Il fut un officier du KGB, un fonctionnaire discret avant d’être président. En huit ans, Vladimir Poutine a remis la Russie sur pied, au prix d’une guerre en Tchétchénie et de dérives autoritaires, mais a gardé sa part d’ombre.
Tête de liste du parti Russie unie, il a troqué le costume cravate pour le pull à col roulé noir et pourfend les ennemis de l’intérieur, ces « chacals » entraînés avec l’aide de « spécialistes occidentaux » et soutenus par des « fonds étrangers ». Lorsqu’il accède au pouvoir, la Russie est un autre pays, miné par une grave crise économique, par l’omniprésence des mafias et par un Boris Eltsine vieillissant.
Désormais, c’est celle des pétro-dollars, des ambitions retrouvées, mais aussi de la confrontation avec l’Occident. Les années Poutine sont également celle du retour au premier plan des « structures de force », l’autre nom des agents du KGB et officiers de l’armée, dont Vladimir Poutine est le chef de file lorsqu’il est choisi en 1999 par Boris Eltsine pour lui succéder.
Pétri de cette culture de l’ordre et de la nation, le président Poutine va très vite donner le ton, installant un régime à poigne. Son style musclé et direct séduit ses concitoyens. Très populaire, il ne peut certes se représenter à la présidentielle de mars 2008 mais a indiqué qu’il continuerait à jouer un rôle qui reste à préciser. Né le 7 octobre 1952 dans la banlieue de Leningrad (Saint-Pétersbourg aujourd’hui), Vladimir Poutine, juriste de formation et marié à un ancienne hôtesse de l’air, Lioudmila, intègre le prestigieux « Premier bureau du KGB », les services du renseignement extérieur, avant d’être envoyé à Dresde, en RDA, en 1985. C’est là qu’il va voir l’URSS commencer à s’écrouler, assistant impuissant à la chute du Mur de Berlin en 1989 avant de rentrer un an plus tard à Saint-Pétersbourg. La chute de l’URSS a été « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle » dernier, affirmera-t-il.
Après une carrière à la mairie de Saint-Pétersbourg, puis à l’administration présidentielle, où il séduit par son efficacité et sa discrétion, il est parachuté en 1998 à la tête du FSB, les services chargés de la sécurité intérieure, issus de l’ex-KGB, une consécration pour un agent modestement noté. En août 1999, Boris Eltsine le propulse au poste de Premier ministre et en fait son dauphin. L’entrée le 1er octobre 1999 des troupes fédérales russes en Tchétchénie après une série d’attentats attribués aux indépendantistes tchétchènes contribue à rehausser sa popularité.
Le 31 décembre, Boris Eltsine annonce sa démission et confie le pouvoir à Vladimir Poutine, à trois mois d’une élection présidentielle que ce dernier remporte dès le premier tour. En quelques années, il impose la « dictature de la loi ». Première victime de sa reprise en main : la presse, et particulièrement les chaînes de télévision indépendantes ou d’opposition fermées ou placées sous le contrôle de l’Etat.
Parallèlement, l’opposition est réduite à la portion congrue et la Douma, la chambre basse du Parlement, à une chambre d’enregistrement. A l’égard des « oligarques », ces barons de l’industrie enrichis dans les années 1990 au moment de privatisations parfois douteuses, le message du maître du Kremlin est clair : « rentrez dans le rang et oubliez la politique ».
Mais au-delà, c’est la guerre en Tchétchénie et ses conséquences qui ternissent son bilan. En octobre 2002, la prise d’otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou se solde par la mort de 130 personnes. En septembre 2004, celle de l’école N°1 de Beslan, dans le Caucase russe, par la mort de 332 personnes, dont 186 enfants.
A chaque fois, comme pour la tragédie en août 2000 du sous-marin Koursk (où 118 marins avaient péri), le président est critiqué pour sa lenteur à réagir ou son refus de négocier. Mais à l’heure du départ, c’est toujours l’image d’un chef d’Etat énergique, capable de sentir les aspirations des Russes et de porter haut et fort les ambitions d’une puissance retrouvée, qui domine.

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