La situation n’a rien à voir avec celle d’il y a dix ans. Ce n’est plus la même monnaie.
Si vous regardez dans le monde où il est souhaitable d’investir en ce moment, le rouble, le yuan et le dollar singapourien sortent du lot comme devises bon marché, qui vont continuer à s’apprécier.
Ces monnaies sont comparativement plus attractives que l’euro, car celui-ci, malgré sa vigueur -il frôle actuellement ses records absolus-, est actuellement plus proche de sa valeur réelle.
Le rouble, dont l’appréciation est portée par le niveau élevé des cours du pétrole et par la position "extraordinairement forte" qu’a réussi à bâtir le gouvernement russe en particulier d’un point de vue budgétaire, n’en est pas moins encore sous-évalué de 35 à 40%, estime M. Breach.
Le contraste est total par rapport à la situation d’il y a dix ans, lorsque couvait la crise asiatique de 1998 : celle-ci fut une véritable catastrophe pour l’économie russe, contrainte de faire défaut sur sa dette et de dévaluer drastiquement sa monnaie.
Aujourd’hui, la Russie, non contente d’afficher un fort excédent budgétaire, est assise sur un pactole : elle détient plus de 360 milliards de dollars de réserves en devises, ce qui la place au 3è rang mondial. Rapporté à son PIB, elle est même numéro un.
La Russie a levé l’été dernier ses dernières restrictions aux opérations de change avec le reste du monde, faisant du rouble une devise pleinement convertible.
Et le fait qu’il soit désormais facilement accessible pour les courtiers étrangers signifie que le rouble "est en train de devenir la nouvelle pétro-monnaie", au détriment du dollar, estime Chris Weafer, chef stratégiste de la banque Alfa à Moscou.
Cela n’a rien d’un hasard si le premier producteur de pétrole russe, le groupe Loukoïl, a indiqué mardi envisager de changer de monnaie pour sa comptabilité, actuellement établie en dollars, pour adopter le rouble ou l’euro.
Les particuliers et les entreprises russes commencent à revenir (au rouble) car ils se rendent compte que cela est plus intéressant que le dollar. On va voir de plus en plus de gens et d’investisseurs internationaux épargner en roubles.
Mais la vigueur retrouvée du rouble ne fait pas que des heureux en Russie, en particulier du côté des exportateurs, qui voient leurs produits se renchérir.
La question a attiré l’attention du président Vladimir Poutine, qui a appelé au début du mois son gouvernement à "prêter une attention particulière" à la hausse du rouble, afin de "ne pas saper la dynamique positive que nous voyons dans les secteurs de la transformation".
Anton Stroutchenevski, analyste de la banque d’investissement Troika, souligne que la question est délicate à gérer pour les autorités car la banque centrale de Russie se sert de l’appréciation du rouble comme outil pour freiner l’inflation, encore assez forte en Russie (9% l’an dernier).
Mais, selon lui, elle est consciente qu’une "appréciation agressive serait vraiment dangereuse" alors que les conjoncturistes s’attendent déjà à voir le gigantesque excédent commercial russe (près de 141 milliards de dollars en 2006) fondre comme neige au soleil dans les années à venir. Elle devrait donc opérer prudemment, juge-t-il.

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