Le gouvernement allemand a exprimé, à l’occasion de la rencontre entre le président Vladimir Poutine et la chancelière Angela Merkel à Dresde, ses craintes sur les violations des droits de l’homme en Russie à la suite de l’assassinat politique de la journaliste d’opposition Anna Politkovskaïa.
La mort violente samedi de la journaliste d’opposition Anna Politkovskaïa est un "assassinat politique qui n’est que la partie émergée de l’iceberg", et qui montre que la liberté de presse et d’opinion est en danger en Russie, a déclaré le chargé des droits de l’Homme du gouvernement, Günter Nooke, dans le journal en ligne Netzzeitung.
"Ceux qui veulent faire une presse indépendante sont intimidés", et "les droits de l’homme sont violés de manière régulière" dans la Fédération de Russie".
Le coordinateur pour les questions russes du gouvernement, Andreas Schockenhoff, a déclaré que "l’assassinat politique" de la journaliste devait être abordé lors du "dialogue de Saint-Pétersbourg", qui se tient jusqu’à ce mardi à Dresde. Cependant, "il faut toujours veiller au ton" avec lequel cela est fait. Il ne sert à rien "de clouer le Kremlin au pilori (...) C’est maintenant l’affaire de la justice russe de tout entreprendre pour éclaircir les raisons" de l’assassinat, a-t-il dit.
"Il y a une recentralisation (du pouvoir) toujours plus forte, qui nous cause du souci", a-t-il par ailleurs déclaré, en estimant que l’Allemagne et l’Europe sont obligés de poursuivre le partenariat avec Moscou, que ce soit sur les thèmes de l’approvisionnement énergétique, de l’Iran, du Proche-Orient ou de la Géorgie.
Le chef du gouvernement de Bavière, le conservateur Edmund Stoiber, qui a rencontré Vladimir Poutine à Munich, a affirmé dans le quotidien Münchner Merkur que "les assassinats de journalistes, où que ce soit, constituent toujours aussi une atteinte à la liberté d’opinion et de presse".
Le président russe Vladimir Poutine a fustigé l’assassinat il y a trois jours à Moscou de la journaliste d’opposition Anna Politkovskaïa et promis de tout faire pour élucider ce crime qui a suscité des réactions dans le monde entier.
"Quel que soit celui qui a commis le crime, nous devons constater qu’il s’agit d’un acte épouvantable par sa cruauté", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse commune avec la chancelière Angela Merkel. Ce crime ne "doit pas rester impuni", a-t-il ajouté, alors que la journaliste rendue célèbre pour sa couverture très critique de la politique russe en Tchétchénie était inhumée à Moscou, en présence de plusieurs milliers de personnes.
Mais, a-t-il observé, sa "capacité d’influence sur la vie politique du pays, en Russie, était extrêmement insignifiante". "Ce meurtre porte, à la Russie et aux pouvoirs en Russie et en République de Tchétchénie, dont elle s’occupait ces derniers temps dans ses activités professionnelles, plus de dégâts et de dommages supérieurs que ses publications".
Le président russe avait brisé la veille son silence à Moscou en déclarant dans un laconique communiqué que "les forces de l’ordre russe feraient tous les efforts nécessaires pour une enquête objective sur la mort tragique" de la journaliste.
M. Poutine "m’a assuré que toute la lumière devait être faite" sur cet assassinat, a déclaré la chancelière Angela Merkel. La mort de la journaliste "nous a tous beaucoup bouleversés", a-t-elle dit.
Selon des sources du gouvernemental régional, l’assassinat d’Anna Politkovskaïa sera évoqué dans les entretiens Poutine-Stoiber. Le "Dialogue de Saint-Pétersbourg" est un forum germano-russe réunissant quelque 200 experts -hommes d’affaires, hommes politiques, personnalités de la culture et des médias des deux pays.