Ayant été baptisé, Jésus aussitôt remonta de l’eau... et voici qu’une voix venue des cieux disait : ’celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur’ (Saint Matthieu, 3, 16 - 17)
La période entre Noël et le baptême du Christ, du 7 au 19 janvier, s’appelle les ’svyatki’, c’est à dire ’les jours saints’. En la personne de Jésus-Christ, qui n’a pas connu le péché, le baptême n’est évidemment pas octroyé, comme dans notre cas "pour la repentance", "en vue de la rémission des péchés" (Actes 2/38). Traversant la croûte terrestre, le Christ pénètre dans un "tombeau liquide", ce trou noir, lieu du "schéol" ou séjour des morts. Son baptême est essentiellement un passage dans la mort et la résurrection, comme le sera, à sa suite, notre propre baptême, ainsi que l’explique saint Paul : "Nous avons donc été ensevelis avec lui dans la mort par le baptême, afin que, comme Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie " (Rom. 6/4).
De plus, l’entrée du Christ dans le Jourdain a déclenché une véritable Pentecôte personnelle, la première manifestation du Dieu trinitaire. "Dans ton baptême au Jourdain, Seigneur, s’est manifestée l’adoration de la Trinité..." On peut faire, de l’icône, d’abord une lecture verticale : la déchirure du ciel, toujours en arc de cercle, annonce le mouvement théophanique, la présence du Père qui désigne le Fils ("Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute mon affection", Mat. 3/18), et laisse filtrer le triple rayon, avec la colombe à mi-course, porteuse de l’amour du Père envers le Fils, comme de l’amour du Fils envers le Père. La colombe nous reporte au début de la Genèse, où l’Esprit se mouvait sur les eaux à l’aube de la création, tout comme ici, elle descend à l’aube de la création d’une humanité nouvelle. Le baptême a des répercussions cosmiques : " Le Christ est baptisé ; il sort de l’eau, et avec lui il relève le monde " (hymne liturgique). Ce jour-là, se fait dans l’Eglise la grande bénédiction des eaux : mer, rivières, lacs, sans parler de l’eau que les fidèles emporteront chez eux pour la consommer à des occasions particulières. Une lecture horizontale de l’icône est également possible. Elle part de la tête de saint Jean, qui résume à lui seul la présence de l’humanité. Le " dernier des prophètes " dut se faire violence (Mat. 3/14) pour accepter de baptiser celui dont il n’était pas digne de délier la courroie des souliers. A droite, le monde céleste et angélique, les trois anges aux mains voilées en signe d’adoration. Au milieu, enfin, le Christ, qui, d’un geste, bénit l’univers aquatique, au point de croisement, sur un plan horizontal, des mondes humain et angélique, et, vertical, du ciel, de la terre et de l’enfer. Tous les éléments de la création sont ainsi rassemblés, réunis, en vue de l’œuvre du salut. D’après "Lumière d’Orient" Michel Evdokimov, Ed. Droguet et Ardant, Paris 1981
LE BAPTÊME DANS L’EGLISE ORTHODOXE
Selon la confession de foi orthodoxe "le sacrement est une action sainte en laquelle, sous le signe visible, l’invisible grâce de Dieu est communiquée au croyant". Au nombre de sept, les sacrements occupent une place centrale dans le culte chrétien. Dans le sacrement du baptême, l’Eglise utilise des éléments matériels, l’eau et l’huile, et en fait un véhicule de l’Esprit.Premier mystère sacré, le baptême signifie "plongeon". L’Eglise Copte Orthodoxe, comme toute l’Orthodoxie, a conservé dans son rite la parfaite signification de ce terme. Selon la pratique ancienne, en effet, le prêtre plonge trois fois le néophyte dans l’eau baptismale, au nom de l’Unique et Sainte Trinité, et il en sortira re-né dans l’Esprit. La triple immersion fait passer par la descente aux enfers, l’ensevelissement mystique ; l’émersion est le retour vers le jour sans déclin, la vie-résurrection avec le Christ (Romains, VI, 4-5 ; Colossiens, ll, 12). Dans le baptême par infusion ou aspersion, le lien étroit avec la descente aux enfers disparaît totalement.Dans l’Eglise Copte Orthodoxe, le rite du baptême débute par les prières de purification, d’absolution et d’onction sur la mère du futur baptisé, quarante jours après la naissance d’un garçon, et quatre-vingts jours après la naissance d’une fille, selon la loi de Moïse (Lévitique, XII, 1-5 et Luc, Il, 22-24).
L’exorcisme se fait au nom de la Sainte Trinité, sous forme d’onctions sur le front, la poitrine, les mains et le dos du néophyte, "afin que cette huile anéantisse toute opposition de l’adversaire" et rappelle l’onction du corps de Jésus le préparant à sa sépulture.L’imposition des mains est accompagnée d’une prière demandant "que le corps soit libéré de tous les démons et de toutes les autres souillures, que toute ténèbre disparaisse du corps et que toute pensée d’incroyance quitte l’âme" ; elle est suivie du renoncement au mal et opère l’acte préliminaire de purification de l’âme.Le néophyte est ensuite déshabillé : c’est le rite de la dénudation ou déposition des vêtements, qui symbolise le retour à l’innocence.
Face à l’Occident, la main droite levée pour mimer la lutte qu’il aura à soutenir tout au long de sa vie chrétienne, il déclare "renoncer à Satan, à toutes ses armées du mal" et à la puissance de l’ennemi (si c’est un enfant mineur, c’est son père, sa mère ou son parrain qui parle à sa place).
Consécration de l’eau baptismale Liturgie du baptême
Par l’épiclèse-invocation, l’Esprit s’infuse dans l’eau baptismale qui devient eau vive, eau génératrice, et acquiert la puissance de sanctification. L’Esprit agit en elle et par elle. L’eau baptismale efface la souillure du péché originel et imprime le sceau indélébile sur l’âme purifiée prédisposée à la sainteté. "C’est lui qui est venu par eau et par sang, Jésus-Christ, non pas avec l’eau seulement mais avec l’eau et le sang. Et c’est l’Esprit qui rend témoignage parce que l’Esprit est vérité" (Epître, 1, Saint Jean, V,6).
L’eau baptismale prend la valeur sacramentelle du sang purificateur du Christ, et la Croix se dresse déjà à l’aube de la vie nouvelle. "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’esprit, nul ne peut entrer au Royaume de Dieu" (Jean, III, 5). La triple immersion dans l’eau du Jourdain l’eau baptismale), au nom de la Sainte Trinité, est "le bain d’éternité" qui restaure notre nature adamique sauvée en Christ par son oeuvre de salut."Dès que nous sommes baptisés, notre âme purifiée par l’Esprit est plus resplendissante que le soleil, et non seulement nous contemplons la gloire de Dieu, mais nous en recevons encore l’éclat" (Saint Jean Chrysostome)."Quiconque est en Christ est une nouvelle créature" (2 Corinthiens, V, 17)
Le baptême ré-imprime en nous l’image divine oblitérée. Il reproduit dans la vie de tout néophyte la Passion et la Pâque du Christ. Après le baptême, le célébrant verse de l’eau sur ses mains au-dessus du baptistère et récite une prière afin que l’eau baptismale soit ramenée à sa forme première et retourne à la terre.