Après avoir longuement entretenu le suspense, la Commission électorale centrale russe a finalement envoyé des invitations pour 300 à 400 observateurs internationaux, dont 70 pour le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme (BIDDH), la principale instance de surveillance de l’OSCE.
La Russie entre samedi en campagne pour les législatives du 2 décembre, un rendez-vous crucial qui tourne au plébiscite pour le président Vladimir Poutine.
A partir de samedi, spots et débats télévisés vont faire leur apparition sur le petit écran, même si les chaînes publiques, apparemment plus préoccupées par leur audience que par la campagne, ont décidé de déprogrammer les débats des heures de grande écoute. Alors que Russie Unie est déjà omniprésente dans les médias, une vague de manifestations - 5.000 personnes mercredi à Rostov-sur-le-Don (sud), 35.000 samedi à Novossibirsk (Sibérie) - entretiennent dans la rue le concert pro-Poutine.
A un mois du scrutin, l’ambiance électorale reste plutôt terne, les Russes ne manifestant guère de passion pour un scrutin qui paraît joué d’avance.
Vladimir Poutine est crédité de 67% des suffrages, contre 17% aux communistes, 6% aux ultra-nationalistes de Vladimir Jirinovski et 4% à Russie Juste (gauche pro-Kremlin), selon un sondage de l’institut indépendant Levada réalisé à la mi-octobre.
L’élection la plus importante, ce n’est plus la présidentielle mais les législatives. Les gens vont voter pour que le système de pouvoir ne change pas, pour que les choses ne s’aggravent pas.
La Douma (Parlement) pourrait bien en attendant devenir bipartite : Russie Unie, qui écrasera un peu plus encore la vie politique, et les communistes, dernière force d’opposition. L’opposition réelle, ce sont les communistes. Ils capitalisent sur le mécontentement de la population, des retraités surtout. Toutes les autres formations seront recalées si elles n’atteignent pas le seuil fatidique de 7% des suffrages.
400 observateurs de l’OSCE pour 95.000 bureaux de vote
Aux précédentes législatives en 2003, Moscou avait convié quelque 1.200 observateurs internationaux, dont 399 pour le seul BIDDH, 88 pour l’Assemblée Parlementaire de l’OSCE et 28 pour l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Ces restrictions pourraient sérieusement limiter la possibilité d’une observation significative selon la méthodologie habituelle que nous employons pour les missions d’observation d’élection à grande échelle.
En réduisant cette mission, Moscou poursuit néanmoins sa croisade contre une organisation qu’elle accuse de partialité dans les pays de l’ex-URSS et qu’elle a dans le collimateur depuis plusieurs années.
La Russie a accentué sa campagne contre l’OSCE après les législatives de 2003, que l’organisation européenne avait critiquées.
En novembre 2004, Moscou a dénoncé les "a priori" de l’OSCE à la présidentielle ukrainienne, remportée finalement par le pro-occidental Viktor Iouchtchenko. Fin 2006, Moscou a accusé l’organisation de se préoccuper trop des droits de l’Homme et a appelé à sa réforme.
Un mois avant les législatives, Moscou a proposé à l’OSCE de limiter les activités des observateurs internationaux lors des élections dans les Etats de l’ex-URSS, selon des sources diplomatiques à Vienne.