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2002

    

Moscou : les questions aux lendemains de la prise d’otage en Russie


Izvestia, Kommersant, Nezavissimaïa gazeta, Vremia Novosteï 28-10-02 ; Kommersant 30-10-02

Immédiatement, après la libération par les forces spéciales russes de la salle de spectacle où plus de 700 personnes étaient retenues en otage par des rebelles tchétchène qui réclamaient la fin de la guerre en Tchétchénie, la plupart des médias étaient unanimes : l’opération était une réussite, le pouvoir n’avait pas perdu la face. Toutefois, alors que le bilan des victimes s’alourdissait, des interrogations perçaient dans la presse.

Sur la photo ’Spectacle Nord-Ost’

"Si le pouvoir a décrété une journée de deuil national, il n’est pas décent de célébrer la victoire. Nous traversons une tragédie, bien que nous comprenions que le bilan aurait pu être bien plus dramatique. Toutefois, nous aurions pu compter et recompter ceux que nous étions parvenus à sauver et non ceux que nous avons perdus. Les experts, les nôtres comme ceux de l’étranger, affirment que nos forces spéciales ont fait preuve de professionnalisme. Nous n’avons aucune raison de ne pas les croire.

Ils ont reçu un ordre qu’ils ont exécuté rapidement et correctement en risquant leur propre vie. Le pays, le monde et, avant tout, les terroristes obtenaient ainsi la démonstration que dans les moments critiques, nous avions d’autres réponses que des pourparlers veules des hauts représentants de l’Etat avec les terroristes et la satisfaction honteuse de toutes leurs exigences.

Cependant, l’opération de sauvetage des personnes ne concerne pas le seul assaut, mais également ce qui l’a précédé et ce qui a suivi. Dans ce sens, certaines questions, qui n’avaient pas lieu d’être lorsque près d’un millier de personnes se trouvaient prisonnières, sont aujourd’hui d’actualité.

Tout d’abord, comment près d’une cinquantaine de combattants armés jusqu’aux dents ont pu s’introduire et mener cette opération au centre de Moscou où un nombre incommensurable de représentants de l’ordre vérifient, jour et nuit, les documents de toutes les personnes de type caucasien ?

N’est ce pas tout simplement car cette vérification a un objectif simple : augmenter le niveau de vie de ces policiers puisque la "taxe" de 50 roubles en cas de vérification des papiers dans la rue est bien connue des visiteurs de la capitale ?

Pourquoi, au cours de toutes ces années de guerre en Tchétchénie, nos services secrets n’ont-ils pu mettre en place un réseau fiable d’agents, capable de prévenir de telles attaques terroristes ? Pourquoi le ministre de l’Intérieur n’a découvert, qu’après l’attaque du théâtre, qu’il existait à Moscou un réseau terroriste ?" écrit le journal Vremia Novosteï.

Dans les colonnes du journal Kommersant, le leader du parti Souz Pravykh Sil, Boris Nemtsov, exige que le pouvoir réponde à trois questions : comment les terroristes ont pu atteindre le centre de Moscou ? Pourquoi, juste après l’assaut du théâtre par les forces spéciales russes, n’y avait-il pas assez de médecins et de brigades des services d’urgence ? Pourquoi, enfin, les proches des anciens otages ne sont pas informés sur leur état de santé et sur la liste exacte des personnes hospitalisées ? Boris Nemtsov souhaite qu’une enquête parlementaire soit engagée pour répondre à toutes ces questions en suspens.

La principale d’entre elles, qui fait l’objet de nombreux articles dans la presse, est de savoir quel gaz les forces spéciales ont utilisé pour neutraliser les terroristes avant d’engager l’assaut. Le médecin en chef de la ville de Moscou, Andreï Seltsovskiï, a en effet reconnu samedi 26 octobre que sur les 119 morts parmi les otages, seuls deux personnes avaient été tuées par les terroristes, les 117 autres victimes ont succombé aux effets du gaz utilisé par les forces spéciales. De quelle nature était ce gaz, à ce jour, les services spéciaux ont refusé de répondre à la question, selon le médecin en chef du service d’anesthésie de la capitale, Evguenni Evdokimov, il s’agirait d’un gaz "utilisé en chirurgie pour faire une anesthésie générale". L’absence d’information rend d’autant plus complexe le travail des médecins alors que plus de 150 personnes restaient toujours hospitalisées dont 7 étaient, samedi 2 novembre, dans un état grave. Le journal Times révèle que selon des médecins allemands, appelés à soigner deux citoyens allemands anciens otages victimes du gaz, il pourrait s’agir d’un gaz à base d’opiacés, composé de fentanyl, un produit utilisé dans les traitements anti-douleur dont les effets seraient cent fois plus forts que la morphine. Cette information a de plus été confirmé par le ministre de la Santé russe. L’utilisation d’un gaz de combat semble être exclu par les spécialistes, le bruit selon lequel les forces spéciales auraient utilisé du gaz sarin avait couru pendant quelques jours, ces gaz auraient entraîné un bilan plus lourd encore et des signes caractéristiques sur les corps des victimes.

Les médecins allemands ajoutent que la plupart des victimes ont du succomber à une overdose du produit inhalé car, selon eux, la limite entre une dose supportable et une dose mortelle est très difficile à estimer surtout dans le contexte d’une utilisation dans un lieu fermé comme le théâtre. Si la thèse du surdosage, quelle qu’est été le gaz employé, semble en effet expliquer la mort de certains otages, le témoignage des médecins arrivés après l’assaut démontre aussi une grande désorganisation de l’opération de secours des personnes intoxiquées. "J’ai constaté que beaucoup de personnes étaient mortes étouffées par leur vomissement, en avalant leur langue ou encore d’un arrêt cardiaque car un simple bouche à bouche ne leur avait pas été fait à temps. Si nous avions su un peu à l’avance ! Mais certainement pour des raisons de secret défense, personne n’a été prévenu. Si seulement on nous avait juste un petit peu expliqué à quoi nous allions nous heurter, au moins nous dire qu’il faudrait transporter un très important nombre de personnes avec des arrêts respiratoires et cardiaques, tout aurait été différent" raconte un médecin au journal Nezavissimaïa gazeta. Cette version est corroborée par d’autres médecins russes qui affirment dans les colonnes du journal Kommersant que le gaz n’est pas à l’origine de la mort des otages. Selon eux, le gaz utilisé était un simple gaz anesthésiant, utilisé en chirurgie et qui ne peut être mortel. "La plupart des otages ne sont pas morts des effets du gaz mais simplement par étouffement" estime l’un des médecins interrogés par le journal Kommersant.

Toutefois, le silence des autorités sur le gaz utilisé ainsi que l’absence de liste des personnes qui ont succombé à ses effets entraînent de nombreuses polémiques. Ainsi le journal en ligne gazeta.ru n’excluait pas, mardi 29 octobre, que le nombre de victimes pourrait avoir été beaucoup plus important. De nombreuses personnes sont en effet toujours recherchées par leurs proches et des listes de personnes disparues circulent sur des sites Internet.

Izvestia, Kommersant, Nezavissimaïa gazeta, Vremia Novosteï 28-10-02 ; Kommersant 30-10-02



6 novembre 2002 - Russie.net © Tous droits de reproduction et de diffusion réservés.


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