Joëlle Dublanchet est la lauréate 2008 du Prix Russophonie qui récompense la meilleure traduction du russe vers le français pour son travail remarquable sur Pathologies de Zakhar Prilepine paru chez Editions des Syrtes et conjointement pour L’Année du mensonge d’Andrei Guelassimov paru chez Actes Sud. La remise du prix s’est déroulée samedi 9 février dans le cadre du Salon Expolangues.
Pathologies
Un détachement militaire russe est envoyé en Tchétchénie : le Spetsnaz, les hommes les plus expérimentés et les plus redoutables ; parmi eux, Egor Tachevski. Les combattants russes s’installent dans une école abandonnée près de Groznyï : tout un symbole pour ces jeunes dont l’âge ne dépasse pas la trentaine. Les conscrits de vingt ans, les officiers rodés, tous gèrent à leur façon la peur, l’ennui et la mort. Tous sont, un jour, mis devant l’obligation de tirer, de tuer. Commencent les opérations de « nettoyage » : devant des Tchétchènes tués et la mort des siens, Egor Tachevski, chef du groupe, a peur. Plus qu’une peur primaire de la mort, c’est une folie, une pathologie qui tourne à l’obsession.
Cette pathologie a une sœur rivale, la Jalousie. Dans le monde civil, les relations d’Egor avec Dacha, jeune femme sensuelle et peu ordinaire, ne sont plus que ruines. Le jour où Dacha confie à Egor avoir eu vingt-six amants avant lui, sa tête explose. Abandonné à la naissance par sa mère, orphelin de son père à six ans, il pensait avoir trouvé en Dacha un refuge, un point de départ et un point de retour.
Le narrateur essaie de se guérir de ces deux pathologies en se plongeant dans l’enfance, certes douloureuse, mais pleine d’espoir.
Zakhar Prilepine construit son roman autour des trois axes névralgiques de la vie du narrateur : l’amour, la guerre, l’enfance. Avec une aisance narrative sans faille, il tisse son récit de façon à laisser place à l’imagination du lecteur sans lui accorder le temps de reprendre son souffle.
Malade de sa Russie malade, Prilepine nous la décrit en proie à ses démons : un pays mis à genoux par les fautes de ses dirigeants. Sans prendre position, il narre la souffrance de tout un peuple, constitué d’ethnies qui ont du mal à vivre ensemble.
Zakhar Prilepine, 34 ans, est rédacteur en chef d’une édition régionale de Novaïa Gazeta, le journal d’Anna Politkovskaïa. Il a participé aux deux guerres tchétchènes (en 1996 et 1999). Pathologies, finaliste du prix russe Natsionalnyï et best-seller en 2005, est son premier roman.
Son deuxième roman, Sanka a été finaliste du Booker Prize russe en 2006 et élu meilleur livre étranger en Chine la même année. Le Péché, sera publié en août 2007. Il confirme Zakhar Prilepine comme un des auteurs les plus prometteurs de sa génération littéraire.
Figure emblématique d’une jeunesse engagée, Zakhar Prilepine participe régulièrement aux actions civiques contre le pouvoir en place.

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