C’est avec beaucoup d’inquiétude que l’Assemblée des Evêques de l’Eglise orthodoxe serbe suit les événements du Kosovo et de la Métochie, où, six ans après les bombardements par l’OTAN et l’arrivée des forces internationales, les épreuves infligées à nos fidèles et à nos sanctuaires se poursuivent.
MESSAGE DE L’ASSEMBLEE DES EVÊQUES DE L’EGLISE ORTHODOXE SERBE CONCERNANT LES POURPARLERS SUR LE STATUT DU KOSOVO ET DE LA METOCHIE
Le Conseil de Sécurité de l’ONU ayant proposé de commencer les pourparlers sur le futur statut du Kosovo et de la Métochie, l’Assemblée des Evêques a donné son plein appui à la position exprimée par le Premier ministre de Serbie, Vojislav Koštunica, affirmant que la question du futur statut de la Province doit être réglée dans le respect des principes internationaux de l’inviolabilité de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats démocratiques, dont la Serbie-Monténégro fait partie.
La solution retenue pour le Kosovo et la Métochie devra prendre en compte les intérêts de tous les habitants qui y vivent et être conçue de manière à ne pas déstabiliser la situation de l’ensemble de la région, qui a besoin, après des années de guerres et de souffrances, de paix, de réconciliation, de concorde et de développement moral, économique et autre.
Une solution politique juste et durable implique des pourparlers. Elle ne saurait être octroyée unilatéralement, ni provenir d’un redécoupage des territoires sur une base ethnique, car ceci provoquerait des transferts massifs de populations et de nouvelles tensions dans les Balkans, dont les conséquences seraient impossibles à imaginer. S’il devait arriver, à Dieu ne plaise, qu’une solution quelconque soit imposée, l’Assemblée s’attend à ce que le Parlement de Serbie précise à l’ensemble de la population qu’une occupation illégitime et illégale d’une partie de notre territoire national a été ainsi accomplie.
L’Assemblée considère que la condition préalable à toute tentative sérieuse de résoudre la question du statut de cette province méridionale de la Serbie, consiste dans le retour sans entraves et dans des conditions supportables des personnes exilées, la protection de leurs droits patrimoniaux et l’exercice des libertés individuelles et collectives.
Depuis l’instauration de l’administration de l’ONU, de nombreuses maisons et églises ont été détruites au Kosovo et en Métochie sans qu’on ait pu rassembler les données concernant les biens mobiliers et immobiliers appartenant à l’Eglise orthodoxe serbe et au peuple serbe disparus au cours de cette période ou usurpés durant des années ; il est donc nécessaire de rassembler la documentation relative aux biens qui ont été dérobés, usurpés ou détruits, puis procéder à une identification sur le terrain afin de déterminer à qui ces biens sont dévolus dorénavant.
Outre la protection institutionnelle, juridique et foncière, des habitants du Kosovo et de Métochie, l’Eglise est fondamentalement intéressée à la protection permanente de ses lieux saints : monastères, églises et biens culturels. Ces sanctuaires chrétiens orthodoxes ont été au cours des siècles, y compris dans les époques les plus difficiles, les gardiens fidèles et les témoins de l’identité spirituelle et culturelle du peuple serbe au Kosovo et en Métochie. Aussi l’Assemblée des Evêques salue-t-elle les recommandations du représentant spécial des Nations Unies, M. KaÏ Eide, qui a proposé une protection spéciale des lieux saints orthodoxes grâce à la création de zones de protection, en présence de forces internationales de la KFOR. Outre des zones de protection, il est nécessaire de fournir des garanties internationales spécifiques permettant des conditions d’existence et d’activité des communautés monastiques qui soient libres et sans encombres, spirituellement et matériellement. Comme la plus grande partie de nos lieux saints se trouve située dans un environnement majoritairement albanais, ce type de protection ne devrait aucunement porter préjudice à la résolution du statut de la Province, qui devra tenir compte du droit international. C’est pourquoi l’Assemblée des Evêques confie au Saint Synode des Evêques et à son Comité pour le Kosovo et la Métochie, de mettre au point, en collaboration avec les experts compétents serbes et étrangers et en plein accord avec les institutions responsables de l’Etat de Serbie, les meilleures solutions institutionnelles conformes aux possibilités et aux besoins qu’impose la situation sur le terrain.
De même, les institutions responsables de Serbie devraient, en liaison avec les experts étrangers, continuer à prendre soin de notre héritage culturel et de la sauvegarde de son identité spirituelle et culturelle. A cet égard, l’Assemblée des Evêques apporte son soutien au processus initié en vue de la reconstruction des lieux saints détruits, auquel participent des représentants de notre Eglise et du Fonds pour la protection des monuments culturels de Serbie, le Diocèse de Raška-Prizren ainsi que des institutions internationales ; en effet, la reconstruction de ce qui a été détruit constitue la meilleure réponse à ceux qui ont voulu détruire ces lieux saints afin d’annihiler l’existence de notre Eglise et de notre peuple et procéder ainsi à une modification de l’identité de civilisation de cet espace. On ne saurait jamais oublier, à ce propos, qu’au Kosovo et en Métochie se trouve le patriarcat de Pec, centre spirituel de l’Eglise orthodoxe serbe et siège du Patriarche serbe, ce qui revêt notamment une signification exceptionnelle en ce qui concerne la résolution future du problème du statut de cette Province.
L’Assemblée des Evêques continuera, par l’intermédiaire du Diocèse de Raška-Prizren, du Saint Synode des Evêques et du Comité compétent pour le Kosovo et la Métochie, à suivre en permanence l’évolution des événements au Kosovo et en Métochie et à faire tous ses efforts pour que la voix de l’Eglise se fasse entendre à temps et respecter.
En nous adressant ainsi aux organes compétents de notre pays et de l’étranger, nous nous adressons en même temps à nos concitoyens albanais, en souhaitant que Dieu leur accorde paix, justice et prospérité dans tous les domaines, comme à nous-mêmes. Ce faisant, nous leur proposons sincèrement réconciliation et pardon mutuel. A cet égard, nous tenons à rappeler une énième fois, à eux comme à nous, une vérité évidente : notre histoire et notre destin nous conduisent les uns vers les autres - au Kosovo et en Métochie, il existe suffisamment de pain, de soleil, d’eau et d’amour de Dieu pour nous tous. Toute personne dotée de conscience et de bon sens sait pertinemment que la violence, les expulsions, les discordes, la haine et les crimes, de quelque côté qu’ils viennent, n’ont jamais apporté le bonheur à quiconque. On ne construit pas son avenir sur le malheur, les larmes versées par des innocents et le sang d’autrui, en particulier d’enfants innocents. Toute violation des lois morales éternelles et de la simple justice aboutit en retour, tôt ou tard, pour les hommes et les peuples, au jugement et à la justice de Dieu.
Nous appelons à nouveau le peuple serbe à rester fidèle à sa foi et à la probité humaine, à ne pas se décourager devant les dangers et les attaques déraisonnables, mais à se montrer constant et persévérant sur la terre de ses ancêtres, à côté des lieux saints donnés par Dieu.