Une mystérieuse ’épidémie’ d’alcool frelaté frappe la Russie ces dernières semaines, à en croire les autorités, qui ont lancé une intense campagne médiatique autour de la mort de dizaines de Russes et en ont profité pour annoncer la nécessité d’un monopole d’Etat sur l’alcool.
Depuis début septembre, 5.100 citoyens russes ont été empoisonnés à l’alcool frelaté. Près de 300 sont morts.
Entrepôts discrets où se vendent à bas prix des spiritueux à base d’alcool à usage industriel. Perquisitions dans des ateliers clandestins où des liquides douteux macèrent dans des baignoires. Hôpitaux saturés de malades de l’"épidémie". Les reportages choc se succèdent quotidiennement. Ces derniers jours, les journaux de la télévision russe, contrôlée par l’Etat, n’ont cessé de diffuser des reportages sur cette "épidémie".
Rappelons que plus de 40.000 personnes meurent "empoisonnées à l’alcool" en Russie chaque année contre 35.000 dans des accidents de voiture.
Mais des voix se sont élevées pour dénoncer une campagne politique plaçant soudain sous les projecteurs un vieux mal de société. "Il est temps de soulever la question du monopole d’Etat sur la vente d’alcool", a suggéré le président de la Douma (chambre basse du Parlement), Boris Gryzlov. Il est de ceux qui soupçonnent une "campagne médiatique" alors que les télévisions distillent l’idée de réimposer le monopole d’Etat sur le marché de l’alcool, supprimé après la chute de l’URSS, comme mesure de santé publique.
La relance de cette idée, déjà évoquée en 2005 par Vladimir Poutine, intervient dans un contexte plus large de reprise en main des secteurs économiques jugés stratégiques et de volonté de contrôle du marché lucratif de l’alcool.
Une loi entrée en vigueur le 1er juillet impose aux importateurs d’alcool de faire passer toutes leurs transactions par un service informatique centralisé, dont la création est liée au Service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB), qui empoche au passage des dizaines de millions de dollars selon Vedomosti.
Avec cette idée de monopole sur l’alcool, le pouvoir cherche à faire de l’argent. Comme à l’époque de l’URSS, où ce monopole était une importante source de revenus pour l’Etat. Et cela ne changera rien au problème des dizaines de milliers de morts d’alcoolisme chaque année dans un pays à la tradition tenace des alcools forts et de la gnôle maison, le fameux "samagon", dans les villages de la Russie profonde, loin de la croissance moscovite.
L’alcoolisme est une des principales raisons de la forte mortalité en Russie, la surmortalité masculine en Russie, où l’espérance de vie des hommes est de moins de 59 ans contre 72 ans pour les femmes.