Le Président de la Fondation et de l’Institut Charles de Gaulle, Yves Guéna, a inauguré à Moscou, mardi 8 juillet 2003, une exposition Charles de Gaulle, dont l’instigateur et le commissaire ont été Alain Lebougre, secrétaire général de l’Institut. L’exposition se tient au Musée Historique, 1-3 place Rouge, jusqu’au 15 octobre 2003.
Près de quarante ans après le voyage triomphal du général de Gaulle en URSS, la Fondation et l’Institut Charles de Gaulle lui ont consacré une exposition de grande envergure au Musée historique national sur la Place Rouge, écrin prestigieux à la mesure de l’engouement suscité par la figure du Général en Russie.
Il s’agissait d’une grande première en Russie où jamais aucun chef d’Etat étranger n’avait été célébré à un tel niveau institutionnel ; l’inauguration a réuni, le 8 juillet 2005, autour du président Yves Guéna, des ministres russes et français, tandis que Jacques Chirac et Vladimir Poutine, avaient tenu à s’associer à l’événement en faisant parvenir des messages lus au cours de la cérémonie.
Allocution inaugurale prononcée par Yves Guéna
président de la Fondation et de l’Institut Charles de Gaulle
Allocution prononcée par le Président Guéna, sur la place Rouge, devant Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères et Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, et leurs homologues de la Fédération de Russie, MM. Igor Ivanov et Sergueï Ivanov.
Alain Juppé, ancien premier ministre, Président de l’UMP et maire de Bordeaux assistait à la cérémonie :
« Pouvoir célébrer ici, sur la place Rouge, un chef d’État étranger, est un privilège exceptionnel, sans précédent je crois.
S’il en est ainsi, c’est que vous pensez, vous comme nous, amis Russes, que le Général de Gaulle est un personnage exceptionnel.
Il est exceptionnel par sa place dans l’Histoire de France, au tout premier rang parmi ceux qui l’ont illustrée depuis 1000 ans dans ses grandeurs et dans ses malheurs.
Exceptionnel aussi par son image en Russie, par l’amitié qu’il n’a cessé de porter à la Russie - qu’il n’a jamais nommée d’un autre nom - et au peuple russe. Nous mesurons aujourd’hui que c’est une amitié partagée.
Le Général de Gaulle a toujours tenu la Russie comme un indispensable allié de la France. Le combattant de la première guerre mondiale savait de quel poids avait pesé en notre faveur l’alliance avec vous, l’alliance de revers qui nous a permis de supporter en 1914 le premier choc de l’armée ennemie.
Puis durant la seconde guerre, nous fumes, nous Français, les seuls parmi tous les alliés à être admis à l’honneur de combattre au sein de l’Armée Rouge dans la guerre patriotique. Je sais que le souvenir de Normandie Niémen est aussi vivace ici qu’en France, privilège que confère le sang répandu, cote à cote.
Je n’oublie pas comme ancien combattant des Forces Françaises Libres que la Russie fut le premier pays de la coalition alliée à reconnaître le Général de Gaulle en tant que Président du gouvernement provisoire de la République française. Aussi bien dès décembre 1944, le général de Gaulle se rendait à Moscou pour y renouer et conclure la "belle et bonne alliance".
Et lorsqu’il revient au pouvoir en 1958, malgré la lourde atmosphère de la guerre froide, il proclame sa politique d’indépendance nationale car il considérait qu’un pays comme la France ne peut s’en remettre pour son destin à un allié, quelque amical qu’il fut ; qu’un pays comme la France doit demeurer maître de sa politique étrangère et de sa stratégie. Et c’est ainsi que le Général de Gaulle s’engagea bientôt envers Moscou dans une politique de "détente, d’entente et de coopération".
Cette orientation a porté ses fruits jusqu’à ce jour avec notamment la coopération spatiale illustrée dans cette exposition au même titre que notre fraternité d’armes.
Oui, cette orientation imprimée par le Général de Gaulle, qui fut si heureuse pour la Russie et pour la France, demeure et doit demeurer. Dans le monde incertain où nous vivons, l’alliance, l’amitié, entre la France et la Russie n’ont jamais été aussi nécessaires.
Salut à la Russie éternelle, salut au grand peuple Russe !
Et que vive l’amitié entre la France et la Russie ».
Une exposition à Moscou par Paul-Marie de La Gorce
Ce pays, le général de Gaulle a toujours pris soin de l’appeler par son nom : la Russie. Par là, il voulait marquer, comme il l’a toujours fait, sa manière de voir l’Histoire et le monde : les idéologies passent, les réalités nationales demeurent. Cette conviction, il l’affirmait, mais il en déduisait une politique et il la pratiquait.
Ce pays, le général de Gaulle a toujours pris soin de l’appeler par son nom : la Russie. Par là, il voulait marquer, comme il l’a toujours fait, sa manière de voir l’Histoire et le monde : les idéologies passent, les réalités nationales demeurent. Cette conviction, il l’affirmait, mais il en déduisait une politique et il la pratiquait.
Il n’est pas inutile de rappeler que l’une et l’autre ont alors fait scandale. En un temps où les personnalités les plus considérées, les intellectuels les plus réputés, les politiques les plus révérées et les journaux les plus estimés ne cessaient pas de dire que, dans le monde entier, désormais, les idéologies et les camps qu’elles inspiraient étaient ce qui comptait et rien d’autre, affirmer, comme le général de Gaulle le fit que « toutes les idéologies passent » et que « le communisme passera », c’était faire scandale. Annoncer le divorce futur entre Moscou et Pékin alors que l’on proclamait partout que le camp communiste était intangible et monolithique, c’était faire scandale. Affronter les dogmes, les tabous et les rigidités de la Guerre froide, en contestant, effectivement et efficacement le système des blocs c’était faire scandale. Aujourd’hui, après que la dispersion du camp de l’Est et la division de l’Union soviétique, l’ Histoire a tranché : le général de Gaulle avait raison.
Et c’est particulièrement à propos de la Russie que son jugement avait été non conformiste, lucide, et, à certains égards, prophétique. Il en a déduit, comme on le sait, la politique qu’il a suivie. Cela suffit à expliquer que la Russie soit maintenant l’un des pays les plus sensibles et les plus attentifs à sa mémoire et à ce que fut son œuvre. Et que Moscou soit la première ville à avoir voulu qu’une exposition de grande dimension lui soit consacrée. Que nos partenaires russes en soient profondément remerciés.
Dans cette exposition - à laquelle les pages suivantes sont consacrées - c’est à dessein que l’on a réuni les témoignages de l’Histoire et les prémices de l’avenir : le souvenir des hommes de Normandie-Niemen et les préparatifs de la coopération franco-russe pour la conquête de l’espace. C’était la meilleure façon de dire que l’action menée par le général de Gaulle était faite pour être poursuivie et pour durer.