L’ancien ministre chargé des Biens d’Etat, Tchoubaïs, 53 ans, demeure très impopulaire en Russie pour les douloureuses privatisations dont il a été le maître d’oeuvre dans les années 90 au lendemain de l’effondrement de l’URSS.
Le puissant monopole russe de l’électricité SEU a cessé d’exister cette semaine, étape marquante d’une vaste réforme du secteur menée par le "père" des privatisations en Russie Anatoli Tchoubaïs, qui a déjà attiré plusieurs grands investisseurs étrangers.
"Grâce à la réforme, l’énergie électrique russe s’est hissée au niveau des acteurs les plus développés de ce secteur à travers le monde", a déclaré M. Tchoubaïs à l’agence de presse russe Ria Novosti.
L’idée de cette très complexe réforme du marché russe de l’électricité avait été lancée à la fin des années 90. Son objectif était de rénover un système en grande partie vétuste afin de faire face à une forte hausse de la demande et doper son efficacité. La déréglementation totale du marché est prévue pour 2011.
Les activités de SEU ont été scindées avec d’un côté le réseau national de transport d’électricité, qui restera propriété de l’Etat (de même que les centrales nucléaires et hydroélectriques) et, de l’autre, le reste, divisé en une série d’unités vouées à la privatisation.
Les quelque 440 centrales thermiques et hydroélectriques du territoire ont été regroupées en sept entreprises baptisées "OGK" et en 14 unités régionales, les "TGK".
La privatisation de ces entreprises, à l’exception des centrales hydroélectriques, est en cours. Elle a déjà profité à plusieurs groupes étrangers : les allemands EON et RWE, l’italien Enel ou le finlandais Fortum.
L’édition russe du magazine Newsweek évaluait lundi à respectivement 5,75%, 1,61%, 5,76% et 3,92% la part de la production d’énergie électrique en Russie de ces quatre groupes étrangers.
"Le volume total, le nombre d’investisseurs étrangers est raisonnable" et leur "rôle est équilibré", a estimé lundi M. Tchoubaïs.
Parmi les autres investisseurs figurent le géant russe du gaz Gazprom et le charbonnier russe SUEK.
Le patron de SEU a balayé les inquiétudes sur le possible retour d’un monopole, suscitées notamment par les appétits du monopole du gaz Gazprom.
"Les réseaux de distribution de Russie sont séparés de la génération. Cette décision fondamentale empêchera non seulement Gazprom mais aussi n’importe quelle autre compagnie de recréer un monopole de l’énergie électrique", a-t-il écrit lundi dans les colonnes du quotidien des affaires Vedmomosti.
Il laisse en héritage un programme d’investissements à hauteur de 4.300 milliards de roubles (116 milliards d’euros) sur la période 2008-2012, prévoyant la construction de plus de 40 gigawatts de capacité électrique. Plus de 100 sites d’une capacité supérieure à 100 mégawatts seront construits.
Interrogé sur les fonctions qu’il occuperait après le 1er juillet et les éventuelles propositions reçues, M. Tchoubaïs a affirmé ne pas savoir ce que le sort lui réservait. "Il y a ceux qui proposent et ceux qui disposent. Nous verrons", a-t-il dit sur la chaîne d’informations continue Vesti.
Il s’est aussi attiré des inimitiés féroces en réformant le secteur de l’électricité, n’hésitant pas par exemple en 2002 à couper le courant à un site militaire assurant la défense stratégique du pays mais mauvais payeur, selon la presse russe. Il a échappé à un attentat en mars 2005.
Financier discret du parti d’opposition libéral SPS, il a en décembre attaqué frontalement Vladimir Poutine, alors président, en réponse aux attaques de ce dernier contre les réformateurs libéraux des années 1990.
En avril 2005 il avait jugé "malsaine" la concentration du pouvoir dans les mains de M. Poutine, une remarque rare de la part d’un haut responsable.