La Russie, qui doit entrer dans l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) après le feu vert des Etats-Unis, reste un terrain délicat pour les entreprises étrangères malgré des indicateurs économiques alléchants et une consommation en plein boom.
Moscou et Washington ont signé à Hanoï un accord bilatéral, maintes fois repoussé jusqu’alors, levant ainsi un des derniers obstacles à l’adhésion à l’OMC de la Russie, qui doit encore boucler des négociations multilatérales avant de devenir membre de l’organisation.
L’adhésion à l’OMC apportera une contribution majeure à l’amélioration de l’image de la Russie. Beaucoup pensent que l’échec de la fusion entre Arcelor et Severstal (l’été dernier) était lié au fait que la Russie n’est pas membre de l’OMC.
Une croissance du PIB attendue à 6,7% cette année par la Banque centrale, des excédents commerciaux et budgétaires records et un rouble devenu entièrement convertible le 1er juillet, sont des signaux rassurants sur la santé de l’économie russe, qui profite à plein de sa manne pétrolière.
Mais la complexité de la bureaucratie russe, des guerres commerciales fréquentes, la corruption et une application sélective de la loi demeurent des obstacles majeurs aux projets commerciaux des groupes étrangers, qui sont toutefois de plus en plus nombreux à tenter l’aventure.
Les investissements directs étrangers en Russie ont progressé de 55%, à 10,3 milliards de dollars, sur les neuf premiers mois de l’année, selon les chiffres de l’agence chargée des statistiques.
Mais le niveau des investissements étrangers reste faible, représentant environ 3% du PIB en 2005, contre 4,9% pour la Pologne, a souligné l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans une étude publiée l’été dernier.
Malgré des progrès notables, les obstacles restent importants dans certains secteurs, notamment ceux de l’énergie, des assurances et des transports.
La corruption demeure également un problème, de même que les délais nécessaires à l’obtention de permis de travail ou l’enregistrement de terrains ou de biens immobiliers, déplore l’OCDE.
La Russie reste un terrain délicat pour les entreprises étrangères malgré des indicateurs économiques alléchants et une consommation en plein boom :
Le groupe américain Motorola s’est ainsi vu confisquer une livraison de 167.500 téléphones en mars par la police russe, qui a commencé par soutenir qu’il s’agissait de contrefaçons avant de dire que ces modèles étaient "dangereux pour la santé".
Le ministre russe des Ressources naturelles Iouri Troutnev avait menacé en octobre "d’arrêter" Sakhaline 2 s’il ne respecte pas les lois sur l’environnement.
La Russie prépare une plainte contre le gigantesque projet pétrolier et gazier Sakhaline 2 mené par Shell, après avoir menacé de l’arrêter. Moscou a évalué à environ "15 milliards de dollars" la compensation qui pourrait être demandée au consortium Sakhalin Energy, détenu par le groupe pétrolier anglo-néerlandais Royal Dutch/Shell et les sociétés de négoce japonaises Mitsui et Mitsubishi.
L’arrestation de Mikhaïl Khodorkovsky, le patron de Youkos, en 2004, a bouleversé la donne. L’homme le plus riche de Russie, propriétaire de 36 % de son groupe, détesté par le Kremlin pour avoir manifesté des ambitions politiques, s’est vu réclamer par le fisc russe 5 milliards de dollars !
Quand un pays rejoint l’OMC, il aligne sa législation sur celle des membres de l’OMC, ce qui améliore le climat d’investissement (...) Et si ça se passe mal on peut avoir recours (à une procédure d’arbitrage) à Genève.
Selon une étude du Conseil des investissements étrangers en Russie (FIAC), les deux tiers des grands groupes étrangers interrogés qui ne sont pas encore présents en Russie veulent s’y implanter dans les trois ans. Et 90% de ceux qui y sont déjà veulent renforcer leur présence.
D’après ce sondage, le renforcement du contrôle de l’Etat sur tous les secteurs qu’il considère comme "stratégiques", un concept élastique qui peut s’étendre des industries de défense à l’énergie, en passant par l’automobile et la métallurgie, inquiète aussi les investisseurs, qui voudraient avoir plus de visibilité sur la politique économique.
Le secteur des hydrocarbures, particulièrement attractif pour les groupes étrangers, est un terrain de plus en plus difficile pour les majors dont la gestion des projets est remise en cause par les agences de contrôle publique.
Mais ce secteur, étroitement contrôlé par le Kremlin, ne fait pas partie des sphères de compétence de l’OMC et les compagnies étrangères ne pourront pas rechercher l’arbitrage de Genève, même quand la Russie sera membre de l’OMC.