Cette ancienne république soviétique de 47 millions d’habitants se rapproche de l’Occident, les autorités ont commencé récemment à s’attaquer au problème en introduisant des nouvelles lois. Ainsi l’an dernier, la société Bryntsalov-A appartenant à un membre du parlement russe avait été inculpée de contrefaçon.
La contrefaçon de médicaments est un trafic international qui met en danger des vies humaines et rapporte des milliards de dollars mais qui, contrairement au trafic de drogue, n’est pas considérée comme un crime dans plusieurs pays d’Europe de l’est, et notamment en Ukraine.
"Nous avertissons la police. Ils ouvrent des enquêtes et les abandonnent aussitôt puisque cela ne constitue pas un crime", se plaint Anna Pilipenko, inspecteur dans un laboratoire de Kiev appartenant au réseau d’Etat chargé de tester les produits pharmaceutiques. Anna Pilipenko montre une étagère avec des dizaines d’emballages de médicaments classés par paire, un authentique et un contrefait, et qui semblent à première vue impossibles à différencier.
Mais alors que cette ancienne république soviétique de 47 millions d’habitants se rapproche de l’Occident, les autorités ont commencé récemment à s’attaquer au problème en introduisant 3% des médicaments testés jusqu’ici en 2007 se sont avérés faux. Ces produits ne sont généralement pas toxiques, mais contiennent beaucoup moins d’éléments actifs que ce qu’indiquent leurs étiquettes.
Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit vite qu’un remède contre les maux d’estomac est en fait une poudre de vanille et que plusieurs médicaments contre les allergies et la grippe présentent de fausses indications.
Ces médicaments peuvent être confisqués dans les pharmacies et dans les hôpitaux ukrainiens puisqu’ils constituent un danger pour la santé publique, mais leurs fabricants et importateurs ne peuvent pas pour le moment être poursuivis.
Une grande quantité de médicaments sont par ailleurs vendus à rabais sur l’internet, laissant supposer une proportion de produits contrefaits plus grande encore.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 20% des médicaments vendus sur les marchés russes et ukrainiens pourraient être des contrefaçons.
"Le problème des médicaments contrefaits est très important en Ukraine", explique John Anderson, directeur du Réseau global contre la contrefaçon basé en Grande-Bretagne.
"Les sociétés pharmaceutiques se taisent. Elles veulent à tout prix éviter que l’alarme soit donnée sur la possibilité de médicaments contrefaits de peur de voir leurs ventes s’effondrer", affirme M. Anderson, ajoutant que les contrôles gouvernementaux sont souvent exposés "à la corruption".
Mais l’Ukraine, qui fait campagne pour adhérer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a fait voeu d’éradiquer le problème des faux médicaments.
Un réseau de 27 laboratoires a été créé avec pour mission de contrôler la qualité des médicaments et une loi rendant illégale la contrefaçon de produits pharmaceutiques doit être adoptée d’ici la fin de l’année.
Les représentants de l’industrie ont salué ces initiatives mais affirment que trop peu est encore fait pour éradiquer le problème.
La Russie, première productrice de médicaments contrefaits, est aussi l’une des principales sources des faux vendus en Ukraine et dans l’UE.
Comme en Ukraine, les législateurs russes veulent adopter des lois plus sévères pour lutter contre la contrefaçon de médicaments, mais les autorités russes sont souvent accusées de ne pas appliquer les lois déjà existantes.
Ainsi l’an dernier, la société Bryntsalov-A appartenant à un membre du parlement russe avait été inculpée de contrefaçon mais n’avait écopé finalement que d’une amende de 1.500 dollars (1.100 euros) pour entreposage non conforme aux normes.