Le patriarche de Constantinople, considéré comme le primus inter pares des dignitaires orthodoxes, est le seul à porter le titre d’œcuménique’, et depuis des siècles, c’est sous ce nom qu’est également connu le Patriarcat.
Le patriarche œcuménique Bartholomée et les membres du bureau du COE lors d’une rencontre à Phanar, décembre 2006.
Alors que des décisions de la justice turque engendrent des difficultés croissantes pour le Patriarcat œcuménique orthodoxe de Constantinople - aujourd’hui Istanbul -, des membres de la famille œcuménique mondiale expriment leur soutien à Sa Toute Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée et leur solidarité avec lui.
Le 26 juin, un arrêt de la Cour suprême turque a contesté le statut œcuménique du Patriarcat, déclarant qu’il s’agit d’une institution religieuse autorisée uniquement à accomplir ses fonctions auprès de la minorité orthodoxe grecque du pays. La Cour a également arrêté que le Patriarcat ne constitue pas une personne morale et que le patriarche n’a pas le droit de porter le titre d’"œcuménique".
L’arrêt précise que le patriarche et les dirigeants du Patriarcat sont soumis à la loi turque en ce qui concerne leurs titres et activités. Le 21 août, Bartholomée a été sommé de justifier devant un procureur d’Istanbul l’usage de son titre d’"œcuménique" à l’occasion d’une conférence mondiale de jeunes orthodoxes tenue dans cette ville quelques semaines auparavant.
Le 27 août, à la suite de ces événements, la Conférence des Eglises européennes (KEK) a exprimé son "soutien total" au droit du patriarche de faire usage du titre d’"œcuménique". Dans une lettre adressée au patriarche Bartholomée, l’archidiacre Colin Williams, secrétaire général de la KEK, écrit : "A nos yeux, il n’existe pas, dans toute l’Europe, de responsable d’Eglise qui soit plus évidemment reconnu comme une figure centrale des aspirations œcuméniques des Eglises de ce continent."
Le 29 août, une lettre semblable était adressée au patriarche Bartholomée par le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE) ; il y affirme que le Conseil reconnaît "sans réserve l’authenticité et l’importance du Patriarcat œcuménique en tant qu’institution et du patriarche œcuménique en tant que grande figure de l’Eglise dans le monde".
Dans cette lettre, le pasteur Kobia assure le patriarche du "soutien fidèle" du COE et rappelle la place prise par Bartholomée dans le mouvement œcuménique, dont il constitue une "figure de premier plan". Le secrétaire général du COE invite les Eglises membres à prier pour le patriarche œcuménique et à lui témoigner leur solidarité.
Le pasteur Kobia souligne "avec satisfaction" que "malgré les difficultés actuelles, la société turque reconnaît et apprécie vos mérites et ceux du Patriarcat", affirmant que "ces sentiments font honneur au pays" et devraient "être entendus et compris à leur juste valeur".
Cette situation suscite également des critiques de la part des médias turcs. "Il est très difficile de comprendre nos points de vue", écrit Cengiz Aktar, professeur d’études européennes à l’Université de Bahcesehir, s’exprimant dans le journal Turkish Daily News, publié en anglais. Commentant "la décision absurde prise par la Cour d’appel" au sujet du titre "œcuménique", il estime que les Turcs modernes "ont beaucoup à apprendre" de leurs prédécesseurs ottomans : en effet, c’est sous leur régime qu’a été fondée en 1844, sur l’île de Haiki, l’Ecole de théologie du Patriarcat, fermée depuis 1971.
Le patriarche de Constantinople, considéré comme le primus inter pares des dignitaires orthodoxes, est le seul à porter le titre d’"œcuménique", et depuis des siècles, c’est sous ce nom qu’est également connu le Patriarcat. Bien que le nombre des chrétiens orthodoxes grecs résidant en Turquie soit relativement modeste, on compte dans le monde entier quelque cinq millions de fidèles placés sous l’autorité directe du patriarche. En outre, il est généralement reconnu comme le chef spirituel des 300 millions d’orthodoxes vivant dans le monde, bien qu’il n’exerce pas de juridiction sur eux.
Les orthodoxes grecs ne sont pas la seule minorité religieuse de Turquie à rencontrer des difficultés. Les activités normales des orthodoxes arméniens et syriens, en particulier, sont sérieusement entravées. En avril de cette année, trois chrétiens qui travaillaient dans une maison d’édition chrétienne à Malataya ont été assassinés, tout comme l’avait été un prêtre catholique quelque temps auparavant. A cette occasion, le secrétaire général du COE avait adressé aux autorités turques une lettre dans laquelle il exprimait la "profonde inquiétude" et la "consternation" du Conseil.