D’est en ouest les lueurs fauves de la steppe de la vallée de Tounka où courent les nuages.... et les chiens ! Au sud, la forêt boréale (comme celle des tableaux de Chichkine).
Bonjour à tous !
Plantons avant tout le décor de l’endroit où nous avons terminé l’entraînement des chiens : Au bord du laïc Baîkal, une ferme avec des animaux domestiques comme partout dans le monde. A un 1 km, le village avec de jolies maisons bouriates, en bois couleur miel, des fenêtres toujours bleues et des toits....en tôle.
D’est en ouest les lueurs fauves de la steppe de la vallée de Tounka où courent les nuages.... et les chiens ! Au sud, la forêt boréale (comme celle des tableaux de Chichkine). Et au nord, SAYANES, les monts Sayan, dont les sommets culminent de 3000 à 3491 m pour le Munku-Sardyk. C’est l’endroit au monde où la biodiversité est la plus préservée.
Et les chiens ? Ils sont dans les starting-block et tout excités car ils sentent l’imminence du départ. Habitués à leur nouvelle alimentation, spécialement conçue pour eux, ils font montre d’une énergie débordante. Ils ont aussi dégusté des saumons de Sakhaline, du bœuf de Bouriatie et bu 4 litres de l’eau pure du Baïkal/jour. Ils ont dormi confortablement dans des niches que les enfants du village leur avaient garnies et sur lesquelles ils avaient peints leur nom en caractère cyrillique. Les chiens commençaient leur entraînement en même que les temps que les enfants allaient à l’école. Quelques boulettes plus tard, les enfants et la meute sont devenus les meilleurs copains du monde (sauf Churchill qui est toujours un peu récalcitrant). Quant à Québec, il s’est légèrement blessé en jouant avec un cheval sauvage. Rien de grave car il prend toujours les choses du bon côté. Les chiens dansent de joie, trépignent et gesticulent dans tous les sens. On dirait un bateau ivre sur un vaste océan, mais on s’habitue. Les chiens assimilent les nouveautés et naviguent à l’aventure avec la même volonté et la même curiosité. L’ivre navire a dessoulé et ça va droit, ca va clair : une meute intelligente en somme. « Dji, Yap, devant, oooh, oui bien, NOOOON, TABERNAK ! ! ! C’est Taran qui a la fâcheuse habitude de faire ½ tour sur place, jamais quand il faut. C’est une meute de véritables amis pour le musher. Je ressens la complicité et la confiance qui me lient avec chiens. Le matin, à l’orée de l’Or levant, quand la poussière de givre se fait diamants en myriades de spectres, c’est beau de voir la meute courir, la gueule ouverte comme un sourire. C’est de la fierté et de l’amour que nous échangeons.
C’est parti pour l’Odyssée ! ! !
Nous venons de quitter la base Nikola , pour gagner Kultuk en bateau avec les chiens, afin de rejoindre le point de départ. Nous avons même approché des phoques d’eau douce, espèce endémique du lac Baïkal.
La température avoisine les - 25°C, mais la couche de neige ne dépasse malheureusement pas les 2cm. Le départ se ferait donc dans quelques heures sur roulettes. A moins que Dame Neige ne travaille toute la nuit....
Les pisteurs sont partis depuis 10 jours déjà et commencent à rencontrer quelques difficultés. Des difficultés ? Et oui, les torrents aux abords des Monts Sayan ne sont pas encore complètement gelés. Ils doivent trouver les bons passages. C’est là que résident toute la difficulté et le véritable danger. Le bruit de la glace qui craque est le cauchemar de tous les mushers. Nous n’avons pas encore beaucoup de nouvelles d’eux. Les bouriates prétendent que c’est impossible de passer maintenant. Mais l’esprit de Gengis Khan souffle fort ici : alors rien n’est impossible ! Nous buvons notre dernier thé à la manière bouriate, en aspergeant de quelques gouttes les 4 coins cardinaux, la tête toujours couverte, le Bas puis le Haut, pour solliciter la protection chamanique et la bienveillance des esprits.
L’heure du départ approche : encore un sourire à nos amis bouriates. Les yeux en amande, les pommettes hautes, les cheveux d’ébène, ils sont la résultante d’un métissage magnifique entre les différentes ethnies de cette vaste Russie.
Il est 9 heures du matin ici, 16 heures pour vous . « Yap, Dji, devant, allez on y va ! C’est parti ! »
Nicolas VANIER