La Russie, le Brésil et l’Inde achètent des actifs industriels dans les pays riches qui abandonnent le secteur manufacturier, parce que ce n’est pas une activité avec assez de valeur ajoutée, pour aller vers le secteur des services.
Les aciéristes d’Inde, du Brésil et de Russie multiplient les projets d’acquisitions dans les pays industrialisés, comme Oregon Steel aux Etats-Unis ou Corus en Grande-Bretagne, montrant une montée en puissance des pays émergents dans une nouvelle étape de la mondialisation. La direction des flux d’investissements et des flux commerciaux est en train de changer, et cela signifie une plus grande intégration de l’économie mondiale.
L’aciériste russe Evraz a annoncé qu’il allait acheter son concurrent Oregon Steel, implanté sur la côte ouest américaine, pour 2,3 milliards de dollars, afin d’obtenir une base d’expansion aux Etats-Unis. Cette opération devrait le placer parmi les dix premiers producteurs d’acier mondiaux et lui permettre de devenir le numéro un russe. C’est le début d’une période intense de consolidation et d’acquisitions internationales pour les producteurs russes de métaux.
Et le Brésilien Companhia Siderurgica Nacional (CSN) dispute à l’indien Tata Steel la reprise du producteur d’acier britannique Corus. CSN a surenchéri à la mi-novembre sur une offre de Tata en offrant 7,8 milliards d’euros pour racheter Corus. Une telle acquisition par le groupe brésilien, qui a déjà annoncé en octobre une fusion avec l’américain Wheeling (WPC), lui permettrait de se hisser au 5ème rang mondial des producteurs d’acier.
Un responsable de Severstal, numéro deux russe de l’acier, a indiqué que son groupe ne prétendait pas à la reprise de Corus, qu’il estime surévalué, dans le Financial Times début novembre. Severstal, dirigé par le magnat russe Alexeï Mordachov, pourrait prétendre à la reprise de l’américain US Steel, en même temps qu’à une fusion avec les groupes miniers russes Gazmetall et Metalloinvest du milliardaire russe Alicher Ousmanov.
La première explication pour cette entrée des pays émergents sur le devant de la scène est le bond des prix des matières premières ces dernières années.
La Russie est beaucoup plus riche grâce à la progression des prix du pétrole et des matières premières comme l’acier, ce qui permet aux aciéristes russes, mais aussi indiens ou brésiliens, de consacrer beaucoup plus d’argent à des acquisitions.
Ces compagnies combineront des sites de production dans les pays émergents, où il revient beaucoup moins cher de produire de l’acier brut, avec des sites dans les pays industrialisés chargés de la production d’aciers de spécialité et de la commercialisation.
Dans la prochaine décennie il devrait y avoir jusqu’à cinq producteurs d’acier d’une capacité de 70 à 100 millions de tonnes par an dans le monde. Aujourd’hui, seul Mittal Steel se place dans cette catégorie des géants de l’acier (avec une production combinée avec celle d’Arcelor de 110 millions de tonnes en 2005) dans un secteur encore très fragmenté.