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2005

    

La mémoire du métropolite orthodoxe russe Vladimir (Tikhonicky)


Le 18 décembre 1959 - 2005

Le métropolite Vladimir (Tikhonicky) a laissé la mémoire d’un très saint hiérarque, plein de simplicité et de douceur, un homme de prière, fidèle en toutes choses à la Parole de Dieu. Il dirigea pendant treize ans l’Exarchat du Patriarcat œcuménique pour les paroisses russes en Europe occidentale avec beaucoup d’abnégation.

Le métropolite Vladimir (Tikhonicky) a laissé la mémoire d’un très saint hiérarque, plein de simplicité et de douceur (à l’image de son nom de famille, en russe « тихо » signifie doux, calme), un homme de prière, fidèle en toutes choses à la Parole de Dieu. Il dirigea pendant treize ans l’Exarchat du Patriarcat œcuménique pour les paroisses russes en Europe occidentale avec beaucoup d’abnégation, continuant l’œuvre entamée par son prédécesseur, le métropolite Euloge, dans la fidélité à la tradition orthodoxe russe, qu’il incarnait lui-même pleinement, mais en même temps avec la conscience sûre et ferme de la nécessité d’organiser une véritable Église locale et de célébrer, là où le besoin s’en faisait sentir, dans les langues occidentales.

Le métropolite Vladimir est né le 22 mars 1873, dans la petite ville d’Orlov, dans la province de Viatka, en Russie. À son baptême, il avait reçu le prénom de Viatcheslav. Il appartenait à une vieille famille du clergé : son père, l’archiprêtre Michel Tikhonicky fut assassiné en 1918 par les bolcheviques (il a été canonisé par l’Église orthodoxe russe en 2002) ; l’un de ses frères deviendra plus tard lui aussi évêque en Russie et mourut archevêque de Kirov (Viatka), en 1957.

Après ses études au séminaire diocésain de Viatka, Viatcheslav entre à l’Académie de théologie de Kazan (1893-1998), qui était spécialisée dans le travail missionnaire. Durant ces années d’études, sous l’influence de la forte personnalité du recteur de l’Académie à l’époque, l’évêque Antoine (Khrapovitskiï), il prononce ses vœux monastiques et reçoit le nom de Vladimir (1897). L’année suivante, il est ordonné hiéromoine (prêtre-moine) et est envoyé en tant que missionnaire en Kirghizie. En 1901, il est nommé par le saint-synode de l’Église russe directeur de la Mission orthodoxe de Kirghizie et élevé au rang d’archimandrite.

Déplacé ensuite auprès de l’évêque du diocèse d’Omsk (Sibérie), puis au monastère de Souprasl, à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, qui faisaient à l’époque parties de l’Empire russe, il est élu en par le Saint-synode évêque de Bialystok, auxiliaire du diocèse de Grodno. Son ordination épiscopale a lieu, le 3 juin 1907, à la laure Saint-Alexandre-Nevsky, à Saint-Pétersbourg, sous la présidence du métropolite Antoine (Vadkovskiï). Durant les années 1910-1913, il lui arrive fréquemment de remplacer dans son diocèse l’archevêque Euloge de Chelm, qui est retenu à Saint-Pétersbourg où il siège comme député de la Douma. Après l’évacuation du diocèse de Grodno lors de l’offensive militaire allemande de 1914, l’évêque Vladimir se trouve logé à Moscou, au monastère du Miracle-de-Saint-Michel, en plein cœur du Kremlin. Au début du mois de mars 1917, au lendemain de l’abdication du tsar Nicolas II, il accompagne l’archevêque (futur patriarche) Tikhon (Biéllavine) à Kolomenskoïé, l’ancienne résidence des tsars près de Moscou, où vient d’apparaître, de manière significative, l’icône miraculeuse Notre-Dame Souveraine et il participe au premier office liturgique célébré devant cette précieuse relique.

Membre du Concile de l’Église russe de 1917-1918 à Moscou, en tant que représentant du diocèse de Grodno, il participe aux travaux des trois sessions du concile, avant de retourner, à l’automne 1918, à Bialystok, qui fait désormais parti de la République de Pologne, proclamée après la fin de la première guerre mondiale. Là, il est chargé par le patriarche Tikhon de Moscou de diriger, avec les prérogatives d’évêque diocésain, les paroisses de la région de Bialystok, qui sont désormais séparées par la frontière du reste du diocèse de Grodno. En 1923, il est élevé au rang d’archevêque par le patriarche. La même année, ayant exprimé son désaccord avec les actions du métropolite Denis de Varsovie visant à obtenir la proclamation de l’autocéphalie de l’Église orthodoxe en Pologne, l’archevêque Vladimir est arrêté par les autorités civiles polonaises et est mis en résidence surveillée dans un monastère pendant un an, avant d’être expulsé vers la Tchécoslovaquie. À Prague, il retrouve Mgr Euloge, qui dirige depuis déjà trois ans les églises orthodoxes russes en Europe occidentale, et qui lui propose d’être son auxiliaire en France, pour les paroisses de la Côte d’Azur (Nice, Menton, Cannes, Toulon).

L’archevêque Vladimir s’installe en février 1925 à Nice où il devient recteur de la cathédrale Saint-Nicolas et des églises qui lui sont rattachées. Pendant vingt ans, il y mène la vie de recueillement et de prière à laquelle il avait toujours aspiré. En 1930, l’archevêque Vladimir soutient la position du métropolite Euloge face au Patriarcat de Moscou qui souhaitait démettre Mgr Euloge de ses fonctions, au motif qu’il aurait pris position politique, en participant à des rencontres de prière œcuménique pour les chrétiens persécutés en Russie, alors que le métropolite Serge de Nijni Novgorod qui faisait fonction de remplaçant du locum tenens du trône patriarcal de Moscou niait publiquement l’existence de telles persécutions. Mgr Vladimir refuse d’appliquer le décret du métropolite Serge lui confiant l’administration du diocèse à la place de Mgr Euloge. Il renouvelle encore son soutien à ce dernier l’année suivante, quand le métropolite Euloge se rend à Constantinople pour faire appel de la décision du patriarcat de Moscou auprès du Patriarche œcuménique, lequel le reçoit avec son diocèse et ses paroisses sous sa juridiction. Durant la deuxième guerre mondiale, les communications avec Mgr Euloge et l’Administration diocésaine étant coupées par la ligne de démarcation, Mgr Vladimir reçoit le droit d’administrer, avec les prérogatives d’évêque diocésain, les paroisses de l’Exarchat dans le Sud de la France, en l’Italie et en Afrique du Nord.

Vers la fin de la guerre, la France libérée, le métropolite Euloge, dont les forces physiques déclinent, l’appelle d’urgence à Paris, au début de l’année 1945, et lui confie l’administration du diocèse durant sa maladie. Le 2 septembre 1945, l’archevêque Vladimir concélèbre aux côtés du vieux métropolite Euloge avec la délégation envoyée à Paris par le Patriarche de Moscou Alexis I pour sceller la réunification avec le Patriarcat de Moscou. A la mort du métropolite Euloge (8 août 1946), l’archevêque Vladimir assume les fonctions de locum tenens à la tête de l’Exarchat.

Antoine Kartachov écrira plus tard de ces instants dramatiques « Avant sa mort, le métropolite Euloge plaça de lui-même son exarchat sur la lame du glaive et d’un schisme inéluctable, qui quoi qu’il en soit aurait eu lieu. Le métropolite Euloge, de manière non-conciliaire (безсоборно), sans écouter la voix de la conscience de la majorité écrasante des clercs et des laïcs, décida de soumettre l’Église de la diaspora au gouvernement ecclésial officiel de Moscou. Tout fut fait de manière la plus secrète possible : tous furent placés devant le fait accompli, en dépit des contacts nécessaires pour la forme avec l’instance canonique légale du patriarcat de Constantinople. L’affaire fut engagée si loin qu’il semblait impossible de reculer. En mourrant, le métropolite Euloge posa sur les épaules et sur la conscience de ses confrères-évêques et en particulier de celui en qui il voyait son successeur, l’archevêque Vladimir, un poids presque inhumain : engager en sens inverse toute cette bruyante agitation de manifestations démonstratives et, on peut le dire, démagogiques, et la soumettre à un réexamen à l’aune de la conciliarité » (Жизненный путь митрополита-экзарха Владимира. П., 1957).

En effet, Mgr Vladimir montre alors une grande force de caractère, de fermeté de conviction et de justesse de vue, en refusant le diktat que veut imposer à l’Exarchat le Patriarcat de Moscou, qui a déjà décidé, par un décret daté du lendemain même de la mort de Mgr Euloge, que « la juridiction provisoire du patriarcat œcuménique sur les paroisses russes en Europe occidentale, instaurée en 1931, a formellement et de facto cessé d’exister, et que ces paroisses sont à nouveau placées dans la juridiction indivisible du patriarcat de Moscou, ce dont sera informé le patriarche œcuménique Maximos » (Журнал Московской Патриархи, M., 1946, n° 9, p. 7). Le même décret a aussi nommé comme successeur au métropolite Euloge l’ancien évêque de l’Église russe hors-frontières à Paris, le métropolite Séraphin (Loukianov), qui après s’être compromis avec les Allemands durant la guerre est rentré dans le giron de l’Eglise de Moscou et a pris la nationalité soviétique. « J’en prends acte pour information, mais pas pour exécution », répond Mgr Vladimir au métropolite Grégoire de Leningrad qui l’avait convoqué à l’ambassade soviétique à Paris, le 14 août, pour lui remettre le décret du synode de Moscou.

« Le métropolite Séraphin était nommé à la tête du diocèse du métropolite Euloge décédé [...] C’était impossible à croire : l’ennemi juré du métropolite Euloge, l’homme qui s’était conduit en véritable hitlérien pendant la guerre, devenait le successeur du fondateur de notre diocèse [...] Autre détail, lui aussi étonnant : cette nomination eut lieu le lendemain même du décès du métropolite, alors qu’un usage très pieux, très respecté dans l’Eglise russe, exigeait que la nomination à une chaire devenue vacante par décès, n’intervient qu’au 40e jour après la mort de son titulaire. Détail plus étonnant encore : cette nomination était intervenue alors que les lettres dimissoriales du patriarcat œcuménique de Constantinople n’avaient pas encore été reçues par le métropolite Euloge. [...] Cette nomination faisait apparaître la façon de faire habituelle aux soviets, et qui consistait à mettre au poste de responsabilité des hommes ’mouillés’, ce qui leur permettait de les tenir en mains et, ainsi, d’être les maîtres de la situation », écrira à ce sujet, dans ses mémoires, le protopresbytre Alexis Kniazev.

Une Assemblée générale extraordinaire de l’Exarchat, réunie le 16 octobre 1946, à l’Institut Saint-Serge à Paris, confirme la décision courageuse du métropolite Vladimir et l’élit comme successeur du métropolite Euloge à la tête de l’Exarchat. Le saint-synode du Patriarcat œcuménique entérine peu après cette élection, le 6 mars 1947, et Mgr Vladimir est élevé, le 8 juillet de la même année, au rang de métropolite. L’année suivante le métropolite Vladimir accueille en personne le patriarche œcuménique Athénagoras qui lors d’une brève escale à Paris visite la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky et l’Institut Saint-Serge. Mgr Vladimir témoigne une nouvelle fois de sa fidélité au Patriarcat œcuménique, lorsqu’en 1950 il fait un geste en direction de l’Eglise russe hors-frontières, proposant à son primat, le métropolite Anastase (Gribanovskiï), un projet de réunification des paroisses des deux juridictions sous l’autorité de Mgr Anastase, mais dans l’obédience du Patriarcat de Constantinople.

Lors de l’Assemblée diocésaine de 1949, Mgr Vladimir lance un appel prophétique à l’unité de tous les orthodoxes installés en Europe occidentale, sans distinction d’origines ethniques ou nationales, dans le cadre d’une Église locale : « Unissons-nous tous dans une seule Eglise dans les pays où Dieu nous a conduit, nous et nos frères orthodoxes. Faisons tous nos efforts pour édifier une Eglise orthodoxe unifiée en Europe occidentale ». Dans le prolongement direct de cet appel, au cours des années suivantes, le métropolite Vladimir, qui témoigne d’un grand souci de l’avenir des enfants de l’émigration russe en voie d’assimilation dans leurs pays d’accueil ainsi que du devenir des occidentaux qui entrent dans la communion de l’Eglise orthodoxe, donne sa bénédiction aux différentes initiatives qui apparaissent çà et là dans certaines paroisses de l’Exarchat, à Paris, à Nice, en Belgique, en Allemagne et au Danemark, pour célébrer la liturgie dans les langues locales.

En 1957, le métropolite Vladimir fête avec modestie un jubilée assez rare : son cinquantenaire d’ordination épiscopale. Des messages de salutation lui sont envoyés de la part de toutes les organisations de l’émigration russe. Après une longue maladie, le métropolite Vladimir s’éteint paisiblement à l’âge de 86 ans, le 18 décembre 1959, la veille de la fête de la Saint-Nicolas (suivant le calendrier julien), dans son petit appartement, auprès de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, rue Daru, à Paris, avec ses dernières paroles : « Gloire à Toi, qui nous a fait voir la lumière ». Il est enterré dans la crypte de l’église de la Dormition, auprès du cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).

Dénué de toute ambition, le métropolite Vladimir n’a jamais cherché le pouvoir. Il y a été porté par les circonstances. Il ne cachait pas que le pouvoir lui pesait, qu’il ne se sentait pas fait pour lui. Son extrême simplicité, sa bienveillance envers tous, sa vie ascétique dans la prière continuelle, mais aussi sa fidélité totale aux canons de l’Eglise, lui ont valu l’estime générale dans le monde orthodoxe. « Il était un des doux auxquels appartient le Royaume. Sa douceur était son arme, c’est par elle qu’il dominait », écrira de lui l’archimandrite Lev Gillet (Messager Orthodoxe, 1959, n° 8).


Portrait spirituel de Mgr Vladimir

Ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, de l’approcher, se souviennent de sa frêle silhouette, de son visage paisible, souriant, rayonnant même ; de son regard bleu qui traduisait si bien la transparence d’une âme apaisée, confiante, bienveillante à tous, soucieuse avant tout de montrer la voie du salut. Russe et moine par excellence, le deuxième état lui était aussi organique, si l’on peut dire, que le premier. Sa tranquille douceur, sa modestie, son amour du prochain et son goût pour l’église étaient autant de dispositions naturelles qui le prédisposaient à la voie qu’il avait choisie. Quelques témoignages nous permettent de nous représenter un peu ce que furent le cadre, et l’atmosphère familiale et spirituelle de son enfance. Il grandit à Orlov, petite ville du diocèse de Viatka, en cette région du nord-est de la Russie dont la beauté est celle de la Russie du nord : une beauté sévère et grandiose, avec ses espaces infinis et silencieux, ses rivières profondes, ses forêts épaisses et hautes, à perte de vue, ses lacs immenses, grands comme des mers intérieures, son climat continental très contrasté avec des hivers très rudes et des printemps enchanteurs. On imagine combien l’ont marqué d’inoubliables impressions ces paysages dont son regard d’enfant et d’adolescent a été si longtemps imprégné. De tels paysages sont particulièrement propres à révéler l’omniprésence divine, Sa toute puissance, l’inégalable harmonie du monde créé. Ils suscitent une admiration faite de respect et d’amour pour le Créateur de toutes ces merveilles, et enseignent l’énergie et l’humilité, vertus que nous verrons remarquablement associées chez le Métropolite Vladimir. Élevé dans une famille ecclésiastique pauvre, toute entière vouée au service de l’Église, fils et petit-fils de prêtres qui ont laissé le souvenir de leur douceur, de leur modestie et de leur dévouement ; comment le jeune Viatcheslav n’aurait-il pas reçu de l’existence même qui s’accomplissait autour de lui, les meilleures leçons ? Mais, nous avons plutôt le sentiment que ces leçons ont été des imitations spontanées, naturelles, tant le futur hiérarque se signale déjà, à cette époque, comme revêtu des qualités qu’on lui connaîtra plus tard. Il suivit donc naturellement la voie empruntée par son ascendance paternelle et grand paternelle. Nous le retrouvons à l’école ecclésiastique, modeste jusqu’à l’effacement, soucieux de ne point se fier à soi-même et d’accomplir en toutes choses la volonté de Dieu, et attendant patiemment qu’elle lui indique son chemin propre. Élève discret et travailleur, il passa sans difficulté au séminaire qu’il termina troisième, puis à l’Académie de Théologie de Kazan. C’est là que se dessinent et se confirment les composantes qui constitueront successivement et parallèlement sa personnalité de hiérarque et son chemin terrestre : le moine (et le hiéromoine dans la mission Kirghize), le hiérarque moine et missionnaire. Elles vont s’allier étroitement, fortifiées et enrichies par les expériences, les épreuves et la sanglante tragédie qui va bouleverser la Russie et sa propre famille.

C’est à l’Académie de Kazan, que Viatcheslav Tikhonitsky devint moine. Il y paraît porté par sa nature profonde et depuis longtemps s’y prépare. Nous avons ici le témoignage de l’un de ses anciens condisciples de l’Académie de Kazan, l’archiprêtre Nicolas Perekhvalsky, qui lui écrivit ses impressions d’alors à l’occasion de son jubilé épiscopal : « Je me souviens clairement comment, à l’église de l’Académie, vous avez reçu la Tonsure monastique. Cela m’a laissé une forte impression. Je me rappelle l’élévation de votre esprit lors de nos rencontres personnelles, votre vie d’ascèse et de prière dans la cellule que vous occupiez, votre éloignement total des distractions dissipées du monde, votre humilité, votre douceur, votre angélique paix intérieure, qui justifiait le nom de famille dont vous avez hérité : Tikhonitsky. » C’était le 27 septembre 1897. Il avait vingt quatre ans. Le portrait est déjà tracé. Il reviendra, au fil des témoignages, inchangé, toujours aussi édifiant. Le trait dominant de sa personnalité, hérité de son ascendance paternelle, comme nous l’avons vu, est cette naturelle et évangélique douceur, qui se met au service de l’état monastique : « Bienheureux les doux car ils hériteront la terre. » Elle accompagne le désir d’une vie cachée, le goût de la solitude, la disposition à la prière, l’acceptation de l’obéissance, l’abandon à la volonté de Dieu. Elle dispose à l’amour du prochain, porte à l’humilité. Elle prépare la paix intérieure et son rayonnement. Elle va permettre le bel épanouissement de l’ascèse monastique, qui conditionnera bientôt les successives expériences du hiéromoine missionnaire, celles de l’higoumène, enfin celles du hiérarque missionnaire. « Règle de prière et de continence » : ces paroles du tropaire des Saints Hiérarques furent souvent appliquées à Monseigneur Vladimir, homme de prière et d’ascèse. Il avait pris l’habitude de la prière dans son enfance. Sa vie familiale dans l’Église, son attitude d’écolier le révèlent déjà. Telle sera la règle de toute sa vie. Les activités intenses du hiéromoine missionnaire qui galopait d’un poste à l’autre chez les Kirghizes n’ont été extérieures qu’en apparence : c’est la vie liturgique, sommet de la prière pour le prêtre, qui les accompagne et les porte. « Priez sans cesse ! » dit l’Apôtre. Il y puisait l’ardeur de son apostolat, que commandent des exigences multiples : les fonctions pastorales, l’enseignement, la constante disponibilité à autrui, le secours matériel aux plus défavorisés. Partout et en tout, il donnait l’exemple d’une foi qu’animait la force de la prière. Un épisode remarquable relatif à cette période nous est rapporté : l’exorcisme du lac Shaitankoul (lac du diable), dont il calma la tempête en bénissant les eaux au péril de sa vie. La violence du vent faillit le pousser dans les flots déchaînés. « Priez ! » ordonna-t-il. Et dès qu’il eût plongé la croix, la tempête s’apaisa. Ces quelques traits révèlent une foi vivante, parce que vécue ; une foi dont le caractère répugne à la théorie. Pourquoi, sinon, avoir choisi, avec la Mission,la voie pratique du service de l’Église ? Mais la voie pratique qu’est la voie monastique n’est pas autre chose que l’ascèse. A l’ascèse dans le monde particulier de la Mission en Sibérie va succéder l’ascèse monastique proprement dite : higoumène du monastère de l’Annonciation à Souprasl il accompagne et guide ses frères qui sont soumis à une règle rigoureuse. Le temps relativement court de cet higouménat apparaît comme une expérience complémentaire à celle de la Mission, et une préparation providentielle aux difficultés qui attendent le futur hiérarque. L’archimandrite et higoumène Vladimir a vécu là l’unique période de sa vie dans un monastère, à l’écart du monde. Ce dut être pour lui un temps heureux et béni, que celui où il pouvait satisfaire à ses dispositions ascétiques, fortifiées par sa récente rencontre avec le Père Jean de Kronstadt : voici qu’il se trouvait encore confirmé dans l’attitude spirituelle qu’il savait la plus haute, la plus pure, la plus efficace. Et l’on peut dire que son expérience monastique, incomparablement riche au monastère de l’Annonciation, assura la meilleure transition avec la dernière étape de son chemin terrestre, celle de l’archiépiscopat missionnaire. Bientôt sacré évêque à Saint-Pétersbourg, il est nommé évêque-vicaire à Biélostok qui dépend de l’archidiocèse de Grodno. Il se trouve vite lié à Monseigneur Euloge qui l’estime précisément pour ses qualités de moine, et écrit dans ses Mémoires : « L’évêque Vladimir me soutenait par l’élévation de sa prière, par sa douceur et son humilité. Il conquit le respect et l’affection de mon troupeau de Holm. » Le même Monseigneur Euloge a été inspiré, lorsqu’en continuant sa vie d’évêque diocésain, il choisit de conserver à ses côtés le même évêque-vicaire (devenu archevêque), quand le Patriarche Tikhon le nomma métropolite des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale. Cet homme de prière que fut Monseigneur Vladimir réussit à transfigurer la vie mondaine de Nice en un centre spirituel rayonnant et connu pour sa pieuse vie liturgique. Il pouvait sembler que la nomination de Monseigneur Vladimir comme premier vicaire de cet énorme diocèse, qui, encore aujourd’hui, couvre presque toutes les grandes villes d’Europe occidentale (ce qui explique la nécessité impérieuse de plusieurs évêques vicaires) lui apportât la tentation du découragement. Il n’en fut rien : soutenu par la prière et fidèle à une obéissance monastique totale, il attira sur lui et son troupeau de Nice de telles grâces du Dieu bon et source de tout bien, que cette étape de sa vie l’a élevé à la hauteur d’un saint hiérarque très semblable à saint Nicolas lui-même, tel qu’il est chanté dans le tropaire : « La vérité de tes œuvres, ô père et pontife Nicolas, t’a rendu, pour ton troupeau, règle de foi, modèle de douceur, maître de tempérance. Aussi, as-tu obtenu par ton humilité, l’exaltation, par ta pauvreté, la richesse. Prie le Christ de sauver nos âmes ! » Cette relation avec saint Nicolas, qui est devenue une amitié intime, pour ne pas dire une certaine familiarité, est la marque de l’authentique hiérarque orthodoxe. Le diocèse de l’archevêque des Églises Orthodoxes Russes en Europe occidentale a reconnu en ce type de hiérarque l’idéal de l’évêque orthodoxe dans l’Europe contemporaine. Les célébrations à Nice dans la cathédrale Saint-Nicolas ont si fortement inspiré une foule d’enfants spirituels que la mémoire de Monseigneur Vladimir est restée vivante jusqu’à nos jours. On peut encore rencontrer dans nos maisons de retraite des orthodoxes d’un certain âge qui pieusement, matin et soir, accomplissent la règle de prière qui leur a été imposée par celui qui est toujours leur Père. En effet, le lieu ne sauve pas. Le lieu est sauvé par la présence des hommes charismatiques, tel que fut Monseigneur Vladimir. Il aima tant cette ville de Nice et le troupeau de son vicariat, que lorsqu’il fut appelé par Dieu à siéger sur le trône archiépiscopal et métropolitain à Paris en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky (cathédrale de l’évêque qui dirige le diocèse), il fut attristé de laisser derrière lui cette partie de la France, cette vigne où il avait tant œuvré. Nous pouvons observer par la suite le même phénomène à Paris : la cathédrale Saint Alexandre Nevsky a été transfigurée par sa douce présence, et ses célébrations liturgiques élevaient jusqu’au ciel, à la manière humble et pieuse dont il les accomplissait. Sa minuscule cellule de la maison attenante à la cathédrale était devenue le cœur, en vérité, de son immense diocèse. Jour et nuit, sans repos, il intercédait pour l’église et les orthodoxes que Dieu lui avait confiés. Le nombre de ses prières et de ses prosternations est connu de Dieu seul. Il cherchait toujours à s’instruire davantage de l’Écriture Sainte, et pratiquait quotidiennement le Nouveau Testament, le psautier, les canons, et toutes les autres Écritures traditionnelles de l’Église. Il se faisait accompagner par le Père Jean de Kronstadt en lisant chaque jour un extrait de ses écrits spirituels. Son âge et sa santé fragile lui avaient rendu les voyages pénibles, mais sans cesse la prière de Jésus jaillissait du fond de son cœur, et faisait apparaître cette source d’eau vivante, la vie dans l’Esprit-Saint, dont l’acquisition, nous dit saint Séraphin de Sarov, est le but de la vie chrétienne. Il lui arrivait de se reposer quelque temps à Rozay-en-Brie. Ceux qui l’ont vu là-bas se souviennent de sa silhouette blanche et de son regard lumineux lorsqu’il priait au jardin devant les saintes icônes fixées à un arbre. Lors du jubilé de Monseigneur Vladimir (cinquante ans d’épiscopat) le 16 juin 1957, un témoin écrit (article du Messager de l’ACER, daté du 16 juin 1957) : « Nous savons qu’il n’y a rien d’aussi nécessaire au monde en ces pénibles et terribles années que subit la Russie, et avec elle tout l’univers, que le recours à Dieu dans la prière. Notre force dans le monde se mesure à notre prière ; notre action n’est fructueuse que dans la mesure où elle est inspirée par la prière. Or, c’est à cause de sa pratique constante de la prière, et de la conscience de son efficacité à notre égard, que nous nourrissions pour la personne de Monseigneur Vladimir une si haute estime. » Comment ne pas citer encore quelques paroles de l’archiprêtre Basile Zenkovsky, prononcées aux obsèques de Monseigneur Vladimir : « Notre archevêque semblait rayonner de la lumière intérieure qui provenait de sa prière ininterrompue. Par ses actions, par sa vie, Monseigneur en tout servait Dieu, comme s’il se tenait toujours en Sa présence... » L’archiprêtre Basile lui applique plus loin les paroles du tropaire des Saints Hiérarques : « Règle de foi » en ce qu’il s’adonnait constamment à la prière. « Sans avoir prié, ajoute-t-il, Monseigneur ne prenait aucune décision. » « Vers la fin de sa vie, écrit Pierre Kovalevsky, il donnait l’impression de ne plus tenir que par la prière. » Nous savons qu’il est mort « la prière sur les lèvres » et que ses dernières paroles furent : « Tous les Saints, priez Dieu pour nous ! » La prière est le centre de l’activité monastique qu’est la vie angélique, comme elle doit être celle de tout chrétien. Elle est aussi la charnière entre la foi et l’humilité. Comment prier si l’on n’a pas une foi absolue, non seulement en l’existence de Dieu, mais en Son amour, confondu en Sa vérité ? Et comment avoir l’expérience de Son amour sans la prière ? Comment se fier à soi-même, vouloir pour soi-même, quand on a goûté à Son amour ? Voici qu’alors on ne peut désirer que Sa volonté, et s’y soumettre. Ceci, Monseigneur Vladimir l’a toujours su. A aucun moment de sa vie, semble-t-il, il n’a mis en doute, il n’a voulu pour lui-même. Adolescent encore, il attend que Dieu lui montre sa voie. Devenu hiéromoine missionnaire, il accomplit, développe tous ses dons spirituels, et le fait avec tant d’ardeur et d’amour qu’il réussit, que ses supérieurs le remarquent et l’estiment. Le voici archimandrite, chef de mission. Il est heureux parmi les Kirghizes, a su se faire aimer et souhaite demeurer parmi eux. Mais il est appelé à d’autres fonctions, très loin de là. Depuis le sud-est sibérien il traverse la Russie jusqu’au nord-ouest, pour un pays inconnu et la charge d’un monastère. Il obéit. Il accepte l’épiscopat, puis l’archiépiscopat par obéissance. Il y consacre toutes ses forces, s’attache à son troupeau, sert l’Église avec rigueur et énergie quand les circonstances l’exigent. Monseigneur Euloge fait de lui son archevêque-vicaire à Nice et c’est encore l’obéissance. La dernière, la plus lourde, quand tant d’épreuves se seront jointes à l’âge pour l’affaiblir, sera de succéder à Monseigneur Euloge. Il n’aura connu aucun repos. Les séjours à Rozay-en-Brie, pourtant nécessaires à sa santé, ne le dispensaient jamais des affaires du diocèse, qu’il traita jusqu’aux derniers jours de sa vie. Douceur, prière, obéissance : nous sommes parvenus à l’humilité dont il avait si fidèlement emprunté le chemin. On ne peut pas parler de l’humilité, car elle est une vertu divine. On peut l’acquérir par l’incessant combat spirituel, on peut l’admirer chez ceux qui l’ont atteinte. Il semble que Monseigneur Vladimir fut de ceux-là. Trop de témoignages émus concordent pour l’affirmer, et les mots employés traduisent plus que du respect : il inspirait une admiration qui confondait les cœurs et qui était simplement de l’amour. Nous avons vu qu’il était naturellement porté à aimer, qu’il s’est fait aimer partout où ses fonctions l’ont placé : c’est là aussi un trait dominant de sa personnalité, mais l’ascèse monastique a supérieurement épanoui cette disposition. Une si belle capacité d’amour ne se développe en effet que grâce à l’humilité, à la douceur, à la paix intérieure. Etre « doux et humble de cœur », c’est être semblable au Christ. A cette ressemblance il tendait, comme tout homme véritablement spirituel. Nous avons ici enfin la dernière et la plus haute image du moine qu’il a été, ainsi qu’il a semblé au Père Basile Zenkovsky (et à beaucoup d’autres sans doute) : « C’est dans l’humilité, dans la prière, dans l’entière confiance de son abandon à Dieu qu’il puisait sa force, et que sa personnalité connut le bel épanouissement devant lequel les hommes s’inclinent toujours. » [...]



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PARIS, 5 juil 2008 (AFP) - 11:28
Energie: l'UE doit se libérer de sa dépendance vis-à-vis de la Russie (Mandil)
PARIS, 5 juil 2008 (AFP) - 10:57
Energie: l'UE doit se libérer de sa dépendance vis à vis de la Russie (Mandil)
PARIS, 4 juil 2008 (AFP) - 18:01
Porteurs d'emprunt russes: pétition à l'UE pour faire valoir leurs droits
MOSCOU, 4 juil 2008 (AFP) - 17:28
Les députés russes votent la baisse des taxes sur les compagnies pétrolières
ACHKHABAD, 4 juil 2008 (AFP) - 16:03
La Russie peine à garder la haute main sur la manne gazière turkmène
ACHKHABAD, 4 juil 2008 (AFP) - 15:44
Pas d'avancée sur le prix du gaz turkmène vendu à la Russie
ACHKHABAD, 4 juil 2008 (AFP) - 15:09
Russie/pétrole : des mesures fiscales vont stimuler la production (ministre)
ACHKHABAD, 4 juil 2008 (AFP) - 15:05
Russie-pétrole : des mesures fiscales vont stimuler la production (ministre)
TANGER (Maroc), 4 juil 2008 (AFP) - 14:43
La filiale immobilière de Gazprom va investir 1 milliard d'euros au Maroc
ACHKHABAD, 4 juil 2008 (AFP) - 11:19
La Russie veut acheter plus de gaz turkmène (Gazprom)
BAKOU, 3 juil 2008 (AFP) - 18:44
Medvedev à Bakou pour attirer le gaz azerbaïdjanais vers la Russie
MOSCOU, 3 juil 2008 (AFP) - 17:00
La Cour suprême russe refuse d'annuler les résultats des législatives
MOSCOU, 3 juil 2008 (AFP) - 15:44
Kasparov exhorte les Occidentaux à ne pas se faire d'illusion sur Medvedev
BAKOU, 3 juil 2008 (AFP) - 15:23
Production pétrolière stable en Russie dans les années à venir (Gazprom)
BAKOU, 3 juil 2008 (AFP) - 15:06
Le baril de pétrole bientôt à 250 dollars (Gazprom)

 

 

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