La majorité des 129 otages, morts au cours ou après l’assaut du théâtre par les forces spéciales russes, ont été victimes de l’indifférence criminelle des responsables de l’opération d’évacuation des otages. Telle est la conclusion de la commission publique d’enquête sur les circonstances de l’opération organisée par le parti Souz Pravykh Sil (Union des Forces de droite).
Rappelons, qu’à la fin du mois d’octobre, ce parti avait proposé à la Douma la formation d’une commission d’enquête parlementaire pour étudier les circonstances et les causes de la prise d’otages à Moscou.
Toutefois, les députés avaient refusé cette initiative et le parti avait alors annoncé son intention de mener une enquête publique. Cette dernière devait répondre à trois questions principales : Qui porte la responsabilité de l’entrée sans encombre au centre de Moscou d’un groupe terroriste armé ? Pourquoi, lors de l’évacuation des otages, n’y avait-il pas assez d’ambulances, d’équipements de réanimation, pourquoi un hôpital de campagne n’a-t-il pas été organisé ? Qui a organisé le blocus d’informations aux familles des victimes sur l’état de santé de leurs proches et leur lieu d’hospitalisation ?
Les résultats de la commission montrent une grave désorganisation de l’opération d’évacuation des otages :
ceux-ci ont attendu trop longtemps avant qu’une aide médicale leur soit apportée ou qu’ils soient évacués vers les hôpitaux.
L’utilisation d’un gaz contenant du Fentanyl a été tenue secrète ainsi que ses conséquences possibles sur la santé et les mesures nécessaires à prendre pour protéger la vie des otages.
Le transport des otages et leur installation sur le dos au lieu de la position d’usage sur le côté pour des personnes sans connaissance a entraîné la mort par asphyxie.
Il manquait un coordinateur pour superviser le travail du personnel médical à la sortie du bâtiment.
Un tri rapide des victimes selon la gravité de leur état n’a pas été fait.
Aucun lieu d’installation temporaire des victimes avec les moyens nécessaires à une réanimation rapide n’a été organisé.
La circulation des ambulances et des autobus d’évacuation a été gênée.
Les victimes transportées en groupe dans des autobus n’étaient pas accompagnées par du personnel médical suffisant pour effectuer des réanimations.
La coordination entre les forces spéciales, les sauveteurs et les services d’urgence n’a pas été organisée.
Les services médicaux militaires n’ont pas été appelés alors qu’ils disposent des méthodes et connaissances nécessaires pour faire face à de telles situations.
Enfin, la distribution des victimes dans les différents hôpitaux n’a pas été faite de manière égale, certaines structures se trouvant débordées tandis que d’autres auraient pu les soulager.
Les initiateurs de cette enquête auraient souhaité remettre leurs conclusions au parquet général qui doit, de son côté, mener une enquête. Toutefois, la plupart des spécialistes qui ont accepté de participer à cette enquête l’ont fait sous le couvert de l’anonymat par peur de possibles représailles. En effet, le ministère de la Santé a, à plusieurs reprises, répété que les services médicaux avaient fait tout ce qui était dans leur pouvoir pour réduire au minimum le nombre des victimes. Le lourd bilan s’expliquait, selon le ministère, par l’état de santé des otages, l’absence de nourriture et de conditions de vie normales pendant trois jours, d’où l’état de faiblesse général ayant occasionné la mort au moment de l’assaut et de l’utilisation du gaz.
Malgré cette réaction des autorités, le parti Souz Pravykh Sil ne compte pas s’arrêter sur ces conclusions mais poursuivre son enquête. Dorénavant, la commission d’enquêtes devra éclairer les circonstances qui ont permis l’accès au centre de la capitale d’un groupe de terroristes armés.
Nezavissimaïa gazeta, Vremia Novosteï 20-11-02