend progressivement à zéro. Il est à noter qu’en Russie commencent vraiment à revenir les jeunes, qui ont terminé à l’époque les écoles américaines les plus prestigieuses. Pour notre pays, ils sont encore les experts uniques, ils voient s’ouvrir devant eux d’excellentes opportunités de carrière, et les compagnies russes les paient même plus qu’ils auraient pu gagner dans les sociétés américaines. Certains entraîneurs et sportifs commencent à revenir également. On aimerait croire que le temps viendra, où les savants commenceront à revenir, eux aussi.
Question : Comment appréciez-vous la base juridique du travail du service consulaire ?
Réponse : En 2002-2003, le MAE de la Russie a participé à un grand travail de perfectionnement de la législation migrationnelle. On a adopté de nouvelles lois fédérales "De la situation juridique des citoyens étrangers en Fédération de Russie", "Des citoyens de la Fédération de Russie", apporté des amendements à la Loi fédérale "De la procédure de la sortie de la Fédération de Russie et de l’entrée en Fédération de Russie". On termine le travail aux nouveaux Statuts consulaires. Les textes adoptés ont substantiellement simplifié notre travail, qui était auparavant basé pour beaucoup sur de nombreuses instructions et circulaires souvent contradictoires, qui dataient souvent des temps soviétiques encore.