Une nappe de produits chimiques, véhiculée par le fleuve Songhua, qui traverse Harbin, s’est déplacée avec le courant vers le fleuve Amour, dans lequel le Songhua se jette. Du benzène coule dans l’Amour, ce grand fleuve de l’Extrême-Orient russe. Cette région de Sikhote-Aline central (Districts de Ternejski, Krasnoarmejski, Dalnegorski et Pozharski, Région de Primorski) est sur la Liste du patrimoine mondial d’UNESCO depuis 2001.
La nappe toxique, longue de 80 kilomètres, progresse vers la Russie depuis la province chinoise de Jilin, où a eu lieu le 13 novembre l’explosion d’une usine pétrochimique. 100 tonnes de benzène s’étaient déversées dans la rivière. Elle est passée la frontière et devrait arriver à la hauteur de Khabarovsk le 2 ou le 3 décembre 2005, Troitskoe - 4-5 décembre, Komsomolsk / Amour - 7-10 décembre.
Les polluants chimiques venant de Chine ont affecté l’alimentation en eau potable de Khabarovsk, la grande ville de l’Extrême-Orient russe située à la frontière de la Chine. L’eau de l’Amour est consommée par plus de 1,5 million d’habitants de cette région russe, et notamment par les 600.000 résidents de la ville de Khabarovsk. L’état d’urgence est mis en œuvre dès vendredi. Mais l’eau polluée est déjà dans les stations de pompage. Pour se débarrasser de cette pollution, la solution serait de filtrer l’eau avec du charbon actif qui retient les polluants.
L’explosion dans le complexe pétrochimique a libéré une grande quantité de benzène. Il s’agit d’un produit chimique liquide cancérigène, sans couleur, et très inflammable, c’est un dissolvant. Cette pollution représente une menace pour la population et l’environnement. Elle aura des répercussions sur la santé humaine, la chaîne alimentaire et l’écosystème de la région. Le principal risque du benzène pour la santé humaine, c’est l’apparition de leucémies. La Russie portera plainte en fonction des conséquences de cet accident.
Les bouteilles d’eau s’arrachent dans tous les magasins. Afin de répondre à la demande, les fabricants de bière russe ont été mis à contribution pour fournir de l’eau saine aux habitants par le biais de leurs propres forages d’eau. Ces puits ne sont pas connectés avec le fleuve qui fournit la ville en eau.
Fiche technique
L’amour le russe
Fleuve de l’Extrême-Orient, formé par la réunion de la Chilka et de l’Argoun, l’Amour mesure 4 354 km de long depuis la source de l’Argoun, ce qui en fait le quatrième plus long fleuve d’Asie. Longtemps disputé, il matérialise aujourd’hui la frontière entre la Russie et la Chine sur presque 1 600 km avant de recevoir le Songhua Jiang et l’Oussouri et d’entrer définitivement en Russie où il se jette dans le détroit de Tartarie, sur la mer d’Okhotsk, en face de l’île de Sakhaline.
L’amour est un fleuve tout sauf tranquille, son cours est entièrement navigable et la Chilka l’est aussi jusqu’à Sretensk, en Russie. L’Amour est néanmoins fermé à la navigation six mois par an à cause des glaces.
L’Amour est le lieu d’élection du héros de Kurosawa, Derzou Ouzala. Il est aussi le lieu de refuge des esprits. L’Amour règne sur les peuples de Sibérie dont il façonne la vie, inspire l’art, les traditions, les croyances.
La taïga russe constitue sans doute le symbole le plus marquante et le plus reconnue de la diversité et de la spécificité de la faune russe. La région compte 43 espèces de mammifères et 204 espèces d’oiseaux. Citons la zibeline, l’ours brun, la biche, l’élan, le castor, la martre, la loutre, l’hermine, l’écureuil, la belette, le coq de bruyère, l’oie, le canard siffleur, la sarcelle, le saumon. Le fleuve est source de subsistance, c’est l’un des fleuves les plus poissonneux au monde.
La région de Primorsky Kray est victime d’une des plus importantes catastrophes écologique de l’histoire. Cette catastrophe focalisa l’attention du monde entier sur la situation précaire de la taïga russe, une région écologiquement riche, mais en même temps extrêmement fragile.
"Prix Nobel" de la nature
Dans le cadre d’un projet plus vaste de protection de l’environnement en Russie, Greenpeace s’est engagée à ajouter un certain nombre de territoires de Russie à la liste des patrimoines mondiaux de l’Unesco. L’objectif est d’assurer la pleine protection de la biodiversité en Russie à court terme, mais aussi à long terme, en élaborant des projets d’investissements alternatifs et respectueux de l’environnement.
Dès juin 1992, Greenpeace souhaiterait voir figurer sur la liste de l’Unesco ce site de Primorsky Kray en Extrême-Orient (4 millions d’hectares). C’est sans doute l’un des projets les plus pressants, d’autant plus que ce territoire est le dernier refuge de deux espèces en voie de disparition : le tigre et le léopard de Sibérie.
Situées à l’extrémité orientale de la Russie, les forêts de Primorsky Kray constituent la plus grande étendue de forêts encore intactes du continent. Les écosystèmes y sont des plus diversifiés et riches, passant progressivement de la forêt boréale au Sud à la taïga subarctique au Nord. Les forêts, montagnes, marécages et rivières de la région servent aussi de refuge à de multiples espèces, telles que l’ours brun, le castor, la loutre, l’aigle à queue blanche et autres espèces animales rares comme le renard polaire.
Cette région est actuellement soumise à de fortes pressions d’ordre économique. C’est Greenpeace qui a jeté les bases afin que les vastes écosystèmes de Russie soient reconnus au niveau international.
Sikhote-Aline central, Fédération de Russie (Districts de Ternejski, Krasnoarmejski, Dalnegorski et Pozharski, Région de Primorski) est sur la Liste du patrimoine mondial d’UNESCO depuis 2001
La chaîne de montagnes de Sikhote-Alin abrite l’une des forêts tempérées les plus riches et les plus insolites du monde. C’est une zone mixte entre la taïga et les régions subtropicales où des espèces du Sud comme le tigre et l’ours de l’Himalaya cohabitent avec des espèces du Nord comme l’ours brun et le lynx. Le site qui s’étend depuis les sommets de Sikhote-Alin jusqu’à la mer du Japon est important pour la survie de nombreuses espèces menacées comme le tigre de l’Amour.
Le site proposé est représentatif de l’une des régions naturelles les plus particulières du monde. L’association de l’histoire glaciaire, du climat et du relief a favorisé le développement des forêts tempérées et les plus originales du monde. Le taux de plantes et d’invertébrés endémiques, comparé à celui d’autres écosystèmes tempérés, est extrêmement élevé et a donné des assemblages inhabituels de plantes et d’animaux. Par exemple, des espèces subtropicales telles que le tigre et l’ours de l’Himalaya partagent le même habitat avec des espèces typiques de la taïga du nord telles que l’ours brun et le rennes. Le site est également important pour la survie d’espèces en danger telles que harle de Chine, l’aigle pêcheur de Blakiston et le tigre de l’Amour.