L’exposition ’Catherine II, lectrice de Jean-Jacques Rousseau’ a pu être organisée grâce à la collaboration exceptionnelle des grandes institutions culturelles de Saint-Pétersbourg et grâce à la coordination réalisée par la bibliothèque Voltaire.
Une exposition réalisée au printemps 1999 par le
Musée Jean-Jacques Rousseau de MONTMORENCY
Les relations de Catherine II et de son entourage avec l’œuvre de Rousseau sont ici mises en évidence. Des ouvrages de Rousseau, provenant des bibliothèques de Catherine II, de Pierre 1er, de Maraia Fëdorovna et du Tsar Alexandre 1er, permettent d’appréhender la figure de Rousseau s’imposant à la Russie à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle.
Montée sur le trône en 1762, Catherine II a pour ambition de poursuivre l’œuvre civilisatrice de Pierre 1er. Protectrice des lumières, elle lit l’Esprit des lois de Montesquieu, dont elle s’inspire pour rédiger son Nakaz, et achète les bibliothèques de Voltaire et de Diderot. L’exposition présente les ouvrages de Rousseau provenant de la bibliothèque de Voltaire et annotés de sa main : "Polisson, il te sied bien de faire de telles prédictions !" écrit Voltaire en marge du Contrat social. Catherine n’entretient aucune relation directe avec Rousseau, mais elle réagit vivement à son oeuvre et son entourage n’échappe pas à une certaine fascination. Ainsi son favori Grégoire Grigorevitch Orlov invite Rousseau à venir s’installer en Russie : "[...] il m’a pris la fantaisie de vous dire que j’ai une terre éloignée de soixante verstes de Saint-Pétersbourg, [...] où l’air est sain, l’eau admirable, les coteaux qui entourent différents lacs forment des promenades agréables très propres à rêver, les habitants n’entendent ni l’anglais, nu l’allemand, ni le français, encore moins le grec et le latin, [...] et bien, Monsieur, si jamais vous trouvez ce lieu là à votre goût, vous pouvez y venir demeurer."
Le frère de Potemkine traduit Rousseau, Ivan Ivanovitch Betski, le conseiller de l’impératrice s’inspire directement des idées de Rousseau pour rédiger ses projets d’établissements d’enseignement impériaux. L’éducation des élites préoccupe également les aristocrates : le comte Strogonov choisit pour éduquer son fils, dont l’exposition présente le très beau portrait réalisé par Greuze, le précepteur rousseauiste Gilbert Romme.
Le Rousseau philosophe qui met en garde contre les méfaits de la civilisation et défend les idées de souveraineté populaire et d’égalité est cependant difficilement compréhensible pour une Russie récemment ouverte à la civilisation.
Ainsi des écrivains s’opposent à ses idées : Soumarokov met en garde la jeunesse contre Rousseau et Karamzine le désavoue après la Révolution. Mais tous les écrivains russes dialoguent avec le Citoyen : Pouchkine lorsqu’il fréquente les cercles décembristes, Raditchtchev dans son Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou, Dostoevski qui stigmatise les idées du pédagogue genevois, Tolstoï qui se pose en disciple de Rousseau et adhère en 1905 à la Société Jean-Jacques Rousseau de Genève...
La Bibliothèque nationale de Russie, dont dépend la bibliothèque Voltaire, le musée de l’Ermitage, les archives de l’Académie des sciences et le domaine de Pavlovsk ont prêté des objets et des documents dont beaucoup sont présentés pour la première fois en France. On peut citer notamment : la correspondance inédite de l’imprimeur de Rousseau à Saint Pétersbourg, un portrait du jeune Stroganov peint par Greuze, des porcelaines, une robe de Catherine II... D’autres musées français ou étrangers contribuent à cette évocation par le prêt de tableaux, d’objets scientifiques et de documents précieux.
Musée Jean-Jacques Rousseau
5, rue Jean-Jacques Rousseau
95160 MONTMORENCY