La Neuvième Symphonie, créée le 3 novembre 1945, œuvre courte, néoclassique, traversée de motifs grotesques chers à Chostakovitch, déplut aux critiques et aux autorités qui attendaient du compositeur qu’il affirme la suprématie de l’URSS par une symphonie triomphale qui atteigne les dimensions de la Neuvième Symphonie de Beethoven.
Il faut ici souligner le courage du compositeur qui abandonna son premier projet de Neuvième Symphonie grandiose, qui aurait plu aux autorités soviétiques, mais qui aurait été un défi dégradant pour Chostakovitch au message humaniste, universel, de "l’Hymne à la Joie" beethovénien. Ce manifeste artistique et politique allait entraîner sa disgrâce jusqu’à la mort de Staline, soit durant dix longues années.
Composée en seulement deux mois, au sortir de la bataille de Stalingrad, la Huitième Symphonie est reconnue comme un des sommets, sinon le sommet de la production orchestrale de son auteur, et une œuvre majeure du XXème siècle.
Il n’a jamais réussi à déterminer lors de quel congrès la Neuvième Symphonie aurait été programmée à la demande expresse de Staline, aux dépens des danses et choeurs habituels censés glorifier le Parti et son chef : « Et l’on ne chantait pas « Seid umschlungen, Millionen ! » (« Embrassez-vous, millions ! »). On chantait l’aigle, Staline, comme il se doit. Surtout que la quantité de chansons sur ce thème éternel, toujours frais et entraînant, était plus que suffisante. »
Staline aurait néanmoins espéré que Chostakovitch
s’appliquerait à lui composer une ode avec sa propre
Neuvième, et aurait mis à la disposition de « son » musicien
tous les moyens nécessaires - solistes, choeur et quadruple
effectif d’orchestre. Il fut bien déçu par la nouvelle
symphonie de celui-ci : « Je déclarai que j’étais en train
d’écrire cette apothéose. Je croyais m’en sortir avec un mensonge.
Mais il m’en a cuit. Lorsqu’on eut joué ma Neuvième, Staline se mit dans une colère terrible. Il était offensé jusqu’au plus profond de son être. Car il n’y avait ni choeurs ni solistes, et pas davantage d’apothéose. Il n’y avait pas la moindre dédicace. »
Le portrait de Staline fut donc reporté dans le Scherzo de
la Dizième, et Chostakovitch rappela que, même si
Beethoven le réussit du point de vue musical, il n’était pas facile de « représenter en musique les bienfaiteurs de l’humanité ». Etrange glissement de sens, car la Neuvième
de Beethoven n’est en rien le portrait ou l’apologie d’un
« bienfaiteur de l’humanité » : reposant sur une
méconnaissance des motivations beethovéniennes, l’attente
de Staline ne pouvait être satisfaite.
Cd Musique de Chostakovitch :