Il aura fallu attendre plus de dix ans pour que soit traduit en français La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple, du Britannique Orlando Figes. Cet ouvrage important paraît alors que le temps des commémorations soviétiques des révolutions de 1917 est déjà bien lointain...
Peu d’événements ont été étudiés d’aussi près que la Révolution russe, mais au temps de la guerre froide le domaine ressemblait à un champ de mines idéologique.
C’est pour cette raison que, dès sa parution en Grande-Bretagne en 1996, le livre d’Orlando Figes fut salué comme une contribution fondamentale, car il s’agissait de la première histoire sociale, non idéologique et post-soviétique de ce cataclysme historique majeur. De la grande famine de 1891 jusqu’à la mort de Lénine en 1924, Figes détaille le long processus de mutation et de maturation d’une société au bord de l’effondrement et redonne sa place au grand absent : le peuple russe lui-même.
Principal moteur des événements, principale victime aussi, cette histoire est celle de sa tragédie. Sous la plume de Figes, le peuple s n’est pas une abstraction. S’intéressant moins aux grandes analyses abstraites qu’à la reconstitution d’une réalité complexe, il donne la parole à toute une galerie de personnages, depuis l’écrivain Maxime Gorki, dont la correspondance inédite nous permet de partager l’incroyable lucidité, en passant par la belle figure du réformateur paysan Semenov, jusqu’à des personnages plus ambivalents comme Oskine, simple soldat que la guerre civile transformera en un impitoyable commissaire bolchevik...
Dès les premières heures, la Révolution russe fut une jacquerie d’une incroyable violence que seuls les bolcheviks surent exploiter. Lénine, dont Figes brosse un portrait fascinant, avait compris l’avantage qu’il y avait à en tirer. La violence - et la faiblesse de leurs adversaires - ouvrit la voie aux bolcheviks, puis à la Terreur rouge et à la consolidation du système du Parti-État, policier, bureaucratique, corrompu et inefficace, tel qu’il devait durer jusqu’à la fin des années 80.
Orlando Figes est né en 1959. Diplômé de Cambridge, il enseigne actuellement l’histoire à la London University. Spécialiste de l’histoire moderne et contemporaine de la Russie et, plus généralement, de l’Europe de l’Est, il collabore à de nombreuses revues, dont Granta, The New York Review of Books et The New Statesman.
Il aura fallu attendre plus de dix ans pour que soit traduit en français La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple, du Britannique Orlando Figes. Cet ouvrage important paraît alors que le temps des commémorations soviétiques des révolutions de 1917 est déjà bien lointain, et que la Russie connaît une révision paradoxale de son histoire, où l’empire et le stalinisme surpassent désormais ce moment dans le récit historique... Au fil des pages, la mise en scène entrecroise personnages et épisodes, offrant un regard où ni l’idéologie - le communisme en lui-même - ni le monde social isolé du politique ne sont, seuls, les acteurs de cette histoire. L’ouvrage est émaillé de multiples portraits, comme celui de Semenov, ce paysan qui cherche à s’extraire de sa communauté au début du XXe siècle pour se heurter à l’hostilité de tous. S’il y a renouveau ici, c’est que Figes ne veut pas réduire la complexité d’une histoire qui conduit aux événements fondateurs du XXe siècle. Il ne situe pas son récit dans le cadre d’un siècle soviétique qui naîtrait de 1917, mais plonge autant dans l’histoire de l’empire, de l’autocratie, de sa bureaucratie, des réformes avortées, que dans l’histoire idéologique et politique... Depuis la parution de ce livre, l’histoire a continué de s’écrire, la dimension impériale étant désormais revalorisée. Un renouvellement qui prolonge le récit fondamental d’Orlando Figes.
Alain Blum - Le Monde du 12 octobre 2007
Comment un si petit nombre d’hommes, les bolcheviks étaient moins de 30 000 en février 1917, a-t-il pu, en l’espace de quelques années, instaurer un état de terreur dont allait pâtir la société entière, tout en écrasant les velléités d’autonomie d’une classe ouvrière qu’ils prétendaient libérer ? Pour comprendre ce phénomène, Orlando Figes revient à la source du désastre : l’incapacité de Nicolas II à accomplir les réformes qui auraient pu faire évoluer son pays vers un régime parlementaire... Mais il n’y a pas que les grands noms qui hantent ces pages fiévreuses aussi passionnantes qu’un roman. Figes narre aussi les parcours de simples paysans ou de ces soldats qui fuient, dans l’ivresse et le pillage, les désastres militaires ou l’horreur de la guerre civile.
Paul-François Paoli - Le Figaro du 18 octobre 2007
SOMMAIRE de La Révolution russe :
LA RUSSIE SOUS L’ANCIEN REGIME
La dynastie
Piliers instables
Icônes et cancrelats
Encre rouge
LA CRISE DE L’AUTORITE (1891-1917)
Premier rang
Derniers espoirs
Une guerre sur trois fronts
LA RUSSIE EN REVOLUTION (FEVRIER 1917-MARS 1918)
Glorieux février
Le pays le plus libre du monde
L’agonie du gouvernement provisoire
La Révolution de Lénine
LA GUERRE CIVILE ET LA FORMATION DU SYSTEME SOVIETIQUE (1918-1924)
Derniers rêves du vieux monde
La Révolution entre en guerre
Le nouveau régime triomphant
La défaite dans la victoire
Morts et départs
Titre : La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple
Auteur : Orlando Figes, Pierre-Emmanuel Dauzat (Traducteur), Marc Ferro (Préfacier)
Paru le : 11/10/2007
Editeur : DENOEL
Isbn : 978-2-207-25839-2 / Ean 13 : 9782207258392
Caractéristiques : 1106 pages
15,0cm x 23,0cm x 5,0cm / 1,325kg