Mark Ournov, président du Centre des technologies politiques :
’Les résultats des élections, malgré la surprise qu’ils ont provoquée, sont logiquement issus de l’état d’esprit de la société française.
Elle est de plus en plus tolérante à l’idée d’une forme d’autoritarisme et le rêve de mettre à la porte les étrangers et les sans papiers, qui sont effectivement nombreux, est de plus en plus répandu parmi les couches populaires en France. Toutefois, Jean-Marie Le Pen n’a aucune chance de remporter le second tour où se formera un front consolidé contre lui. Malgré cela, la part de la population qui le soutient reste importante : c’est un tiers des électeurs. Je voudrais comparer ces chiffres avec les données dans notre pays. En Russie, selon nos estimations, seuls 15% des citoyens partagent les idées propagées par Jean-Marie Le Pen. Il en résulte que la France stable est plus imprégnée des idées nationalistes que la Russie instable, en pleine transition et alors qu’une guerre a lieu sur son territoire. La question se pose alors : qui doit enseigner le politiquement correct et la tolérance ? ».
Leonid Smiriaguine du Fonds Carnégui :
« En tant que politologue, je suis habité par deux sentiments. Comment ces Européens peuvent-ils encore essayer de nous apprendre ce qu’est la démocratie, alors qu’ils subissent une explosion des idées nationalistes, de la xénophobie en de telle proportions ? Il est vrai que la nation pourrait se réveiller au second tour. Enfin, je suis totalement estomaqué par la défaite complète des politologues qui avaient annoncé des résultats totalement différents.
Jacques Chirac l’emportera sans aucun doute au second tour. Sa victoire sera écrasante. En réalité, il a une chance inouïe. Si Lionel Jospin était parvenu au second tour, il aurait dû poursuivre une lutte obstinée alors qu’avec Jean-Marie Le Pen tout est clair. Cela rappelle l’élection de Boris Eltsine en 1996. Le principal était alors d’arriver au second tour face au leader communiste, Guennadi Ziouganov, pour que la victoire soit assurée. Car, malgré le nombre important de supporters dont bénéficie Le Pen, la France n’est pas prête à donner le pouvoir à l’extrême droite ».
Viatcheslav Nikonov, président du Fonds Politika :
« Je pense que la montée des idées ultra nationalistes est une tendance européenne. Nous l’avons observée lors des élections en Autriche, en Norvège, en Italie. Cette tendance a deux raisons. Elle s’explique d’abord par le succès de la construction européenne. Actuellement, les frontières disparaissent en Europe, les Etats nationaux perdent de plus en plus leur sens, les devises nationales ont disparu. Beaucoup voit dans ce processus une menace pour leur identité nationale, d’où les réactions négatives face aux effets régionaux de la mondialisation.
La deuxième raison de la victoire de Jean-Marie Le Pen est l’immigration. Ces dix dernières années, elle a augmenté et a entraîné l’apparition d’importantes communautés asiatiques et africaines. Elles sont une concurrence sur le marché du travail et augmente le taux de criminalité. Enfin, une part importante de la population est tout simplement agacée par la présence d’immigrés. La combinaison de ces deux facteurs, alliée à la situation spécifique de la France et a une campagne réussie de Jean-Marie Le Pen ont amené ce dernier au second tour des élections ».
Gazeta.ru 22-04-02
Le vice-président de la Douma et leader du parti russe d’extrême droite, le parti libéral démocrate, Vladimir Jirinovski a annoncé qu’il pourrait se rendre à Paris la veille du deuxième tour des Présidentielles pour « soutenir personnellement mon ami, Jean-Marie Le Pen ». Vladimir Jirinovski a déjà envoyé un message de félicitations au président du Front national. « Vous avez secoué la France d’une main de fer, vous l’avez obligé à sortir d’un sommeil léthargique inspiré par les mythes de la mondialisation et les fables des communistes. Les Français qui vous ont donné leur voix, ont montré au monde entier, que le destin de leur patrie ne leur était pas indifférent » peut-on lire dans ce télégramme.
Vladimir Jirinovski considère que la victoire de son homologue français au second tour est certaine.
Ria Novosti 22-04-02