La Russie est le premier producteur au monde gaz naturel et le deuxième producteur de pétrole, et dans les deux cas un exportateur de premier plan.
Pourtant sa performance est jugée décevante et son impuissance à produire davantage pour répondre aux besoins croissants de la planète en hydrocarbures figure même en bonne place parmi les facteurs qui attisent la flambée actuelle des cours du pétrole.
Ceux-ci viennent de franchir la barre inédite des 135 dollars le baril à New York, après une course folle ces trois dernières semaines.
La Russie est un des pays où le capital investi dans le développement est insuffisant, comme l’Irak, le Venezuela ou le Mexique. Résultat : la production de pétrole russe n’a augmenté que de 2,1% l’an dernier à 490,7 millions de tonnes. Et les experts s’attendent à la voir stagner à un niveau équivalent en 2008.
Le coupable de cette paralysie est bien identifié : le régime fiscal punitif de la Russie a tout simplement détourné des compagnies pétrolières l’argent qui aurait pu être investi dans le développement. La Russie a beau pomper quasiment autant de brut que l’Arabie saoudite, sa production de pétrole est en pleine stagnation en raison de son régime fiscal.
Les profits des compagnies pétrolières sont actuellement si lourdement ponctionnés par l’Etat que leurs investissements, et donc leur production, s’en ressentent, s’est récemment plaint le patron de la major russe Loukoïl, Vagit Alekperov.
"La Russie est encore très loin d’avoir atteint sa capacité maximale de production. Elle peut encore l’augmenter. Nous prélevons de 75 à 80% des profits des entreprises pétrolières dans le budget" via diverses taxes, a reconnu le même M. Poutine dans son premier grand discours de politique générale en tant que chef du gouvernement, début mai.
Cela accentue nettement la tendance à "l’abandon des puits peu rentables et à la lenteur dans l’exploration et la mise en exploitation de nouveaux puits", a-t-il déploré.
Le sujet fait à présent figure de priorité : "L’heure est venue de prendre la décision de baisser les impôts dans ce secteur de l’économie afin de stimuler la hausse de l’extraction et du raffinage du pétrole", a dit le nouveau Premier ministre. Le nombre d’entreprises pétrolières bénéficiant déjà d’allègements fiscaux sera également accru.
La question figure à l’ordre du jour du conseil des ministres rapproché (présidium) prévu lundi, et la Douma (chambre basse du Parlement) planchera sur les nouveaux textes lors de sa session de printemps, ont rapporté jeudi les agences russes.
M. Poutine a déjà indiqué qu’il tablait sur une hausse de la production de pétrole de 67,5 millions de tonnes d’ici 2015, ce qui représenterait une hausse de 13,8% par rapport à 2007.
Sans surprise, compagnies pétrolières et analystes ont applaudi la volte-face du Premier ministre, et jugent qu’elle devrait à terme porter ses fruits.